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Cameroun : le Rdpc se déchire autour de la présidentielle anticipée

L’idée de remettre Paul Siya sur les starting-blocks, en plein mandat, divise et fait monter la tension au sein des états-majors. Eyebe Ayissi vient d’en être victime.

Le moins que l’on puisse en dire est que i’idée d’une élection présidentielle anticipée n’enchante pas tout le monde au sein du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc, au pouvoir). Le projet, remis à Tordre du jour le 24 mars à Monatélé (Centre) par le chef de la délégation permanente départementale du comité centra! de la Lékié, Henri Eyebe Ayissi, a suscité l’ire d’une bonne partie de la base militante. Laquelle Ta fait savoir à travers une virulente lettre ouverte datée du 30 mars.

Le document de 4 pages, signé par le porte-parole du «Collectif des militantes et militants de la section Lékié-Ouest I indigné(e)s», Dominique Awono Essono, constitue un véritable réquisitoire contre une «volonté de nuisance donnant au Rdpc l’image d’une formation politique dont la thanotopolitique (politique de la mort) serait le signe».

Et dont les militants, pour certains caciques zélés, «ne seraient que du bétail politique». Et l’indignation susscitée par cette sortie du non moins ministre du Cadastre et des Affaires foncières (Mindcaf) est, selon diverses sources, partagée par des milliers de militants de la formation de Paul Biya jusqu’à’des niveaux élevés de la hiérarchie.

Invite aux festivités marquant le 37ème anniversaire du Rdpc à Monatélé M. Eyebe Ayissi, selon ses contempteurs, s’est plutôt comporté comme s’il était chargé d’une mission spéciale. Il a ainsi, apprend-on, bouleversé l’ordre protocolaire, ravalant les élites locales au second rang, sans égard aucun, les ayant délogé publiquement et de façon très humiliante, voire affligeante.

«Vous êtes venu avec votre motion au mot près toute prête et dont le contenu n’a été nullement préalablement communiqué et qui donc n’a tenu aucune considération des réalités locales… sauf à faire de nous des porteurs de pancartes», s’indigne le Collectif pour qui Monatélé n’est pas’ la serpillère et ne sera plus le marchepied de quelques pouvoiristes passablement dépassés, et aux méthodes moyenâgeuses.

Pour eux la Lékié, qui compte plus d’un demi million de personnes constituant, sur l’échiquier électoral ou plus largement politique, une force motrice déterminante, ne saurait être insidieusement transformée en bétail et, pire encore, en objet de commerce ou de marchandage.

Vague repressive

Sauf que les adversaires locaux de Henri Eyebe Ayissi auraient tort de considérer sa proposition d’une présidentielle anticipée pour une démarche solitaire. Ainsi que votre journal le mentionnait récemment, les têtes couronnées du système s’agitent plus que jamais pour remettre Paul Biya en scelle avant le terme de son mandat, en 2025. D’où les exhortations à s’inscrire massivement sur les listes électorales.

Certains, trouvant le temps longs, s’essayent à divers scénarios pour faire rentrer l’idée dans les esprits. Et leur démarche insidieuse n’a rient d’une oeuvre désintéressée. Ils roulent pour leur propre avenir, leur survie politique ainsi que pour la préservation des richesses indûment accumulées.

Bien que physiquement diminué et quasiment absent de la scène, les partisans du chef de l’Etat, 89 printemps accomplis, élu par 71,28% des suffrages à l’issue du scrutin d’octobre 2018, sont prêts à se mettre en campagne pour perpétuer leur hégémonie sur la scène politique nationale.

En prélude à cette éventualité, ils s’évertuent ces. derniers mois à verrouiller l’appareil et à bâillonner toute voix discordante. C’est l’explication à donner à la vague répressive montante vis-à-vis des opposants politiques, leaders de la société civile, médias et autres contempteurs du régime de Yaoundé.

A l’inverse, les stratèges s’emploient à recruter dans le monde des influenceurs multiformes en; vue de rendre digeste une éventuelle élection présidentielle anticipée qui, selon des indiscrétions pourrait se tenir avant la fin de Tannée en cours. Mais ils devront, à l’exemple de Monatélé, dans un format plus réduit, s’attendre à une vive résistance d’autres dignitaires estimant le temps venu de passer la main. Ou roulant pour le statu quo.

Le parti-Etat, a souligné Aurore Plus, est aujourd’hui une famille politique fonctionnant sur des béquilles, avec des princes en manque de légitimité et qui s’y voient et bien d’autres, jouissant d’une assise populaire et qui ont du mal à émerger au sein de l’appareil d’Etat. Et personne, parmi les sérieux prétendants – ou de ceux qui s’y voient – ne semble prêt à céder le passage à un camarade – présumé ou réellement – plus en vue.

Aurores Plus

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