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Il y a 16 ans : Révision constitutionnelle et Emeutes de 2008

Le souvenir est vivace, comme si c’était hier. Il y a 16 ans, les rues bruissaient de colère, de frustration, de désespoir. Les bérets verts, rouges, noirs et violets scintillaient sous un soleil qui semblait éclairer l’exaspération grandissante de la population. Les coupures d’électricité incessantes, les pénuries d’eau, la flambée des prix, tout cela avait créé un cocktail explosif, prêt à déborder.

 

Saint Eloi Bidoung revient sur ce moment trouble de l’histoire du Cameroun :

« Il y a 16 ans : Révision constitutionnelle et Emeutes de 2008

Oui, je revois la rue. Les bérets verts, rouges, noirs et violets qui scintillaient sous un soleil qui éclairait la peur, la colère, le doute et tous ces autres sentiments qui prennent possession de vous quand vous n’êtes plus à mesure de porter ou de supporter. Les enfants ne criaient pas « On a trop supporté !!!!! » ou encore « On a trop atténué !!! »

Pourtant c’était cela qu’ils scandaient que cela ne nous aurait pas étonnés. Ils voulaient l’électricité qui ne tenait plus en place dans les ménages. Les coupures intempestives, longues et régulières d’électricité obscurcissaient chaque jour davantage les esprits et les cerveaux. Un court-circuit était déjà prévisible, cause d’un probable incendie social. Mais personne n’en avait cure.

L’eau courante était rationnée dans les ménages. Les populations criaient leur soif comme les âmes damnées de l’enfer. Personne ne semblait prêter attention aux sons rocailleux de femmes, enfants et hommes, déjà si bien affamés, qui devaient se lever aux aurores pour recueillir de l’eau boueuse de leurs robinets. Et ces robinets n’avaient pas plus d’une heure de coulée avant de s’assécher pendant des jours. En pleine capitale politique. En pleine capitale économique.

Il y a 16 ans, les deux capitales étaient inflammables. A cause de la hausse du prix du carburant. Mieux vaut ne plus revenir sur le pain qui avait maigri comme une peau de chagrin. Puis une étincelle était partie. Et ce fût l’embrasement quasi-total. Des jeunes gens pillaient des magasins devant des forces de l’ordre soit complices soit complexées.

Des convois d’individus non identifiés, non identifiables mais plus encore peu fiables, purent pénétrer la capitale, siège des institutions, pour y commettre des prédations et plus. La rue publique tenait la République. La rue publique avançait, la République reculait. Face à la situation dont l’issue illisible, tellement les choses se sont emballées, se sont entremêlées et allaient d’une nature à une autre au fil des heures, des mesures exceptionnelles s’imposèrent.

La Garde présidentielle, dont la mission première est la sécurité du président de la République et de sa famille, fût sortie des casernes en lieu et place des forces 1ères 2èmes et 3èmes catégorie en charge des questions de sécurité et d’ordre public, une Garde présidentielle équipée de blindés armes et artilleries hautement lourdes.

La République sentait souffler un vent dont la nature semblait aussi indéfinie que dangereuse. On croyait avoir affaire à des remous de surface qui ne tarderait pas à s’estomper. Il s’agissait bel et bien d’une véritable convulsion politique de vaste amplitude. Une révolte couvait sous les cendres de la vie chère que « les apprentis sorciers » ont remué en y versant une augmentation de prix de l’huile, du gaz et du carburant.

Puis vint le soir dans une capitale enveloppée de peur et de doute, où des silhouettes se faufilaient dans les rues sombres comme dans une ville ensorcelée. Puis vint le journal télévisé de 20 heures à la télévision nationale. Le Président de la République, Chef de l’Etat, Son Excellence Paul Biya, n’avait une telle mine, une telle tête, de tels mots avant ce soir-là à la télévision nationale. Il n’en a plus jamais eu jusqu’à ce jour

C’était en février 2008, il y a 16 ans qu’on s’était tous jurés : Plus jamais ça ! »

Par Saint Eloi Bidoung

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