Camerounactuel

Galim, une semaine après l’attaque secessionniste

Etat d’alerte maximale chez les forces de sécurité, sérénité relative chez les populations.

La localité de Galim, dans les Bamboutos, peut être ralliée en 25mn, sur une route à moitié bitumée, à partir de Mbouda. Les travaux de construction, qui avancent à la camerounaise, laissent des segments de déception. Samedi, 14 mars 2020, la circulation des engins à deux roues est intense.

« Vous ne pouvez pas passer », nous fait savoir un gendarme au poste de_ contrôle de Bamesso. En effet, l’ancien pont sur la rivière Mifi a été emporté la veille par les effets d’une pluie diluvienne. Il faut continuer à pied, faute d’avoir trouvé une moto. Là, on est à 2km du centre-ville de Galim.

A peine a-t-on traversé le nouveau pont en chantier, qu’il faut montrer patte blanche. A l’entrée d’un bosquet, une escouade mixte gendarmes-policiers inspecte tout ce qui passe, hommes comme biens et surtout motos. Moins polis que les premiers, ils retiennent tous ceux qui n’ont pas de carte d’identité, s’irritent pour un moindre pen. La plupart des motos qui vont vers Mbouda ont l’air de porter des gens qui déménagent : des ustensiles de cuisine, de gros sacs d’effets et même des bouteilles de gaz sont bien arrimés derrière les passagers.

De part et d’autre de la route, femmes et enfants sont au champ. Il a plu la veille et on profite de la libération des élèves pour semer. Les champs s’étendent à perte de vue, avec parfois quelques maisons. Plus haut, à l’entrée du Lycée technique, le poste de contrôle municipal, qui prélève souvent les taxes sur la mobilité et les services, ne fonctionne pas. Les 5 boutiques à l’entour sont fermées. En dehors du ronflement des motos qui passent, tout le monde est au champ.

Jusque dans le quartier administratif, aux alentours des services publics et de la résidence du sous-préfet, les gens cultivent. Dans ce qui semble une ville-plantàtion, tout le monde a l’air serein. « La pluie d’hier a traîné à tomber. Maintenant qu’elle est là, il faut qu’on en profite au maximum », nous explique une dame rencontrée en train de pulvériser les mauvaises herbes aux alentours d’une parcelle qu’on achève de semer.

Fortifications

Incidence de l’activité champêtre sur la ville, le marché est peu bruyant. Les boutiques sont ouvertes mais on peut compter le nombre d’acheteurs et de badauds. Seuls les débits de boisson accueillent de rares assoiffés, qui se souviennent de ce qui s’y est passé là il y a exactement une semaine.

« Quand on a entendu les coups de feu, tout le monde s’est mis à fuir. Personne ne sait ce qui s’est passé pour que les civils meurent. Les assaillants tiraient et les gendarmes ripostaient », explique l’un d’eux..Les jours du marché, cet espace s’anime jusqu’à minuit. Depuis lors, tout le monde ferme à 19h, pour les plus courageux.

Il faut se rendre au poste de sécurité publique (petit commissariat) et à la brigade de gendarmerie, pour réaliser que cette relative sérénité cache paradoxalement une grande peur. Les façades des deux services ont été fortifiées, avec des sacs empilés les uns sur les autres. Des espaces de planque ont été aménagés, au cas où il faudrait riposter à une nouvelle attaque. Les occupants des lieux sont prudents, sinon suspicieux. Et ils nesont pas seuls. Le lundi suivant, la ville était paralysée. Les élèves n’ont pasieu cours. Si des restrictions n’ont pas été imposées à la mobilité des conducteurs de moto, ils sont prudents.

« Je continue d’aller où mes passagers souhaitent mais je ne dois pas le cacher. J’ai trop peur. Qu’est-ce que les Ambazoniens sont venus chercher ici ? N’est-ce pas ils luttent pour rester loin de la partie francophone ? », s’interroge B. N., conducteur de mo-totaxi.

A Galim-ville, l’on est à 12km de la frontière avec le Nord Ouest, notamment des premiers villages de l’Arron-dissement de Balikumbat, dans le Ngoketunjia. Même mauvaise, la route qui dessert la zone anglophone a longtemps été considérée comme un raccourci pour ceux qui voulaient se priver de la peine d’aller contourner par Ba-menda, pour se rendre à Ndop. Mais qu’une caravane armée de séparatistes l’empruntent pour venir attaquer le commissariat ou la brigade, continue d’inquiéter, une semaine après.

Expédition punitive ?

Dans le communiqué rendu public à la suite de cette attaque, le Ministre de la Communication relevait que « des assaillants lourdement armés, évalués à près d’une cinquantaine d’individus relevant des hordes terroristes sécessionnistes, en provenance de la Région du Nord-Ouest, sont entrés à Galim, dans une caravane motorisée qui s’est dirigée à dessein, sur les sites abritant la Brigade Territoriale de Gendarmerie et le Poste de Sécurité Publique de l’Arrondissement de Galim.

Les violentes attaques qui s’en sont suivies contre les éléments de nos Forces de Défense et de Sécurité, lesquels ont promptement riposté, pour repousseï les assauts et proté’ger leurs unités respectives, se sont soldées par des pertes en vie humaine au sei.n dès Forces Camerounaises de Défense et de Sécurité et parmi les popu lations civiles. Au total, quatre éléments de rîos Forces.ont été tués, dont deux gendarmes et deux fonctionnaires de la Police abattus.

Poursuivant leur abominable besogne, les terroristes sécessionnistes ont également assassiné quatre personnes civiles, dont un compatriote garde-à-vue dans la Chambre de Sûreté de la Brigade de Gendarmerie de Galim et trois concitoyens rencontrés fortuitement par ces individus déshumanisés, après les deux attaques perpétrées dans cette localité ».

La peur dans le ventre, les uns et les autres cherchent, a basse voix, à comprendre ce qui peut avoir poussé ces assaillants à entrer aussi profondément dans la zone francophone. Des complicités dans les rangs des déplacés internes ont été évoqués. Lors de sa visite de travail à Galim, le jeudi 12 mars 2020, Paul Atanga Nji, le Minât a déclaré à la presse : « Je crois que l’Etat fera tout pour que le calme revienne dans ces endroits touchés par les terre ristes ». Les plus introduits expliquent qu’on a déjà ordonné l’installation d’un poste militaire entre Galim et la frontière avec le Nord Ouest.

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