Césariennes au Cameroun : le deuxième business rentable des médecins (Opinion)

Cameroun Actuel
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Dans une tribune, le chroniqueur Charles Armel Mbatchou dénonce le mouveau business de la césarienne.

« Césariennes au Cameroun, le deuxième business rentable des médecins : entre nécessité médicale et dérive économique silencieuse

La césarienne est, à l’origine, un acte chirurgical salvateur. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) considère qu’un taux compris entre 5 % et 15 % des accouchements est optimal : en dessous, des femmes meurent faute d’accès ; au-dessus, l’acte devient suspect d’abus.

Or, certaines études hospitalières au Cameroun indiquent des taux largement supérieurs. Une publication récente évoque 30,6 % de césariennes dans certains établissements — soit le double du seuil maximal recommandé. Cette inflation ne peut pas s’expliquer uniquement par des complications obstétricales.

Le Cameroun reste un pays où donner la vie reste dangereux

Avant d’accuser la césarienne, il faut regarder le contexte global :

  • Environ 4 000 femmes meurent chaque année en couches au Cameroun 
  • Le ratio de mortalité maternelle atteint 406 décès pour 100 000 naissances dans certaines estimations récentes 
  • Des données historiques montrent même des pics à 782 décès pour 100 000 naissances 

Ces chiffres placent le pays parmi les systèmes obstétricaux les plus fragiles.
Au Cameroun, la césarienne n’est plus seulement un recours en cas de danger. Dans plusieurs formations sanitaires, elle devient une issue fréquente, parfois quasi automatique.

Avec des taux dépassant 30 % des accouchements dans certains établissements, la pratique s’éloigne nettement des standards internationaux. Une question s’impose : assiste-t-on encore à un choix médical, ou à une décision influencée par d’autres logiques ?

Des écarts de prix qui défient toute cohérence sanitaire

Le coût d’une césarienne au Cameroun dessine une fracture difficilement justifiable.

  • 6 000 FCFA dans les zones couvertes par le chèque santé
  • 90 000 FCFA dans certains hôpitaux publics de Yaoundé
  • 200 000 à 350 000 FCFA dans des villes comme Bafoussam
  • Plus de 1 000 000 FCFA dans certaines cliniques privées

Comment expliquer qu’un même acte chirurgical puisse coûter plus de cent fois plus cher selon le lieu ? Aucune transparence réelle ne permet aujourd’hui de comprendre ces écarts.

Payer avant de survivre : la réalité des salles d’accouchement

Dans de nombreux cas, les familles doivent payer avant même que l’intervention ne commence. Ce mécanisme introduit une logique brutale : la capacité à mobiliser de l’argent devient une condition d’accès à un acte vital.

Dans un contexte d’urgence obstétricale, ce délai peut faire basculer une situation critique.

Un système qui crée ses propres dérives

Le problème ne se limite pas à quelques pratiques isolées. Il est structurel.

  • La césarienne est plus rentable qu’un accouchement classique
  • Les établissements dépendent largement des paiements directs
  • Les subventions publiques arrivent avec retard ou incertitude

Dans ces conditions, une réalité s’impose : Le système de santé camerounais tolère des situations où l’intérêt financier peut interférer avec une décision médicale majeure. Urgence médicale… ou urgence déclarée ? Officiellement, la majorité des césariennes sont pratiquées en urgence.

Mais sur le terrain, une zone grise persiste :

  • diagnostics rarement détaillés
  • absence d’accès au dossier pour les familles
  • décisions prises sans contre-expertise

Dans ces conditions, contester une césarienne devient pratiquement impossible. Une intervention loin d’être anodine

Présentée parfois comme une solution rapide, la césarienne reste une opération lourde.

Dans un système hospitalier sous pression :

  • les risques d’infection et d’hémorragie sont élevés
  • le suivi post-opératoire est inégal
  • les complications sur les grossesses futures sont réelles

Une césarienne injustifiée n’est pas neutre. Elle peut créer un risque là où il n’y en avait pas. Entre volonté politique et terrain incontrôlé

L’État camerounais a engagé des mesures pour réduire les inégalités :

  • chèque santé
  • déploiement progressif de la Couverture Santé Universelle

Mais ces dispositifs se heurtent à plusieurs limites :

  • application incomplète
  • lenteurs administratives
  • absence de contrôle effectif des pratiques

Résultat : un système à deux vitesses, où coexistent soins subventionnés et médecine à forte rentabilité. Les femmes, premières victimes d’un système déséquilibré

Au bout de la chaîne, les conséquences sont directes :

  • familles contraintes de s’endetter en urgence
  • retards dans la prise en charge
  • exposition à des risques chirurgicaux évitables

Dans certains cas, la décision médicale semble moins guidée par l’état de la patiente que par les contraintes du système.

Une question que le système refuse encore d’affronter

Pourquoi une intervention censée sauver des vies devient-elle :

  • aussi coûteuse
  • aussi variable
  • aussi peu transparente ?

L’absence de réponse claire entretient le doute. Un silence qui devient problématique

Il serait excessif d’affirmer que la césarienne est devenue un “commerce généralisé”. Mais il serait tout aussi inexact de nier les dérives observables.

La réalité est plus inconfortable :

Le système actuel crée les conditions d’un usage parfois excessif et insuffisamment encadré de la césarienne, au croisement de contraintes médicales et d’intérêts économiques.

Sans régulation, sans transparence et sans contrôle des indications médicales, une intervention vitale risque de continuer à dériver. Et dans ce contexte, ce sont les femmes qui paient — financièrement, physiquement, et parfois de leur vie.

Par Charles Armel MBATCHOU »

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