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Dr Georges Alain Etoundi Mballa : « Nous devons ralentir voire stopper la transmission »

Dr Georges Alain Etoundi Mballa, gestionnaire de l’incident, Centre des opérations des urgences de santé publique (Cousp).

Quel est le rôle du Centre des opérations des urgences de santé publique dans la riposte face au Covid-19 ?

Le Cousp est l’endroit où on coordonne toutes les activités de déploiement des équipes sur le terrain. Qu’il s’agisse des activités de surveillance, des investigations et interventions rapides, la prise en charge des cas, ainsi que la communication, la sensibilisation et la logistique. C’est vraiment le cœur du dispositif.

S’agissant de la situation épidémiologique, on voit que les chiffres vont’ globalement aller croissant. On est en pleine phase d’ascension de l’épidémie. Donc, pendant quelques semaines encore, les chiffres vont monter, surtout qu’il y a de nouveaux foyers.

Avant, on avait Yaoundé, puis Douala s’est révélé, suivi de Bafoussam, du Sud-Ouest et de l’Est. Il n’est donc pas impossible que de nouveaux foyers se révèlent. On s’attend à ce que les chiffres montent. Vu qu’on doit densifier nos activités de surveillance dans la ville de Douala, l’on va certainement découvrir beaucoup plus de cas.

Dès lors, comment est organisé le travail ici ?

Nous sommes passés à un stade où la transmission de la maladie est déjà dans la communauté. Dès lors, il est important que les actions portent d’abord sur : la nécessité de ralentir, voire stopper la transmission.

Pour ce faire, la meilleure chose est de travailler au plus près de la communauté avec les collectivités territoriales décentralisées, les agents de santé communautaire et être au niveau des districts de santé, de manière à ce qu’on puisse faire de la recherche active des cas dans la société, qu’on puisse détecter rapidement ces cas et les diriger rapidement vérs la formation sanitaire la plus proche pour commencer rapidement les soins.

Cela va permettre de ralentir la transmission. Ainsi, notre souci sera de prendre en charge les personnes contaminées et de les soigner.

Ces soins doivent être initiés dans toutes les formations sanitaires parce que les malades qui présentent un tableau évocateur de Covid-19 doivent pouvoir s’adresser à n’importe quelle formation sanitaire et il faut qu’ils soient au moins agréés.

Le malade peut aussi être référé à un niveau de soin plus élevé. Il faut donc que toutes les formations sanitaires soient capables, au minimum, d’accueillir ces malades, et qu’on désigne au niveau des districts de santé, des formations sanitaires qui pourront accueillir un plus grand nombre de malades.

Au-dessus de cela, si les établissements hospitaliers sont débordés, on pourra ensuite aller vers ce qu’on appelle des hôpitaux de campagne, comme ce qui est en train d’être fait au stade militaire de Yaoundé. On va donc observer une sorte de montée en puissance du dispositif, en fonction du nombre de cas qui va apparaître.

Qu’en est-il justement de la mise à niveau des personnels de santé ?

Le ministre de la Santé publique a demandé que l’accent soit mis essentiellement sur la formation sanitaire et sur le personnel soignant. Parce qu’il faut que nous donnions aux personnels soignants des armes pour qu’ils puissent au minimum accueillir les patients atteints de Covid-19 et qu’ils ne les refoulent pas. Ils doivent les accueillir, suspecter éventuellement le Covid-19, si leur structure n’est pas capable de prendre en charge, de référer à une formation de niveau élevé.

Il n’est pas question de refouler les malades parce qu’ils sont atteints de Covid-19. Cela fait qu’on passe parfois à côté d’autres pathologies plus graves qui feront que nous ayons des catastrophes sanitaires.

Il est donc important que certains soignants disposent du minimum nécessaire pour accueillir le patient, et dans le cas où il peut dispenser les soins, disposent du matériel réglementaire médico-technique pour la prise en charge. C’est l’effort fait dès la semaine prochaine pour que l’ensemble du système de santé puisse, avec toute la sécurité nécessaire, gérer cet afflux de patients du fait de cette épidémie.

Comment se fait la coordination avec les gouverneurs au niveau régional?

L’implication des gouverneurs répond à l’organisation administrative du Cameroun en matière de gestion des catastrophes et des épidémies. Il est donc normal que les gouverneurs, éventuellement les préfets, assument leur autorité.

Autour du gouverneur, va se mettre en place une organisation similaire à la nôtre et qui va permettre de coordonner les activités multisectorielles nécessaires à la bonne gestion de cette épidémie, et d’aller avec les activités, au niveau des districts de santé, des collectivités territoriales décentralisées, de l’autorité traditionnelle, pour qu’on puisse avoir un impact efficace.

Maintenant, le Cousp couvre tout le Cameroun, ce qui fait qu’à notre niveau, nous sommes chargés de veiller à ce que à tous les niveaux, dans toutes les régions, il y ait une organisation qui permette d’avoir une vue globale de ce qui se passe au Cameroun.

Au regard de la pression, que faites-vous en interne pour tenir ?

A partir du moment où on a une épidémie, il faut d’abord considérer que la vie n’est plus normale. On fonctionne en situation dégradée. Les besoins seront toujours plus élevés que les ressources et nous serons toujours en situation de difficulté.

Donc, le principe est de pouvoir s’en sortir. Nous devons nous en sortir avec nos qualités, nos insuffisances. Au niveau du Cousp, nous avons effectivement une. grosse équipe pour cordonner, environ 400 personnes à Yaoundé pour animer tout cela.

Mais si on prend les autres aspects, c’est tout le système de soins qui est impliqué. Au-delà, tous les secteurs sont concernés, notamment ceux liés à la sécurité, aux transports, à la recherche, à l’industrie. Nous assistons vraiment à une mobilisation nationale.

Quelles difficultés rencontrez-vous ici au quotidien ?

La catastrophe elle-même est déjà une difficulté. On vit en milieu difficile avec la catastrophe. Il y a des insuffisances de base qu’il faut contourner.

Aujourd’hui, c’est sûr que nous n’avons pas la capacité d’avoir les moyens qu’on devrait avoir de même, plusieurs intrants et matériels nécessaires pour gérer cette épidémie viennent de l’extérieur. Or, par le fait que cette épidémie est mondiale, il y a rupture de la plupart des matériels dans le monde entier.

De même, nous arrivons à avoir, au niveau de Yaoundé, des ressources humaines en quantité et en qualité quasiment, ce qui n’est pas le cas dans les autres villes. Maintenant, il faut se déployer au niveau des districts de santé. Ce sont des conditions difficiles qu’il faut réussir à juguler.

Source: Cameroon Tribune

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