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Opinion : la contagion de l’enveloppe vide : le SDF sur les pas du FPI – Evariste Fopoussi Fotso

20 mai 2022 : le militant SDF de la première heure, Evariste Fopoussi Fotso dénonce la collusion entre certains hauts responsables du SDF et le RDPC, le parti au pouvoir… 

Selon lui, certains cadres du SDF veulent absolument l’aligner derrière un gouvernement agonisant qui a abandonné la cause anglophone entre les mains d’extrémistes décidés à conserver absolument les prébendes que leur rapporte cette guerre.

Lisez ci-dessous, la sortie de l’honorable Evariste Fopoussi Fotso

Jamais célébration de la fête de 20 mai n’a été autant morose et inappropriée que lors de son 50e anniversaire qui a eu lieu le vendredi 20 mai 2022. En effet, cette fête se célébrait alors que l’unité du pays n’a jamais été aussi malmenée qu’aujourd’hui, particulièrement par une guerre civile atroce qui ravage les deux régions anglophones du pays depuis cinq ans, puisant ses origines entre autres dans la forme de l’Etat que cette célébration magnifie.

Ce drame affiche déjà un bilan de plus de 3000 morts, près de 60 000 personnes exilées au Nigeria et plus d’un million de déplacés interne, sans oublier la destruction de la presque totalité des infrastructures économiques dans ces deux régions. Une guerre civile qui traduit une fuite en avant du régime Biya qui, incapable de prêter attention aux légitimes revendications des populations anglophones qui ne demandent que la prise en compte de leur spécificité dans l’esprit des accords de 1961 qui ont fondé la naissance de la nation actuelle, préfère leur déclarer la guerre, pour camoufler son attachement atavique à un jacobinisme anachronique qui permet a ses barons de s’engraisser sur le dos du peuple, que même les français qui ont inventé le mot, sont en voie d’abandonner le principe.

Pourtant, tout le monde sait que cette fête est le produit d’une escroquerie juridique, qu’on peut aussi en de termes plus gentils, qualifier de coup d’état légal ou coup d’état civil pour reprendre l’expression d’un éminent juriste, le Pr. Lekene Donfack, réussi par Ahmadou Ahidjo en 1972.

Violant l’article l’article 47 de la constitution fédérale de 1961, il a modifié arbitrairement la forme fédérale de l’Etat adoptée consensuellement par les francophones et les anglophones à la conférence de Foumban en 1961, pour imposer un état unitaire auquel son successeur Paul Biya a même donné en 1984 le nom de « République du Cameroun », ancien nom du Cameroun francophone avant la réunification. Ce faisant, il a exacerbé encore plus les frustrations des anglophones de plus en plus marginalisés et soufflé sur le feu de l’irrédentistes qui aujourd’hui nourrit le mouvement sécessionniste.

On comprend maintenant pourquoi la guerre ci-dessus mentionnée, ajoutée à la désaffection populaire vis-à-vis du régime au fil des ans, suite à sa dictature et sa malgouvernance, ont réduit la célébration du vendredi 20 mai à une simple comédie bricolée par Atanga Nji et sa cohorte de gouverneurs, préfets et sous-préfets, sans oublier certains hauts gradés de l’armée, juste pour justifier la dilapidation des milliards du budget de l’Etat qui sont mis à leur disposition pour l’occasion. Plus grave, dans les régions anglophones, à cause de la guerre et des « villes mortes » décrétées par les groupes sécessionnistes, il n’y a pratiquement rien eu.

Ainsi, son éclat, rehaussé par le retour précipité de M. Biya la veille et sa présence effective à la tribune officielle lors du défilé, a moins fait le buzz dans l’opinion que le spectacle offert aux camerounais à cette occasion par le SDF, le parti qui jusqu’ici symbolise la lutte acharnée du peuple camerounais pour le retour de la démocratie depuis 1990, que certains de ses hauts responsables ont couvert de ridicule en l’associant à tout prix a cette mascarade.

Alors que la plupart des exécutifs régionaux avaient choisi de boycotter l’événement, ils ont poussé la supercherie si loin, qu’ils ont fait défiler au nom du SDF à Yaoundé et dans plusieurs autres coins de la République des bandes de désœuvrés ramassés à la va-vite, mais qu’on pouvait facilement remarquer au regard de leur accoutrement approximatif. Un égarement qui pousse de nombreux observateurs à s’interroger sur la direction que certains opportunistes veulent de plus en plus donner à ce parti.

