Malgré des décennies de politiques et de programmes de santé publique, l’Afrique continue de faire face à d’importants défis sanitaires. Pour l’économiste de la santé Dr Albert Ze, cette situation pose une question de fond : les réponses apportées aux problèmes de santé du continent sont-elles suffisamment adaptées aux réalités africaines ?
Dans une analyse consacrée à la situation sanitaire du continent, le spécialiste estime que les difficultés persistantes ne peuvent être expliquées uniquement par le manque de ressources financières ou d’infrastructures. Il met également en cause la conception et l’adaptation des politiques publiques de santé.
« Les Africains sont-ils condamnés à vivre dans la mauvaise santé ? », s’interroge-t-il, avant d’apporter une réponse nuancée : « oui et non ».
Lire l’analyse du Dr Albert Zé :
« ET SI LES AFRICAINS ETAIENT CONDAMNÉS À LA MAUVAISE SANTÉ ?
L’Afrique reste la région du monde enregistrant la plus grande précarité dans le domaine sanitaire. La mortalité et la morbidité y atteignent des niveaux dramatiques, et l’on y perd encore la vie pour des affections pourtant bénignes. Désemparées, les populations ne savent plus à quel saint se vouer et s’en remettent bien souvent à la seule volonté divine.
Pourtant, depuis plusieurs décennies, les politiques, programmes et interventions en santé publique se succèdent sur le continent.
Accompagnées d’importantes enveloppes financières, ces actions ne produisent pourtant que des résultats médiocres ou mitigés. Une telle situation amène inévitablement à se poser une question fondamentale : les Africains sont-ils condamnés à vivre dans la mauvaise santé ?
À cette question, on peut répondre par oui et par non.
Oui, car la quasi-totalité des interventions appliquées en Afrique découlent de réflexions conçues hors du continent. À titre d’exemple, durant la crise de la Covid-19, la majorité des stratégies mises en œuvre ont été élaborées ailleurs, sans tenir compte des spécificités socio-économiques et environnementales africaines. Le plus déplorable reste l’absence presque systématique d’adaptation de ces politiques contextuelles.
On enchaîne ainsi les échecs sans jamais réaliser de bilans rigoureux ni d’évaluations objectives. On peut d’ailleurs légitimement se demander ce qu’il est advenu du slogan « La santé pour tous en l’an 2000 » ! Tant que nous continuerons à adopter aveuglément ce qui est conçu ailleurs sans y intégrer nos réalités propres, l’accès à une bonne santé restera une illusion.
Non, si nous décidons enfin de prendre nos responsabilités en apportant des solutions adaptées à notre environnement. Concernant la Couverture Santé Universelle (CSU), l’Afrique a déployé des efforts considérables pour atteindre des objectifs ambitieux à l’horizon 2030. Malheureusement, ces avancées ont été freinées par un manque d’évaluation objective, empêchant d’avoir une vision claire des progrès réalisés et des ajustements nécessaires.
Sur ce dernier point, nous y reviendrons très prochainement à travers une analyse plus approfondie.
Dr Albert ZE
Économiste de la santé »

