Crise anglophone : après 10 ans de conflit, Atonfack Guemo dénonce une « imposture »

Cameroun Actuel
6 Min Read

À l’occasion du dixième anniversaire des premières manifestations anglophones d’octobre 2016, le Capitaine de vaisseau Cyrille Atonfack Guemo livre une charge contre les groupes séparatistes armés. Il les accuse d’avoir détourné les revendications initiales des populations à des fins de prédation et dénonce les conséquences du conflit sur les civils.

Dix ans après le début de la crise anglophone, le débat sur les responsabilités dans le conflit reste vif au Cameroun. Dans un éditorial intitulé « Octobre 2016 – Octobre 2026, forte résilience sécuritaire du Cameroun », Cyrille Atonfack Guemo, chef de la Division de la communication au ministère de la Défense (MINDEF), revient sur l’évolution de la situation dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, en mettant particulièrement en cause les groupes séparatistes armés.

L’auteur considère que les violences apparues dans le sillage des revendications des avocats et des enseignants ont progressivement laissé place à une insurrection organisée. Il conteste le caractère spontané du mouvement et affirme que sa structuration aurait nécessité une préparation de longue durée, des réseaux de soutien ainsi que des moyens humains et matériels.

Ces affirmations s’inscrivent dans son analyse du conflit et ne sont pas accompagnées, dans sa tribune, d’éléments documentaires permettant d’en vérifier indépendamment tous les aspects.

Lire l’éditorial de Cyrille Atonfack Guemo :

« Octobre 2016 – Octobre 2026, forte résilience sécuritaire du Cameroun

Au mois d’octobre 2016, et au détour de revendications corporatistes portées par des avocats, l’on assistait à l’irruption d’une vague de violences armées aveugles dans nos régions administratives du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Le mouvement insurrectionnel présenté comme spontané se prétendait alors séparatiste. Deux qualificatifs mensongers visant juste à recouvrir d’un vernis de crédibilité, une entreprise de prédation basée sur le pillage et le sang.

L’on ne saurait en effet qualifier de spontané l’usage des armes à feu par des groupes manifestement structurés agissant en parfaite coordination, bien que géographiquement éloignés les uns des autres. Le fait résulte d’une préparation minutieuse étalée sur plusieurs années en termes de préméditation et de construction de réseaux de soutiens multiples. Il aura aussi fallu du temps pour la structuration d’une hiérarchie, pour l’endoctrinement, la formation et l’équipement des adeptes, pour ne citer que ces seuls préalables.

La prétention émancipationniste n’a pas non plus résisté à l’épreuve des faits. Comment peut-on en effet libérer des populations auxquelles l’on interdit l’exercice de toute activité existentielle ? Est-il seulement possible de conduire à la prospérité des populations que l’on afflige par le pillage et la dépossession des ressources ? Des populations dépeuplées par le meurtre, saignées à blanc par le rançonnement, interdites de soins de santé par la destruction des structures sanitaires et l’assassinat des praticiens, et priver une jeunesse plongée dans les ténébreux abysses de l’ignorance, par l’incendie des écoles ?

Décidément, l’on ne saurait faire le bonheur de populations que l’on contraint à l’exode, des hommes et des femmes jadis fiers et autosuffisants, du jour au lendemain réduits à mander leur pitance dans d’illusoires campements, loin de leurs terres ancestrales. L’on ne saurait valoriser la gent féminine, lorsque femmes et jeunes filles sont victimes d’atteintes sexuelles et, sans vergogne, physiquement et moralement soumises à un esclavage à tout le moins déshumanisant.

Un autre pan de cette tragique imposture maquillée en aspiration à l’émancipation est la liberté d’expression. Ce droit du citoyen serait-il seulement envisagé par ceux-là même pour qui la moindre divergence d’opinion équivaut à un arrêt de mort, suivi d’une exécution capitale ?

Si oui, comment justifier l’assassinat de personnalités dont le crime est d’avoir appelé au dépôt des armes, à la cessation des violences et au retour à la légalité constitutionnelle ?

A l’heure où la question se pose d’une plus grande inclusion des compatriotes établis à l’étranger dans nos projets de développement, l’on se serait attendu à voir ces fortunés patriotes capables de lever des armées, plutôt orienter leurs immenses ressources financières vers la consolidation du tissu économique, au bénéfice de ces populations qu’ils prétendent tant aimer. A moins de nous faire croire que les malheurs de leur propre peuple, malheurs dont ils sont les auteurs, que ces malheurs, disions-nous, seraient pour eux, des sources d’enrichissement.

Tout porte d’ailleurs à le faire croire. Notamment, la sécurité physique et juridique dans les pays étrangers, le train de vie qui crache l’opulence, le prestige des établissements scolaires fréquentés par la progéniture. Tout le contraire des calamités déversées sur nos populations. Autant de signes qui trahissent la véritable intention égocentrique cachée derrière le discours altruiste. Les fauteurs de désolation dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest ne sont rien d’autre que d’apprentis potentats, juste désireux de régner sur des territoires d’anomie à la merci de leurs insatiables appétits.

Nos populations n’en sont pas dupes. Les jours de l’impitoyable imposture sont ainsi comptés.

Sachons rester vigilants, sachons demeurer patriotes, sachons définitivement aimer le Cameroun. /-« 

Share This Article
Suivez les dernières nouvelles de dernière minute et les développements du Cameroun et du monde entier avec Cameroun Actuel. De la politique à l'économie et à l'environnement, des problèmes locaux aux événements nationaux et aux affaires mondiales, nous avons ce qu'il vous faut.
Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Activer les Notifications OK Non Merci