La députée de Wouri-Est, Nourane Foster, a annoncé sa démission du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN), mettant fin à plusieurs années de compagnonnage politique avec la formation dirigée par Cabral Libii. Elle annonce dans le même temps son adhésion au Pacte social pour la gouvernance (PSG) et son intention de briguer à nouveau un siège de députée dans sa circonscription.
Dans une déclaration particulièrement personnelle, Nourane Foster explique avoir pris sa décision après plusieurs mois de réflexion et de désaccords avec sa formation politique. « Après mûre réflexion, j’ai décidé de remettre à compter de ce jour ma démission du Parti Camerounais pour la Réconciliation Nationale », affirme-t-elle, assurant partir « sans haine, sans volonté de revanche ».
La parlementaire revient longuement sur son parcours politique, rappelant son élection en 2020 sous les couleurs du PCRN. Elle affirme avoir alors considéré son mandat comme un engagement envers les populations de Wouri-Est et cite plusieurs actions menées dans les domaines de la santé, de l’éclairage public, de l’éducation, de l’emploi des jeunes et de l’entrepreneuriat.
Elle revendique notamment la remise d’un équipement à l’hôpital de district de Lobaba pour la prise en charge des nouveau-nés prématurés, l’installation de 200 lampadaires solaires à Wouri-Est et la remise de 10.000 kits scolaires à Banga Bakoko. Elle dit également avoir accompagné la formation professionnelle de plus de 1.000 jeunes dans plusieurs secteurs, dont l’entrepreneuriat, l’agriculture, l’aquaculture et l’intelligence artificielle.
Mais le cœur de sa déclaration concerne les raisons de sa rupture avec le PCRN. Nourane Foster dit avoir été « profondément blessée » par des attaques personnelles et par des propos qu’elle considère comme visant certaines communautés. Elle reproche également aux instances dirigeantes du parti leur silence face à ces propos ainsi qu’à des insultes qu’elle affirme avoir reçues de proches collaborateurs.
La députée cite aussi comme élément déterminant le retrait de son nom et de son portrait du site officiel du PCRN, le 20 juin 2026. Selon elle, cette décision, intervenue sans explication, a constitué « un tournant » dans sa réflexion sur son avenir au sein de la formation politique.
Lire la déclaration de Nourane Foster :
« Mes chers compatriotes, chères populations de Wouri-Est, chères jeunes, chères femmes du Cameroun, Mesdames et Messieurs, Il arrive dans la vie d’une femme, dans la vie d’un homme, un moment où il faut avoir le courage de tourner une page. Non pas parce qu’on a cessé de croire en ses convictions, mais précisément parce que l’on refuse de les abandonner. Aujourd’hui, c’est avec beaucoup d’émotion, mais également avec sérénité, que je m’adresse à vous.
Depuis ma tendre enfance, j’ai toujours nourri une ambition, celle de servir mes convictions, d’être utile à mon pays, et de contribuer, à mon niveau, à l’amélioration des conditions de vie du Cameroun. Bien avant mon entrée en politique, j’avais déjà fait de cette ambition une réalité, à travers l’entrepreneuriat. Mes entreprises ont créé plus de 50 emplois permanents.
Derrière chacun de ces emplois, il y a une famille, des enfants à scolariser, des parents à soutenir, et des rêves à réaliser. En 2018, mon époux et moi avons décidé, sans aucun calcul politique, de soutenir la candidature de M. Cabral-Libii à l’élection présidentielle. Nous avions été sensibles à son discours, et à sa perspective d’un renouvellement de la vie politique camerounaise.
En février 2020, porté par la confiance des populations de Wouri-Est, et au terme d’une campagne électorale particulièrement intense, j’ai eu l’immense honneur d’être élue députée de la nation sous les couleurs du parti camerounais pour la réconciliation nationale. Ce jour-là, je n’ai pas simplement remporté une élection, j’ai contracté un engagement envers les populations qui m’avaient accordé leur confiance. Et depuis lors, j’ai essayé, avec mes moyens, mes convictions et toute mon énergie, d’honorer cet engagement.
Durant ces années passées à l’Assemblée nationale, j’ai toujours considéré que la mission d’un député ne pouvait se limiter aux prises de parole dans l’hémicycle. Un député doit également écouter, accompagner, interpeller, proposer à chaque voix qu’il en a la possibilité. Apporter des solutions concrètes.
Dans le domaine de la santé, je retiens particulièrement la remise d’une couveuse à l’hôpital de district de Lobaba. A travers cette initiative, j’ai voulu contribuer à l’amélioration de la prise en charge des nouveau-nés prématurés et à soulager des familles confrontées à des situations particulièrement vulnérables. Dans le domaine de l’éclairage public, je retiens l’installation de 200 lampadaires solaires à Wouri-Est.
