Enlevés ensemble en 2020, le Fon de Nso rend hommage au cardinal Tumi le 25 octobre

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Le Fon de Nso, Sehm Mbinglo Iᵉʳ, a décrété le dimanche 25 octobre 2026 journée d’hommage au défunt cardinal Christian Wiyghan Tumi. Cette initiative remet en lumière le parcours d’une figure éminente du peuple Nso, dont les dernières années furent marquées par des appels répétés à la paix au Cameroun.

Selon des sources proches du palais de Nso, la commémoration s’articulera autour d’une messe de suffrage à Douala, à laquelle le Fon devrait assister.

Des églises et des mosquées prévoient également d’organiser des activités en l’honneur du défunt cardinal, conférant à cet hommage une dimension interreligieuse qui reflète l’importance que le cardinal Tumi a toujours accordée au dialogue et à la coexistence pacifique.

Cette journée permettra de saluer la mémoire de Christian Wiyghan Tumi, en tant que dignitaire catholique, voix publique sur les questions de gouvernance et de droits humains, et fervent défenseur de la paix durant le conflit qui a touché les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun.

De Kikaikelaki au Collège des cardinaux

Christian Wiyghan Tumi est né le 15 octobre 1930 à Kikaikelaki, près de Kumbo, dans l’actuel département du Bui (région du Nord-Ouest).

Après avoir suivi une formation religieuse initiale, il a poursuivi des études et exercé des activités d’enseignement, tant au Cameroun qu’à l’étranger, avant d’être ordonné prêtre le 17 avril 1966. Son parcours ecclésiastique l’a conduit à Yagoua, où il est devenu évêque en 1979, puis à Garoua, où il a exercé la charge d’archevêque.

En juin 1988, le pape Jean-Paul II l’a élevé au rang de cardinal, faisant de lui le premier cardinal camerounais. Par la suite, il a occupé le poste d’archevêque de Douala de 1991 jusqu’à son départ à la retraite en 2009. Le cardinal Tumi est décédé à Douala le 3 avril 2021, à l’âge de 90 ans.

Un responsable religieux qui s’est exprimé au-delà de la chaire

Le cardinal Tumi s’est fait connaître en prenant publiquement position sur des questions qui dépassaient largement le cadre de l’administration de l’Église. Il a dénoncé la corruption et la mauvaise gouvernance, et s’est régulièrement exprimé sur la démocratie, la dignité humaine et la justice sociale.

Après son décès, le pape François a salué l’engagement du cardinal Tumi, qui a défendu « avec courage la démocratie et la promotion des droits ».

Pour de nombreux Camerounais, ces prises de parole publiques ont fait de lui l’une des voix religieuses les plus emblématiques du pays. Ses positions l’ont parfois conduit à un désaccord direct avec les autorités politiques ; pourtant, il a continué à s’exprimer sur les enjeux nationaux bien après avoir pris sa retraite en tant qu’archevêque de Douala.

Son plaidoyer pour la paix durant le conflit anglophone

Le cardinal Tumi s’est particulièrement investi dans les efforts visant à trouver une issue pacifique au conflit qui secoue les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun.

Cette crise, qui a débuté en 2016 par des mouvements de protestation d’avocats et d’enseignants avant de dégénérer en conflit armé, est devenue l’une des préoccupations majeures des dernières années de sa vie.

Le cardinal Tumi a répété à maintes reprises que la simple condamnation ne suffirait pas à mettre fin à la violence. « La crise ne peut plus être résolue par de simples mots ou des condamnations, mais par des actions concrètes sur le terrain », déclarait-il en août 2019.

Il fut également l’un des initiateurs d’une « Conférence générale anglophone », destinée à réunir des personnes aux positions divergentes sur le conflit.

Pour le cardinal Tumi, le dialogue demeurait indispensable, alors même que les combats s’intensifiaient et que la méfiance s’installait entre le gouvernement, les groupes séparatistes et les populations touchées.

La nuit où le cardinal Tumi et le Fon de Nso furent enlevés

L’hommage rendu le 25 octobre revêt également une signification toute particulière pour le Fon Sehm Mbinglo Iᵉʳ. Le 5 novembre 2020, alors qu’ils se rendaient de Bamenda à Kumbo dans le cadre d’une démarche en faveur de la paix et de la réconciliation dans la région de Nso, le cardinal Tumi et le Fon furent enlevés à Ndop.

