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« Le Président Ahidjo était le De Gaulle camerounais »

Nous avons pu retrouver un extrait d’une interview du ministre Sadou Daoudou accordé à Challenge Hebdo en 1996. Sadou Daoudou a été ministre des Forces Armées dans le gouvernement Ahidjo.

Challenge Hebdo : M. le ministre d’Etat, il est un sujet sur lequel les Camerounais voudraient vous entendre notamment votre relation avec le President Ahmadou Abidjo qui a manifeste à votre égard une confiance certaine. Pouvez-vous nous parler de vos rapports, de votre première rencontre avec le President Ahidjo ?

Sadou Daoudou : Je dois d’abord avouer que la connaissance d’un homme est quelques chose de mysterieux. Dans ma jeunesse, je n’aimais pas la politique et j’étais loin de penser qu’un jour, j’allais en faire. C’est très tard que j’ai adhéré à Union Camerounaise, parti de M. Ahidjo alors parlementaire, entraîné par mon ami Haman Dicko, notre ancien ambassadeur.

Je n’étais en ce moment qu’un timide militant et n’apercevais M.Ahidjo que de loin lors de ces rares visites à Maroua. C’est lorsqu’il m’appella à ses côtés en 1958 pour devenir son chef de cabinet que j’ai commencé véritablement à militer et c’est à ce moment là que nous avons véritablement fait connaissance.

C.H.: M. Le ministre d’Etat, si vous aviez à faire le portrait de Ahidjo, que serait-il ? Quel genre d’homme était-il ?

S.D : Le Président Ahidjo était un grand homme et un fin politicien. N’ayant pas fait de grandes études, il s’est formé tout seul. C’est quelqu’un qui lisait et il s’informait beaucoup. Il était très intelligent.

C’était un grand patriote qui comptait beaucoup d’amis dans toutes les régions du pays. Jeune fonctionnaire il a travaillé dans plusieurs régions du pays et cela l’a beaucoup servi.Quelqu’un qui aimait beaucoup son pays. En effet, lorsqu’il s’agissait de défendre l’intérêt du Cameroun, il ne reculait devant rien.

A ce titre de comparaison, on peut dire que c’était « le De Gaulle camerounais ». Sur le plan de l’honnêteté et de la rigueur morale, on ne peut rien lui reprocher. Le Président Ahidjo était un grand travailleur. Bien que très autoritaire, il était très humain et acceptait les compromis. Il était très fidèle à ses amitiés bien qu’ayant été parfois trahi ou déçu par certains. Il était un très bon père de famille.

Pour finir, comme il l’a dit lui-même, il était comme le commun des mortels « un homme qui a des qualités et des défauts, un homme qui a connu des succès et des échecs, des motifs de satisfaction et des déboires, un homme qui a commis des erreurs ».

C.H.: M le ministre d’Etat, il est entendu que le thème de l’Unité nationale était très cher au Président Ahmadou Abidjo. Quel regard comparatif jetez-vous entre l’Unité nationale d’hier et celle d’aujourd’hui?

S. D.: La consolidation de l’Unité nationale était le principal combat du Président Ahidjo et il faut le reconnaître, n’en déplaise à ses détracteurs, qu’au moment où il quittait le pouvoir, nous avions fait de grands progrès dans ce domaine.

Arrivé au pouvoir, le Président Biya avait voulu que nous dépassions ce stade que nous travaillions pour l’Intégration nationale.Malheureusement, il n’a pas été suivi par les Camerounais. Non seulement nous n’avons rien fait pour favoriser l’intégration nationale, mais nous avons enregistré un grand recul dans le domaine de l’Unité nationale. Il convient, pour s’en convaincre, de citer le conflit Arabe-Choa – Kotoko, le conflit Baya-Foulbé à Meiganga, la marche Sawa à Douala etc.

Le multipartisme est venu aggraver les choses. Le Cameroun compte plus de cent trente partis politiques dont plus de la moitié sont constitués sur des bases tribales. Du jamais vu dans l’histoire de notre pays. Aujourd’hui, quand vous entrez
dans certains ministères, vous retrouvez partout des gens de la même ethnies.

DJAFSIA TARA MAHMOUD

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