En effet, depuis 2019, face au sang qui coule à flot dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest dans l’indifférence cynique du gouvernement qui se refuse à engager un dialogue inclusif avec tous les acteurs du conflit anglophone pour restaurer la paix et mettre fin à la crise, le SDF a pris la décision de ne plus participer à la célébration du 20 mai, tant que la paix n’est pas revenue dans les régions anglophones.

Or malgré cette décision reprise dans un communiqué signé du 1er vice-président national du 7 mai 2019 et insérée dans une résolution du comité exécutif national, ce dernier, alors que le président national qui, conformément aux statuts, a seul le droit de d’engager le parti entre deux réunions du comité exécutif national n’est ni absent ni empêché, a pris sur lui de solliciter du préfet du Mfoundi, la participation du SDF au défilé à Yaoundé.

Un acte grave, d’autant plus qu’il viole également une autre disposition des statuts qui confère uniquement au comité exécutif national et au congres le droit de revenir sur une décision du premier. Mais décidé à embarquer coute que coute le SDF dans cette aventure malgré les conditions humiliantes posées par le préfet, à l’exemple de l’obligation de défiler uniquement avec l’effigie de M. Biya, le haut responsable du parti organise à la va-vite un comité exécutif national le samedi 14 mai 2022 à Yaoundé, probablement afin de donner une caution statutaire a sa démarche. Mal lui en prend car, non seulement la réunion est massivement boycottée par les hauts responsables du parti dont le secrétaire général, mais le quorum statutaire n’est pas atteint.

Probablement gênés par la non-conformité de la réunion aux statuts, les organisateurs n’ont finalement pas eu le courage de mentionner la patate chaude du défilé dans les résolutions.

Néanmoins, face à une démarche qui ressemble à un coup d’état en douce, c’est la tempête dans le parti. Pour la première fois dans son histoire, une majorité des structures de base expriment officiellement leur désaccord et confirment par écrit à sa hiérarchie leur décision de boycotter la fête malgré un communique de dernière minute du président national les invitant au contraire.

Face à ce qui ressemble à une révolte populaire d’une ampleur jamais atteinte, on peut objectivement se poser la question de savoir où certains dans la hiérarchie actuelle du parti veulent amener le SDF et pour quel but ? Ont-ils perdu à tel point les repères du combat pour le changement démocratique que mène ce parti depuis 32 ans, avec de milliers de militants et sympathisants qui ont payé le prix le plus fort, qu’ils veulent absolument l’aligner derrière un gouvernement agonisant qui a abandonné la cause anglophone entre les mains d’extrémistes décidés à conserver absolument les prébendes que leur rapporte cette guerre ou couler avec tout le pays ?

Comment un parti, qui a toujours défendu la liberté, la démocratie et le pouvoir au peuple au point d’en faire sa devise et d’opter pour le fédéralisme comme forme de l’Etat, peut-il tourner le dos aux cris de détresse des populations anglophones, celles-là même qui lui ont donné naissance en versant leur sang, ont construit sa gloire et restent quoi qu’on dise sa base naturelle ? Quel est le prix d’un renoncement aussi existentiel ?

Les adversaires du SDF ne vont pas manquer de se frotter les mains. Faute de conquérir ou de l’étouffer, on peut dire qu’ils ont maintenant réussi sans frais à l’aspirer. Par quel aimant, on n’en sait. Certains prédisent déjà sa mort, d’autre son upécisation. Néanmoins ceux qui connaissons bien ce parti pour et l’ont vécu de l’intérieur depuis sa naissance, savent qu’il peut peut-être mourir, car personne n’est éternel, mais il n’y aura jamais deux SDF.

Cependant, face à un tel désaveu de la base, on espère que ces aventuriers vont avoir le courage d’en tirer les conséquences qui s’imposent, même si au Cameroun de M. Biya, le mot démission n’existe pas dans le dictionnaire. Sinon, il n’est pas exclu que d’ici peu, ils ne gèrent plus qu’une enveloppe vide, à l’instar de l’un de leurs compagnons dans la grande famille de l’International Socialiste, un certain Pascal Affi Nguessam en Côte-d’Ivoire qui traine aujourd’hui avec un FPI qui n’est plus qu’une enveloppe vide, (l’expression est de notre ami, le président Laurent Gbagbo), qui pour survivre, a choisi de s’accrocher au parti pouvoir pour lui servir de caution démocratique en contrepartie de quelques prébendes. L’avenir ne tardera pas à nous édifier.

Par Evariste FOPOUSSI FOTSO, ancien député SDF

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