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Opinion : faut-il jeter Macron avec l’eau du bain colonial ?

PLAIDOYER POUR UN PARADIGME NOUVEAU DES RELATIONS FRANCE-AFRIQUE

Depuis l’annonce officielle de la visite de Son Excellence Emmanuel Macron, Président de la République française, sur invitation de Son Excellence Paul Biya, Président de la République du Cameroun, la toile s’est déchaînée. J’ai pris du plaisir à lire les uns et les autres, et constaté qu’il y a : des courants très hostiles, des courants modérés et très peu de courants favorables.

Au regard du passé des relations entre la France (ancienne puissance coloniale) et l’Afrique française, en général, ainsi qu’entre elle et le Cameroun en particulier, cette phobie semble amplement justifiée. D’ailleurs, elle monte en grondements et mouvements dans tous les territoires anciennement administrés par la France soit comme colonies, soit comme territoires sous tutelle (le mandat de la SDN sur le Cameroun et le Togo ayant été transformé en tutelle).

Le cas malien où pour la première fois, chose inimaginable il y a quelques années, un Ambassadeur de la République française et son armée ont été expulsés, nous paraît encore relever d’un mauvais rêve. On continue de se demander si l’on va se réveiller pour être certain que c’est vrai !

Non loin de nous, la République Centrafricaine cherche le meilleur moyen de sortir du Fcfa, signe d’une rupture progressive mais, irréversible. Quand on sait que le Mali et la RCA sont entrés sous le giron de la Russie dont les ambitions défensives et hégémoniques à l’échelle globale viennent de déclencher une nouvelle guerre froide devant des occidentaux surpris et impuissants, on peut comprendre les inquiétudes de la France qui a appris sans doute courroucée, la signature récente d’un accord de coopération militaire entre cette même Russie et le Cameroun, pays hautement stratégique en Afrique francophone et en Afrique centrale. Si cette inquiétude peut justifier la visite de « l’homme des pressions », doit-on lui fermer la porte au nez à cause du lourd passé colonial qui a miné les relations entre nos pays?

1. NON : parce qu’il faut toujours être accueillant avec les visiteurs; il faut toujours les écouter et demander l’objet de leur visite avant d’évaluer le bien-fondé de leur présence.

2. NON : parce que notre passé commun nous oblige à rechercher les pistes d’un nouveau paradigme sur la base duquel nous devrons construire une nouvelle coopération.

3. NON : parce que, comme l’a affirmé le Président Paul Biya, « Le Cameroun n’est la chasse-gardée de personne ». Une telle affirmation implique qu »une nouvelle ouverture vers la Russie, la Chine, le Brésil, l’Inde ou le Japon, n’exclut pas la poursuite de la coopération plus ancienne avec la France.

En retour, la France devrait se débarrasser du démon colonial et chercher à redéfinir avec le Cameroun, de nouvelles bases de coopération. Le Cameroun doit reconnaître que s’il existe en tant qu’État depuis près de 135 ans, dans ce triangle qui dessine ses frontières malgré la charcuterie coloniale de l’après-guerre 14-18, c’est aussi grâce à la France, partie prenante de la Conférence de Berlin de 1885, et puissance colonisatrice ayant exercé le mandat de la SDN puis la tutelle de l’ONU, cadres dans lesquels le pays a pu se doter d’institutions républicaines pour s’autodéterminer en tant qu’État moderne, loin de « la barbarie et de la sauvagerie » précoloniales.

Dans cette logique, les camerounais doivent accepter qu’il y avait une « facture coloniale » à payer. Avons-nous tout payé? Il revient aux dirigeants des deux pays de faire le bilan et de nous dire si nos biens du sol et du sous-sol doivent changer de régime d’exploitation. Dans tous les cas, les peuples africains sont déterminés à obtenir ce changement. La France doit impérativement en tenir compte.

À nos frères anglophones qui pourraient croire qu’ils ne sont pas concernés par cette visite du Président de la République française, je voudrais dire qu’il est important pour nous tous de savoir que la France n’a rien décidé au Cameroun en 1916, en 1919, en 1961 et au-delà, sans l’accord explicite bien que secret, de la Grande Bretagne, de l’ONU et des États-unis. Exorcisons les démons du passé et regardons vers l’avenir, dans le strict respect de nos intérêts nationaux et de nos valeurs spécifiques.

Jean Paul Ntsengue

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