La députée du Wouri-Est, Nourane Moluh Hassana épouse Fotsing, plus connue sous le nom de Nourane Foster, annonce sa démission du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN), dirigé par Cabral Libii, avec effet immédiat.
Dans une lettre adressée au président national du parti, la parlementaire explique que cette décision est le résultat d’une « longue réflexion », de « profondes divergences idéologiques » et d’une succession d’événements ayant, selon elle, progressivement détérioré sa confiance envers le responsable du PCRN et la formation politique.
Nourane Foster affirme avoir accompagné le parti pendant près de dix ans et avoir notamment soutenu son président dans « les moments les plus difficiles ».
Dans sa lettre, la députée revient notamment sur les critiques dont elle dit avoir fait l’objet après avoir répondu à une invitation de la Première dame.
Elle affirme avoir eu le sentiment d’avoir été « jetée à la vindicte populaire » alors qu’elle estimait que son statut d’élue de la Nation lui imposait de respecter les institutions au-delà des clivages politiques.
La parlementaire établit également un parallèle avec les visites de Cabral Libii auprès du président de la République. « Ce qui est considéré comme légitime pour l’un ne saurait devenir une faute politique pour l’autre », écrit-elle.
Nourane Foster évoque également des attaques personnelles et des propos visant, selon elle, sa communauté. Elle reproche par ailleurs aux instances du parti de ne pas avoir réagi à certaines dérives.
Lire la lettre de démission de Nourane Foster :
À
L’Honorable CABRAL LIBII (Président National du Parti Camerounais pour la Réconciliation Nationale – PCRN)
Objet : Démission du PCRN
Cher collègue député, Par la présente, je vous informe de ma décision de démissionner, avec effet immédiat, du Parti Camerounais pour la Réconciliation Nationale (PCRN).
Cette décision, loin d’être impulsive, est l’aboutissement d’une longue réflexion, de profondes divergences idéologiques et d’une succession d’événements qui ont progressivement érodé la confiance que je plaçais en vous et en notre formation politique.
Pendant près de dix années, je vous ai accompagné, soutenu et défendu, y compris dans les moments les plus difficiles. J’ai cru en notre projet commun et me suis investie avec conviction dans les responsabilités qui m’ont été confiées.
C’est donc avec une profonde déception que j’ai vécu les attaques dont j’ai fait l’objet à la suite d’une invitation de la Première dame. J’ai eu le sentiment d’avoir été jetée à la vindicte populaire pour avoir simplement répondu à cette invitation, alors même que mon statut d’élue de la Nation m’impose de placer le respect des institutions au-dessus des divergences partisanes.
Je trouve d’autant plus incompréhensible que cette démarche m’ait été reprochée que vous-même, à plusieurs reprises, vous vous êtes rendu auprès du président de la République pour le saluer. Ce qui est considéré comme légitime pour l’un ne saurait devenir une faute politique pour l’autre.
À cela s’ajoutent les attaques personnelles, les propos visant ma communauté et l’absence de réaction des instances du parti face à certaines dérives. Autant d’éléments qui ont progressivement rendu notre collaboration politique de plus en plus difficile. Au-delà des blessures personnelles, nos divergences sont devenues profondément idéologiques. Je ne peux me reconnaître dans une conception de la politique qui laisserait une place à l’exclusion, au repli identitaire ou à la stigmatisation de nos concitoyens en raison de leurs origines.
Je reste profondément convaincue qu’aucun Camerounais ne devrait avoir à justifier son droit de vivre, de travailler, d’entreprendre ou de s’établir dans une région quelconque de son propre pays. De Douala à Maroua, de Bamenda à Bertoua, de Garoua à Buea, de Bafoussam à Yaoundé, nous sommes tous chez nous. Notre diversité ne devrait jamais devenir un instrument de division politique.
Je refuse que l’appartenance communautaire devienne un critère de légitimité politique ou qu’un citoyen puisse être considéré comme étranger dans une partie de son propre pays. C’est une question de conviction, de dignité et de fidélité à l’idée que je me fais de notre République.
Je tiens néanmoins à reconnaître vos qualités. J’ai toujours apprécié votre éloquence, votre art oratoire et votre capacité à porter un discours politique. Mais je suis aujourd’hui convaincue que l’éloquence, aussi remarquable soit-elle, ne suffit plus à sortir notre pays du sous-développement.
Le Cameroun a besoin d’actions concrètes, de résultats mesurables et d’un engagement qui se traduit dans le quotidien de nos concitoyens.
C’est précisément cette conviction qui motive mon choix de rejoindre, dès ce jour, le Pacte Social pour la Gouvernance (PSG), avec la volonté de contribuer à davantage d’actions et à un impact concret au service des Camerounais.
Je sais qu’après ce courrier, je pourrais, une fois de plus, être la cible d’insultes, de calomnies et d’attaques personnelles. Je déplore que nos désaccords politiques aient pu prendre une telle dimension.
Mais à quel moment, dans notre pays, la politique est-elle devenue un ring où l’on cherche à détruire celui qui ose penser autrement ?
À quel moment avons-nous oublié que derrière chaque responsable politique se trouve aussi un être humain, une famille, des proches et une dignité qui mérite d’être respectée ?
J’ai trop longtemps choisi le silence, par respect pour notre histoire commune et pour les années de combat que nous avons partagées. Désormais, je me réserve le droit de répondre à toute attaque portant atteinte à mon honneur, à ma dignité ou à ma réputation.
Je quitte le PCRN sans haine ni volonté de revanche. Je conserve le souvenir de nos combats communs et remercie sincèrement les militants, responsables et sympathisants avec lesquels j’ai partagé ces années d’engagement.
Nos chemins politiques se séparent aujourd’hui, mais je demeure attachée aux valeurs de respect, de tolérance et de fraternité qui devraient guider notre vie publique.
Je vous souhaite une bonne continuation, ainsi qu’à l’ensemble des militants du PCRN.
Honorable NOURANE MOLUH Hassana épouse FOTSING
Députée de la Nation pour la circonscription de Wouri-Est

