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Insurrection du Mrc : Maurice Kamto dit le « Ndjem » pour purifier le « Ndo » ?

Ce rituel a été fait au cours de sa rentrée politique ce 11 mai 2022 sur les plateaux de la télévision panafricaine Vox Africa. Pendant près de deux heures d’horloge, l’homme politique s’est dévoilé.

Le Messager vous livre cette séquence rituelle en prélude à son intervention où l’orateur du soir, tel un accusé devant le tribunal de la nature, parle au nom de son parti pour le justifier, pour laver l’affront ou le mauvais sort, pour redresser le tort, le mal agissant qu’on appelle « le Ndo » dans la culture grassfield du Cameroun, jeté comme anathème à la face de sa famille politique.

Le « Ndjem », est la parole de vérité agissante, elle est comme de l’eau qui vivi- fie, qui justifie ou condamne l’orateur. La parole du leader du Mrc a-t-elle atteint l’objectif ? Le Messager transcrit in extenso les propos de l’homme politique au cours de cette séquence.

« Je voudrais dire deux mots sur ce qui nous apparait comme étant le problème majeur est la situation de nos militants qui sont illégalement et illégitimement en prison. Ils sont détenus depuis bientôt deux ans, sans aucune raison et je pense qu’on ne peut pas passer dessus rapidement car c’est une question qui interpelle au-delà du Mrc.

Aujourd’hui, ça nous frappe mais demain qui sera concerné ? Au fond, de quoi s’agit-il ? Voilà plus 100 personnes qui sont en prison et au départ, ils étaient près de 500. Les 102 sont en prison pour quelles raisons ? On vous a dit qu’on voulait organiser une insurrection, et c’est ce qu’on vend dans l’opinion nationale et internationale, et je vous le demande à vous les journalistes.

Quand on veut organiser une insurrection, on déclare l’insurrection ? On dit que tel jour je vais organiser l’insurrection ? Est-ce qu’on indique l’itinéraire de l’insurrection ? Est-ce qu’on rédige un Code du marcheur pacifique signé de ma propre main ? Tous les documents dont je vous parle ont été envoyés aux services de sécurité du Cameroun par des moyens laissant traces. Et nous les avons prévenus, que nous voulons marcher tel jour, selon tel itinéraire.

Après avoir fait cette démonstration qui n’était pas nécessaire, parce qu’on a sorti toute la quincaillerie de sécurité pour intimider les Camerounais alors qu’en fait ces équipement doivent servir à combattre l’ennemie qui menace à nos frontières, qu’est-ce qu’on a fait. On a arrêté des Camerounais alors qu’ils ne marchaient pas. Je vous signale que mon Porte-parole Monsieur Olivier Bibou Nissack a été arrêté chez lui dans son appartement, même pas au pied de l’immeuble, mais on est allé le chercher au 2ème étage devant sa femme et ses enfants.

Je vous signale que Monsieur Fogue Alain Tedom, qui est le trésorier national de notre parti, a été arrêté la veille, attiré dans un traquenard par le service de sécurité, parce qu’ils ont organisé une sorte d’échauffourée devant ma maison, l’ont appelé pour qu’ils viennent établir le calme, ce qu’il a fait. C’est un Monsieur qui est correcte, il a toujours été en contact avec eux, il est venu et il a essayé de calmer la situation.

Les gens étaient là depuis plusieurs mois et pourquoi étaient-ils là ? Vous savez qu’il y a un groupe armé par les membres du gouvernement qui sont venus proférer des menaces chez moi, y compris en donnant des coups de pieds dans mon portail. Donc, certains membres de mon parti ont estimé que je n’avais pas la sécurité requise puisque je n’ai jamais bénéficié d’aucune forme de protection, telle qu’elle soit même pendant la campagne de 2018.

Candidat de mon état, j’ai demandé par écrit aux services de sécurité d’assurer ma sécurité pour que je me rende notamment dans les régions du Nord-Ouest et du Sud- Ouest, je n’ai jamais eu cette protection. D’autres l’ont eue. Vous avez vu les images qu’on a exhibées de manière un peu arrogantes. »

« Quand le professeur Fogue arrive, il rassure, il calme, mais non seulement on amène les militants qui étaient là depuis longtemps et on les passe à tabac, on les jette dans les cars de police et de gendarmerie qu’on amène et au moment où le professeur Alain Fogue veut prendre sa voiture pour rentrer chez lui, à ce moment-là, on l’interpelle. C’est le 21 septembre, la veille du jour de la marche. Donc, on ne peut pas dire qu’il a marché. Que fait-il en prison ?

Pour se donner un peu de continence et sans doute induire en erreur ceux qu’ils peuvent induire en erreur dans l’opinion publique camerounaise, on fait croire que le Mrc préparait une insurrection. C’est ce qu’on essaie de ventre à l’opinion. Le Mrc est le parti qui casserait les ambassades à Paris. Le Mrc est le parti qui organiserait des insurrections. Qui déstabiliserait le Cameroun. Mais tout simplement parce que nous sommes droits dans nos bottes ! Parce que nous sommes constants, nous sommes cohérents, nous voulons qu’il y ait une alternance au Cameroun par les urnes et nous n’avons rien demandé d’autre.

