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Affaire Canas bois : « les principes judiciaires sont mis au placard » – Me Hyppolite Meli

L’avocat parle de la révolution numérique qui démasque des juges.

Au vue de certains sujets d’actualité n’avez-vous pas l’impression que la justice est parfois instrumentalisée lorsqu’on observe l’actualité concernant notamment l’affaire Canas bois contre Dg du Port autonome de Douala?

Je ne connais pas le dossier, sauf ce qui a fuité à la faveur du monde digital.

La révolution numérique fait tomber dans le domaine public de l’information, plusieurs faits qui relevaient du secret. Les faits relevés ou révélés aujourd’hui, sur les affaires judiciaires récentes, et très bientôt, sur bien d’autres affaires passées, sont tributaires de la dure réalité, acceptable ou non, de cette révolution qui informe, et de temps en temps désinforme aussi.

L’image positive c’est que toutes les entraves classiques à la circulation de l’information se brisent au profit de la fonction normale de l’information. Il faut ajouter aussi que ces barrières brisées permettent de se rendre compte que les institutions, particulièrement l’institution judiciaire, nagent dans la boue, de sorte que cela crédite les thèses soutenues par ceux qui lui ont retiré la confiance nécessaire à son bon fonctionnement. Les principes sont mis au placard.

L’éthique professionnelle aussi. Ne parlons plus du serment (engagement public solennel) de magistrat, il est nié au profit du mercenariat, du business et de la gestion des carrières. Tout est invité dans ce cocktail explosif et c’est pour cela que tout explose en ce moment où le fonctionnement normal de toutes les institutions semble être entre parenthèses.

La prudence n’existe plus. La délicatesse non plus. La loyauté n’est plus conçue comme un acte de fidélité envers les lois de la République, mais envers tout mieux disant au sens le plus large. Voilà comment disparaît la République où règnent les lois. Les jugés ne sont plus des juges, parce que les vrais juges, mais sont sous la tutelle des mieux disant, qui, sont éloignés des prétoires accessibles au public, portent des masques pour agir.

La révolution numérique les démasque désormais. Ils sont débusqués déjà de leur cachette voulue invisible et transparaissent. Si ce sont des prostituées, elles sont torchées. Si ce sont des voleurs, ils sont rattrapés. Si ce sont des criminels, le chemin de leur crime est clarifié et retracé. Ainsi de suite. Cela appelle de toutes les façons une introspection de la part de tous les acteurs judiciaires.

En tant que défenseur des droits de l’homme quels problèmes êtes-vous constamment confronté dans le cadre de l’exercice de votre travail ?

Le plus gros risque c’est le harcèlement multiforme, les violences de toutes natures au quotidien par tous ceux qui veulent piper le dé de la justice. Nous exerçons dans un environnement de travail très difficile.

Vous êtes parmi les avocats qui défendent les prisonniers politiques emprisonnés dans le cadre des marches pacifiques. Il y a quelques mois le président Macron disait avoir demandé à son homologue de libérer tous les opposants politiques emprisonnés. Est- ce que l’arrivée de Macron au Cameroun constitue-t-elle un espoir pour vous?

En tant que Coordonnateur du Collectif Sylvain Souop qui défend les prisonniers politiques Mrc, et fidèle à mon serment d’avocat, je dois dire que le Président français Emmanuel Macron, à qui je souhaite la bienvenue au Cameroun, n’est pas une juridiction auprès de laquelle notre ministère d’avocat doit plaider, encore moins celle devant laquelle nous avons à exercer des recours contre les décisions rendues par les juridictions camerounaises, même si nous les contestons et contesterons.

En revanche, les prisonniers politiques Mrc ou d’autres qui souffrent en prison comme eux du fait de la répression de leur liberté de penser ou d’expression démocratique, incarcérés à la faveur des instructions hiérarchiques du commandement politico-militaire, s’ils peuvent bénéficier de la pression politique et/ou diplomatique du Président Emmanuel Macron pour recouvrer leur liberté, pourquoi pas? Je ne cracherai pas sur une telle offre!

Le Jour

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