Foumban : comment le Sultan-Roi a contribué au retour au calme après une nuit de tension

Cameroun Actuel
5 Min Read

Le Sultan-Roi des Bamoun, Mouhammad Nabil Mforifoum Mbombo Njoya, s’est mobilisé pour contribuer au retour au calme à Foumban, dans la région de l’Ouest, après la mort par balle d’un jeune homme lors d’une altercation impliquant des gendarmes et des conducteurs de mototaxis, dans la nuit du 17 au 18 octobre.

Cette intervention, saluée dans une chronique du journaliste Charles Armel Mbatchou, relance également le débat sur le rôle des élus locaux et des représentants du Noun.

FOUMBAN : QUAND LE TRÔNE ÉCOUTE, LA VILLE RETROUVE SA VOIX

Samedi 17 octobre, vers 19 h 30, un accrochage de la circulation a tourné au drame à Foumban. Des tirs de sommation ont retenti et un jeune de 20 ans, atteint par une balle perdue selon les témoins, n’a pas survécu. La route d’entrée de la ville s’est retrouvée barricadée, et la colère montait. Vingt-quatre heures plus tard, la ville a levé ses barricades. Qui a tenu la clé de cette paix ?

Un roi qui a su être là

Le Sultan-Roi des Bamoun, Mouhammad Nabil Mforifoum Mbombo Njoya, s’est rendu à l’hôpital et y est resté jusqu’au décès du jeune homme, puis il a sillonné la ville toute la nuit pour appeler à la retenue. Au Palais, lui et le général Housseini Djibo ont reçu plus de 300 conducteurs de moto et recueilli leurs récriminations avant de lancer un appel au calme. Il a d’abord écouté et accueilli la douleur. Il a dit ensuite que détruire Foumban par ses propres enfants n’était pas une solution, et exigé que la justice soit rendue.

Un général qui a compris qu’on n’éteint pas un feu à coups de galons

Le commandant de la 5e région de gendarmerie, le général de brigade Housseini Djibo, est descendu sur le terrain avec le colonel Abba Saïdou. Ils ne sont pas restés en retrait : le Sultan, le général et le colonel ont accompagné le jeune à sa dernière demeure, en assistant personnellement à l’enterrement. À Foumban, l’autorité du fusil a su plier devant celle de la dignité. Dans un pays où la crise se règle trop souvent par la force, voilà ce que signifie gouverner en temps de douleur. À eux deux, ils ont joué toutes les cartes de l’apaisement.

Madame le Maire, ou l’art de la récupération

Dans ce moment qui exigeait d’abord le recueillement et la parole apaisante, Hermine Patricia Tomaino Ndam Njoya a pris la parole en langue bamoun. Elle a, aux yeux de cette rédaction, parlé beaucoup plus de politique que de la situation qui prévalait à Foumban. Elle n’a rien dit de précis sur la famille endeuillée ni sur l’enquête, ni proposé d’issue aux motomen. Ce n’est pas une surprise, car la mairie n’a jamais connu le parfait amour avec le Palais et les querelles de clans se sont déjà soldées par des violences. Un deuil n’est pas une tribune, et celle qui s’y installe pour marquer des points abîme l’unité qu’il fallait préserver.

Où sont les sénateurs du Noun ?

Le Noun compte des sénateurs, dont Seidou Mbombo Njoya, nommé par le président le 31 mars 2023, et Aminatou Ngangoube, élue. Ils avaient annoncé un cabinet parlementaire et des forages dans quatre communes. Mais où étaient-ils quand Foumban brûlait ? Nous n’avons relevé aucune prise de parole publique. Les populations du Noun seraient-elles orphelines de leurs sénateurs nommés ?

Pendant ce temps, les chantiers de Foumban

Que devient le lycée bilingue ? Où en est le stade municipal, dont la réhabilitation avait reçu des fonds en vue de la CAN 2020 ? Foumban sait déjà ce que coûte l’abandon : en 2017, trois enfants sont morts ensevelis sous le mur de la tribune de l’ancien stade. Ce sont des réponses de chantier que les Bamoun attendent des élus, pas des discours.

La paix, puis la vérité

L’apaisement n’efface pas la mort d’un fils de Foumban. Une enquête a été ouverte et rien ne permet encore de dire qui a tiré. Le Palais a promis que justice sera rendue : les Bamoun l’attendent. En attendant, que Foumban garde ce qu’elle vient de montrer : un roi au chevet de son peuple et des hommes en armes qui ont su s’effacer devant la douleur.

Vive le Roi des Bamoun !

Charles Armel Mbatchou
Journaliste, analyste politique, Chroniqueur, Historien d’art

Share This Article
Suivez les dernières nouvelles de dernière minute et les développements du Cameroun et du monde entier avec Cameroun Actuel. De la politique à l'économie et à l'environnement, des problèmes locaux aux événements nationaux et aux affaires mondiales, nous avons ce qu'il vous faut.
Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Activer les Notifications OK Non Merci