Nous avons dit, si le président de la République en fonction ne peut pas s’acquitter de ses missions constitutionnelles, qui est d’un, d’assurer la paix au Cameroun et non pas d’entretenir la guerre dans deux régions du pays presque depuis 5 ans ; s’il ne peut pas de deux , accéder à notre demande, d’une réforme consensuelle du Code électorale pour que les règles de jeu soient claires et que nous évitions des crises postélectorales ; de trois, s’il ne peut pas sanctionner ceux qui s’amusent à détourner la fortune publique, notre sueur commune, alors il n’a pas de raison de continuer à assumer ces fonctions.

C’est tout ce que nous avons dit. Nous n’avons rien dit de plus que cela. C’est cela qu’on qualifie d’insurrection. Même dans une monarchie, on ne transforme pas le roi en un dieu. Nous sommes dans une République et il faut que les gens qui exercent les fonctions publiques sachent qu’ils sont dans l’obligation de rendre compte aux Camerounais, qu’ils peuvent être interpellés légitiment sans brutalité et sans violence.

C’est ce que nous avons fait. Vous ne verrez sur aucune image, ni sur aucune vidéo, même pour ceux qui ont marché le 22 septembre, quelqu’un qui a bousculé, pas une maman qui était sur un trottoir a été bousculée, pas une voiture a été attaquée, rien du tout, encore moins voulais-je dire, les policiers et les gendarmes.

Parce que dans notre code du marcheur pacifique, nous avons bien dit que vous n’allez pas au contact les Forces de main- tien de l’ordre. S’ils viennent vers vous, vous vous asseyez et vous chantez l’hymne nationale. Est-ce là l’insurrection dans un pays ? Voilà les raisons pour lesquelles nous disons que c’est absurde ce qui est en train de se passer dans notre pays.

C’est compréhensible, parce qu’effectivement ceux qui veulent s’emparer du pouvoir par des voies illégitimes sans avoir l’onction du seul souverain qu’il y a au Cameroun, qui est le peuple camerounais, effectivement, déploie tout l’appareil de l’Etat pour essayer de nous écraser. Mais ils n’y parviendront pas parce qu’ils ne peuvent pas supprimer les 25 à 30 millions de Camerounais que nous sommes. Sachez que les Camerounais sont très attachés à la transmission du pouvoir en suivant les voies démocratiques. Ils veulent qu’on les entende, qu’on les écoute et que leurs choix soient pris en compte ».

« Le changement dans la paix et par les urnes »

« Nous étions en plein dans le travail avec les camarades du du parti politique qui est celui de continuer à développer la croissance numérique du parti en terme de recrutement des militants, mais égale- ment à travailler à sa meilleure organisation, c’est-à-dire à mieux le structurer et enfin à bien expliquer aux militants notre doctrine politique, notre vision politique, notre approche des questions nationales, en particulier, notre approche de la question de l’alternance au Cameroun. Nous l’avons toujours dit, dès la création de notre parti nous avons toujours dit que nous voulions le changement dans la paix et par les urnes.

C’est un discours qui a pu être brouillé à un moment donné parce que qu’il y avait certaines personnes qui étaient impatientes, sans doute de manière légitime parce qu’après tout, on mène le combat politique pour le changement au Cameroun depuis une trentaine voire une quarantaine d’années, et nous pouvons comprendre ces impatiences-là.

Mais, la méthode est extrêmement importante, nous sommes très soucieux du respect du cadre constitutionnel pour l’évolution politique au Cameroun et c’est pour cela que nous avons choisi cette option « le changement dans la paix et par les urnes ». Nous y tenons, il fallait continuer à leur expliquer cela dans le brouhaha qui pré- vaut dans notre pays aujourd’hui ».

Pourquoi votre rentrée politique à ce moment précis ?

« Je pense qu’après un long temps, pendant deux ans, je n’ai pas eu l’opportunité de parler aux Camerounais. Avec les membres de mon parti, nous avons estimé qu’il est temps de partager avec eux ce que nous faisons, de leur dire que nous sommes-là en tant que parti poli- tique. A titre personnel, je vais bien mais au-delà du problème de santé, mon sort personnel importe peu.

Ce qui importe fondamentalement est que nous ayons un parti fort, solide, structuré, prêt à prendre en charge la gestion du pays. C’est ce que nous sommes ; nous sommes aujourd’hui un parti prêt à prendre en charge la gestion du pays. Nous l’avons dit parce que nous avons les cadres compétents, nous l’avons dit parce que nous avons un parti organisé, nous l’avons dit parce que nous avons un parti implanté sur l’ensemble du territoire.

Vous avez dit dans votre propos que le parti ne se portait pas bien. Vous avez raison, mais vous avez mis deux ou trois choses ensemble. Je voudrais dissocier la question de nos amis politiques qui sont devenus des otages du régime en place de celle de ceux qui quittent le parti. Il s’agit de quelques personnes, il ne faut pas exagérer. Le Mrc n’a pas connu de saignée, ça se saurait ».

Le Messager

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