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Assassinat de de Martinez Zogo : la déclaration superficielle du gouvernement est une gifle à la liberté des médias

EDITORIAL :

Le Cameroun est souvent célébré comme un pays où règne le pluralisme des médias. Il existe des centaines de journaux et de stations de radio, plusieurs chaînes de télévision et de nombreux sites web, mais cela signifie-t-il qu’ils rendent compte librement et objectivement ? La réponse est un non catégorique.

La mort, la semaine dernière, de Martinez Zogo, d’Amplitude FM, qui enquêtait sur une affaire de corruption financière, a révélé qu’au Cameroun, les journalistes sont encore très loin d’appliquer réellement le slogan journalistique séculaire consistant à dire la vérité au pouvoir.

Zogo était un journaliste intrépide dans un pays où de nombreux journalistes ont été intimidés et ont fui le pays, ou ont même perdu la vie en raison de leur travail. Cela ne devrait pas être le cas, surtout si l’on veut que l’image déjà entachée du Cameroun soit nettoyée sur la scène internationale. Le Cameroun a toujours été mal noté dans le classement annuel de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.

La liberté d’expression est un baromètre clé qui permet d’évaluer la prétention d’un pays à la démocratie et si tout ce que nous pouvons faire en tant que nation est de nous vanter d’avoir une pléthore de médias, mais que ces médias sont bâillonnés et muselés pour s’exprimer de manière indépendante, alors nous n’avons vraiment aucune liberté de la presse.

Un spécialiste sud-africain du journalisme, Herman Wasserman, a même affirmé que « le journalisme est un autre nom pour la démocratie » et il a raison. Le Cameroun a un besoin urgent de journalisme et le gouvernement doit jouer un rôle clé pour assurer la sécurité des journalistes.

A l’agence de presse camerounaise, nous sommes déçus de la déclaration soigneusement formulée par le gouvernement. Nous trouvons plutôt consternant que le gouvernement affirme l’évidence et n’aborde pas ce qui a conduit à la mort de Zogo, à savoir le fait qu’il enquêtait sur la corruption financière liée à des hommes d’affaires très en vue dans le pays.

Nous ne savons pas non plus s’il s’agit d’un acte délibéré ou d’un simple oubli du fait que la déclaration du gouvernement ne mentionne pas le fait que les freins de la voiture de la femme de Zogo ont été trafiqués par des inconnus, ce qui signifie que sa vie et celle de sa famille étaient en danger avant même sa mort, mais qu’il n’était pas protégé par la sécurité. Le fait même qu’il ait pu être enlevé devant un poste de sécurité nous paraît très discutable.

Pour ajouter du sel à la blessure, la sécurité a été déployée au siège d’Amplitude FM à Yaoundé alors que les journalistes se mobilisent pour rendre hommage à leur collègue décédé. Quelle ironie… positionner la sécurité au mauvais moment et au mauvais endroit alors qu’elle était manifestement absente quand on avait le plus besoin d’elle.

Sécurité déployée au siège d’Amplitude FM

En tant que famille de médias, nous sommes inquiets pour notre propre sécurité et celle de toute la famille des médias au Cameroun. Nous croyons en un journalisme objectif et nous pensons que si un journaliste est impliqué dans une activité contraire à l’éthique, les tribunaux sont là pour prononcer les peines appropriées, mais qu’un journaliste soit tué pour avoir fait son travail, c’est un excès que nous condamnerons de toutes nos forces.

Pour les raisons susmentionnées, nous estimons que la déclaration publiée par le ministre de la communication n’est pas à la hauteur de nos attentes.

Nous continuerons notre journalisme objectif, véridique, impartial et sans peur, en rapportant des faits véridiques et non manipulés comme nous l’avons toujours fait et nous sommes convaincus que notre gouvernement travaillera et veillera à ce que ceux qui sont derrière le meurtre de Martinez Zogo soient confrontés à la pleine force de la loi camerounaise.

Nous remercions les pouvoirs en place pour les dispositions prises en faveur de la pratique du journalisme au Cameroun, mais comme le personnage de fiction Oliver Twist, nous demandons plus. Plus de protection juridique pour les journalistes, plus de liberté pour les journalistes d’enquêter et de faire des reportages sur des questions d’importance locale et nationale, car nous comprenons l’importance d’un journalisme juste et équilibré pour la construction d’une nation forte comme le Cameroun.

CNA

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