Ce projet, porté avec mon époux, répondait à un besoin exprimé par les populations en matière de sécurité et d’amélioration des cadres de vie. L’éducation a également occupé une place importante dans mon engagement. La remise de 10 000 kits scolaires à Banga Bakoko traduit ma volonté d’accompagner les familles et a contribué à offrir aux enfants de meilleures conditions d’apprentissage.
J’ai également apporté un soutien financier direct à des initiatives communautaires d’autodéfense dans le contexte où les populations exprimaient de fortes préoccupations concernant leur sécurité. La défense des droits des femmes et la protection de l’enfant ont également été au cœur de mon engagement. A travers des conférences et des prises de positions nationales et internationales, j’ai œuvré pour l’émancipation des femmes, la lutte contre la violence et une meilleure protection des enfants, allant jusqu’à proposer même la création d’un ministère exclusivement consacré à l’enfance.
La lutte contre le chômage des jeunes a également été l’une de mes priorités. Entrepreneuse avant d’être députée, j’ai créé plus de 50 emplois permanents et j’ai initié des programmes de formation professionnelle destinés à plus de 1 000 jeunes, notamment dans l’entrepreneuriat, l’agriculture, l’aquaculture et l’intelligence artificielle. A travers mes différentes initiatives, j’ai accompagné la formation professionnelle des jeunes, l’entrepreneuriat féminin, l’agriculture et l’aquaculture, notamment à travers des projets Aquaius 2.0. Mon engagement social s’est également traduit par des interventions face aux difficultés et aux drames touchant nos populations.
Mes interpellations pour la route de Banga-Pongo, mes prises de positions face aux inondations de Guadalajara 5e, mon intervention sur la sécurité routière après le drame de Bonabéri, ainsi que mon soutien aux 50 pompiers de Marois, à qui j’ai d’ailleurs réservé un mois de salaire. A l’Assemblée nationale, mes responsabilités au sein de la Commission de production et des échanges et du groupe d’amitié parlementaire Chine-Cameroun m’ont permis de contribuer aux échanges sur les questions économiques, industrielles et de coopération internationale. Ces actions ont été possibles grâce à l’accompagnement de nombreux partenaires, de bénévoles, d’associations, de citoyens engagés.
Je leur exprime ma profonde gratitude. Je ne prétends pas avoir tout accompli. Je connais les difficultés qui persistent dans nos quartiers et les attentes auxquelles nous devons encore répondre.
Mais je suis fière d’avoir essayé de faire de mon mandat un instrument d’action concrète. Mon engagement ne s’est pas limité aux réalisations matérielles. J’ai également considéré qu’une élue de la nation devrait pouvoir prendre la parole face aux situations qu’elle estime injustes.
Défendre les libertés fondamentales, de demander le respect et de la dignité humaine. J’ai exprimé publiquement mes préoccupations concernant des citoyens confrontés à des procédures judiciaires ou à des privations de liberté, notamment Olivier-Bibou Nissack, Jacques-Bétrand Man, Daouda Fondiko et d’autres jeunes Camerounais. Je demeure attachée au respect des droits, de la défense, de la présomption d’innocence et des garanties prévues par nos lois.
La justice ne devrait jamais être perçue comme un privilège réservé à quelques-uns. J’ai toujours souhaité que les divergences politiques, les origines communautaires et les différences d’opinion ne constituent jamais des obstacles à la protection des droits fondamentaux de nos citoyens. Chaque Camerounais est, chez lui, partout sur le territoire national, de Douala à Marwa, Bamenda, Bertoua, de Garoua-Boulai, de Bafoussa à Mayandé, notre diversité constitue une richesse que nous avons la responsabilité de préserver.
Aucun Camerounais ne devrait avoir à justifier son droit de vivre, de travailler ou de participer à la vie publique dans une région de son propre pays. Au cours des dernières années, des divergences sont apparues entre ma formation politique et moi. J’ai pris le temps d’observer, de réfléchir et d’espérer que le dialogue permettrait de surmonter nos désaccords.
J’ai notamment été profondément blessée par des attaques personnelles et des propos très désobligeants visant plusieurs communautés. Le silence des instances dirigeantes face aux propos que je considère comme injurieux et communautaristes parfois, tenus par certains cadres à l’encontre d’autres communautés, ainsi que l’absence de rappel à l’ordre de proches collaborateurs m’ayant personnellement adressé des insultes abjectes ont profondément dégradé ma confiance en le parti et sa direction. Le retrait de mon nom et de mon portrait du site officiel du PCRN, le 20 juin 2026, sans explication qui m’ait été communiqué, a constitué un tournant dans ma réflexion.
