La disparition de Clément Atangana et la nomination de son successeur à la tête du Conseil constitutionnel camerounais inspirent une réflexion sur la fragilité du pouvoir, l’humilité et l’héritage laissé par les responsables publics.
Dans une tribune intitulée « Pour qui sonne le glas… », le journaliste Paul Mahel invite les détenteurs de fonctions officielles à s’interroger sur la portée de leurs actes au-delà des titres et des privilèges.
Clément Atangana, premier président du Conseil constitutionnel depuis la mise en place effective de l’institution en 2018, est décédé le 4 octobre 2026 à Paris, à l’âge de 85 ans. Le 16 octobre, le président Paul Biya a nommé Rémy Nama pour lui succéder à la tête de cette juridiction.
Ce passage de témoin, intervenu alors que les préparatifs des obsèques du défunt se poursuivent, constitue pour Paul Mahel une illustration du caractère éphémère des fonctions publiques. L’auteur oppose l’atmosphère de célébration qui accompagne, selon son récit, une nomination à la douleur d’une famille endeuillée.
Lire la tribune de Paul Mahel :
POUR QUI SONNE LE GLAS…
La nomination, hier, d’un nouveau Président au Conseil constitutionnel, alors même que son prédécesseur n’a pas encore été conduit à sa dernière demeure, offre une réflexion profonde et universelle pour quiconque exerce des responsabilités ou détient une parcelle de pouvoir.
Ce passage de témoin brutal nous enseigne trois leçons essentielles :
1. Le caractère éphémère de la fonction
Il y a quelques mois à peine, une vidéo circulait sur les réseaux : on y voyait le Président Clément Atangana festoyer entouré des siens, au soir de la proclamation des résultats de la dernière présidentielle. Hier, l’image était tout autre. Quel contraste saisissant entre la ferveur au domicile du nouveau nommé et le silence pesant chez la famille endeuillée, encore plongée dans les préparatifs des obsèques… La gloire d’une fonction est bien fugace.
2. Une leçon d’humilité constante
Nul n’est éternel, et nul n’est indispensable. Un simple décret suffit pour nous faire basculer du sommet du pouvoir aux archives de l’Histoire.
Cela doit nous préserver de l’ivresse des grandeurs. Gardons les pieds sur terre : restons humains, empathiques et bienveillants. N’oublions jamais qu’un titre ne fait pas un roi, mais un serviteur…un serviteur de l’État et, avant tout, du peuple.
3. La question de l’empreinte et du legs
Au-delà des titres et des privilèges, que reste-t-il vraiment lorsque la lumière s’éteint ? La vraie question n’est pas ce que l’on possède, mais l’héritage moral que l’on laisse derrière soi. Que dira-t-on de nous lorsque nous ne serons plus là ? Nos proches porteront-ils notre nom avec fierté, ou les quolibets viendront-ils étouffer leurs pleurs ? Entrerons-nous dans l’Histoire par la grande porte ou par sa mémoire sombre ?
Dira-t-on de nous que nous avons écrasé des vies, ou que nous avons aidé ceux qui nous entouraient à s’élever ?
En définitive, le pouvoir n’est jamais une propriété privée ; c’est un bail à durée déterminée dont l’échéance arrive toujours plus tôt qu’on ne l’imagine. Les honneurs s’évaporent, les bureaux s’assombrissent et les téléphones finissent par se taire. Lorsque les projecteurs s’éteignent et que le rideau tombe, la seule monnaie qui conserve sa valeur est la dignité avec laquelle nous avons traité les autres.
Ce ne sont ni les décrets, ni les titres ronflants qui traverseront le temps, mais la bonté de nos actes et l’humanité que nous aurons semée autour de nous.
Alors, à tous ceux qui décident aujourd’hui : n’oubliez pas d’être grands par le cœur avant de chercher à l’être par le rang.

