Il y a des matchs qui valent trois points et il y a des matchs qui disent qui vous êtes. Celui de lundi à Brazzaville appartient à la seconde catégorie. Le Cameroun arrive en leader du groupe G après son succès 3-1 contre les Comores à Garoua. Le Congo arrive blessé, battu d’entrée 1-0 par la Namibie. Un Congo dos au mur, donc infiniment dangereux, et sur son banc, un homme qui connaît le Cameroun comme peu d’entraîneurs au monde : Claude Le Roy.
Le contexte est limpide. Le Cameroun a gagné, mais il n’a pas encore convaincu. Le Congo a perdu, mais il a tout à jouer. C’est exactement la configuration que le Sorcier Blanc adore.
Claude Le Roy, 78 ans, neuf CAN au compteur, deux passages sur le banc des Lions Indomptables, un quart de finale historique avec ce même Congo en 2015. Il ne va pas inventer un football nouveau. Il va faire ce qu’il a toujours fait : organiser, fermer, et piquer là où ça fait mal. À Brazzaville, devant un public qui n’a plus vu la CAN depuis dix ans, il va exiger de ses Diables Rouges un bloc bas, très agressif, des lignes resserrées à trente mètres, et une exploitation maximale de la moindre erreur camerounaise.
Que doit faire le Cameroun de David Pagou ?
Premièrement, refuser l’émotion. Brazzaville sera chaud, bruyant, hostile. L’Hilton Tour Jumelle, le Massamba-Débat plein, l’arbitrage maison. Si le Cameroun entre dans un match de combat, il le perdra. Il faut entrer dans un match de maîtrise. La possession doit être une arme, pas une statistique. Faire courir le Congo sans championnat depuis deux ans, l’user.
Deuxièmement, gagner la bataille du milieu. Contre les Comores, Pagou a trouvé une formule avec Nyengue en déclencheur et Mbeumo en finisseur. Mais le vrai patron a été Danny Namaso, un but, une passe décisive. À Brazzaville, ce profil hybride, capable de garder le ballon dos au but et de casser une ligne par la passe, sera vital. Le Congo va laisser le ballon aux défenseurs centraux camerounais et fermer l’intérieur.
La solution ne viendra pas de l’axe en première intention, mais des couloirs. Junior Tchamadeu, passeur décisif à Garoua, devra être une véritable rampe de lancement à droite. Il faut étirer ce bloc congolais, l’obliger à sortir.
Troisièmement, ne pas offrir ce que Le Roy attend. Le Congo n’a pas marqué contre la Namibie. Son animation offensive est en construction. Sa seule chance est la transition rapide et le coup de pied arrêté. Le Cameroun ne doit pas prendre de risque inutile à vingt-cinq mètres de ses buts. Pas de fautes bêtes, pas de relances axiales forcées sous pression. Et surtout, une vigilance totale sur le deuxième ballon. Le Roy est un maître du football direct déguisé en football simple : un long ballon, une déviation, et un attaquant qui arrive lancé.
Enfin, il y a l’aspect psychologique. Le Cameroun est favori. Le Cameroun a l’effectif d’Europe. Mais le Cameroun a aussi l’histoire de ces déplacements à Brazzaville, Pointe-Noire, où le talent ne suffit pas. C’est ici que Pagou doit installer son autorité. Une victoire à Brazzaville après la victoire contre les Comores, c’est six points sur six, c’est envoyer la Namibie et les Comores à quatre points, c’est presque tuer le groupe. Un nul ou une défaite, c’est relancer le Congo de Le Roy et redonner vie à un groupe qui devait être verrouillé.
La clé tactique se résume en une phrase : imposer le rythme sans s’exposer. Faire mal vite, comme à la 39e minute à Garoua avec Nyengue, puis gérer avec le ballon. Le Roy va vouloir un match haché, fermé, avec beaucoup de duels. Pagou doit vouloir un match ouvert, avec beaucoup de courses congolaises.
Le Cameroun sait jouer. À Brazzaville, il devra montrer qu’il sait aussi gagner à l’extérieur quand l’adversaire n’a plus rien à perdre. C’est ça, une équipe qui veut aller en Tanzanie, au Kenya et en Ouganda en 2027.
Antonio Ateba journaliste de Dieu