J’ai toujours considéré que les divergences politiques devraient pouvoir s’exprimer dans le respect mutuel. C’est pourquoi, après mûre réflexion, j’ai décidé de remettre à compter de ce jour ma démission du Parti Camerounais pour la réconciliation nationale. Je prends cette décision sans haine, sans volonté de revanche.
Je remercie les militants du PCRN, les responsables et les sympathisants avec lesquels j’ai partagé des années de travail, campagne et d’engagement. Je conserve de cette expérience des enseignements précieux et des souvenirs que nos divergences actuelles ne sauraient effacer. Je laisse aujourd’hui un fauteuil pour un tabouret.
Je laisse le prestige d’une appartenance politique établie pour retrouver la simplicité de mes débuts. Je renonce aux éventuelles perspectives de nomination pour rester fidèle à la femme que j’ai toujours été. Une entrepreneuse, une commerçante, une mère de famille et une citoyenne attachée à son pays.
Cette commerçante de mèche, comme certains aimaient m’appeler, je l’assume pleinement. Je n’ai jamais eu honte de mon parcours. Je connais la valeur du travail, les difficultés de l’entrepreneuriat et le courage nécessaire pour recommencer après un échec ou une déception.
Recommencer n’est pas une fatalité. C’est le quotidien qu’une million de Camerounais qui, chaque matin, prennent le chemin du travail et poursuivent leur projet, malgré les obstacles. Aujourd’hui, je fais aussi le choix d’un nouveau départ.
Je voudrais à cet instant adresser des remerciements particuliers à mon époux, Sa Majesté Faustin Firmin, présidente nationale du mouvement Impact 100. Je le remercie pour son accompagnement, pour les initiatives que nous avons portées ensemble et pour son engagement dans la création de ce mouvement officiellement lancé à Douala le 8 août 2026. J’adresse également ma profonde gratitude à l’ensemble des membres fondateurs d’Impact 100 qui ont bien voulu m’accorder une place de choix au sein du mouvement.
Je mesure la confiance qui m’a été témoignée et les responsabilités qui en découlent. Je tiens aussi à remercier chaleureusement le président national du Pacte social pour la gouvernance, le PSG, pour l’effort qu’il déploie depuis plusieurs mois afin de rendre possible une synergie entre Impact 100 et le PSG. Je salue sa disponibilité, sa persévérance et le travail accompli par les équipes des deux organisations pour préparer cette collaboration.
Les échanges engagés entre nos deux structures ont permis d’identifier des préoccupations communes, notamment l’emploi des jeunes, la gouvernance, le développement économique et la participation citoyenne. J’espère que cette collaboration offrira un cadre de travail constructif dans le respect de l’identité, des instances et des responsabilités propres à chacune de nos organisations. A l’issue de cette réflexion, j’annonce aujourd’hui mon adhésion au pacte social pour la gouvernance.
J’annonce également mon intention de présenter ma candidature aux prochaines élections législatives dans la circonscription de Wouri-Est, dans le respect des procédures, des conditions prévues par la législation électorale. Je souhaite poursuivre mon engagement auprès des populations, particulièrement sur la question de la santé, l’éducation, l’emploi, des infrastructures et le développement économique. Je continuerai à défendre le principe selon lequel chaque Camerounais est chez lui, partout sur le territoire national.
Notre pays appartient à tous ses citoyens, quelles que soient leurs origines, leurs convictions ou leur appartenance politique. A la jeunesse camerounaise, je voudrais adresser un message de confiance. Notre pays possède des talents, des compétences, des entrepreneurs, des chercheurs, des agriculteurs et des artisans dont les initiatives méritent d’être accompagnées.
Le dialogue entre les générations, le respect de nos différences et la participation de chacun sont indispensables à la construction de notre avenir commun. Je souhaite que cette nouvelle étape de mon parcours soit placée sous le signe du travail, de la responsabilité et du progrès. Je remercie une nouvelle fois les populations de Wouri-Est pour la confiance qu’elles m’ont accordée depuis 2020 ainsi que toutes celles et ceux qui m’ont accompagnée au cours de ces années.
Et je sollicite une fois de plus votre accompagnement et votre soutien et vous invite à rejoindre Impact100 et le PSG. Une page se tourne aujourd’hui. Mon engagement envers mes concitoyens demeure.
Vive le Cameroun uni, progressiste. Vive la République, vive le Cameroun. Tu n’aimes pas quand je tourne ma tête comme ça ? »