À l’époque, les informations rapportées attribuaient cet enlèvement à des séparatistes armés actifs dans la zone. Tumi a passé la nuit en captivité et a été libéré le 6 novembre. Le Fon est resté captif pendant quelques jours supplémentaires avant d’être libéré le 10 novembre.

Cette expérience a par la suite fait l’objet du livre de Tumi, Ma Nuit en captivité, écrit en collaboration avec Charles Ngadjifna et Martin Jumbam.

Plutôt que de présenter cet épisode uniquement comme un récit de violence, Tumi a également évoqué ses échanges avec certains des jeunes combattants, soulignant ce que ces conversations révélaient, selon lui, du coût humain du conflit.

Cette expérience partagée de la captivité confère désormais une dimension supplémentaire à l’hommage rendu par le Fon à Tumi.

Les deux hommes n’étaient pas seulement unis par la tradition Nso et la foi catholique ; ils avaient également affronté, ensemble, les périls liés à toute tentative de prôner la paix dans une région en proie à la guerre.

Un hommage qui s’inscrit dans la nouvelle campagne pour la paix du Fon

Cette déclaration intervient alors que le Fon de Nso a réaffirmé, publiquement, l’importance du dialogue et de la réconciliation.

En septembre, ce chef traditionnel a mené une « mission royale pour la paix » dans le département du Noun et a publié un ouvrage intitulé The Fon of Nso and the Anglophone Crisis: A Testimony for Reconciliation and Peace (« Le Fon de Nso et la crise anglophone : un témoignage pour la réconciliation et la paix »).

L’ouvrage revient sur son expérience du conflit et appelle à la vérité, au pardon et à une coexistence pacifique. La journée d’hommage au cardinal Tumi s’inscrit donc dans une démarche de paix plus large, portée par le palais de Nso.

Pour le Fon, honorer la mémoire du cardinal Tumi, c’est aussi remettre en lumière les efforts de paix qui ont marqué les dernières années de la vie du prélat.

Églises et mosquées appelées à participer

Selon des sources proches du palais, la messe commémorative principale se tiendra à Douala, ville où le cardinal Tumi a exercé la fonction d’archevêque pendant près de vingt ans. La présence du Fon de Nso est attendue.

D’autres églises organiseront également des prières et des activités, tandis que des mosquées ont été invitées à prendre part à cet hommage.

Cette dimension interreligieuse est significative, car le cardinal Tumi a maintes fois soutenu qu’une paix durable exigeait un dialogue dépassant les clivages religieux, politiques et ethniques.

Les organisateurs espèrent ainsi que cet hommage ne se limitera pas au cadre catholique, mais qu’il suscitera une réflexion plus large sur la coexistence et l’unité nationale.

Cinq ans après sa disparition, le message de paix du cardinal Tumi refait surface

Cinq ans après le décès du cardinal Tumi, le conflit qu’il a tenté de résoudre jusqu’à la fin de sa vie demeure sans issue. Les populations des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest continuent de subir les conséquences de l’insécurité, des déplacements forcés et de la violence.

Les dernières années du cardinal Tumi ont été marquées par sa conviction profonde que la confrontation militaire ne suffirait pas à résoudre la crise.

Dans des écrits rédigés après son enlèvement, il a exprimé à plusieurs reprises l’espoir de voir les combats prendre fin. « Tout ce que je souhaite, c’est que les armes se taisent et que la paix revienne dans le pays », écrivait-il.

L’hommage du 25 octobre ne sera donc pas seulement celui rendu à un haut dignitaire catholique. Pour le peuple Nso, il s’agira de rendre hommage à un fils de la communauté qui s’est hissé aux plus hauts échelons de l’Église catholique, tout en restant profondément impliqué dans les problèmes auxquels son pays est confronté.

Pour le grand public, cette journée remettra également en lumière une interrogation qui a accompagné Tumi durant les dernières années de sa vie : le Cameroun peut-il encore trouver une issue politique et pacifique à un conflit qui dure depuis près d’une décennie ?

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