« L’école camerounaise traverse l’une des pires crises de son histoire » : les enseignants tirent la sonnette d’alarme

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À l’occasion de la Journée mondiale des enseignants, le Collectif des organisations des enseignants du Cameroun dénonce des célébrations réduites au folklore. Il réclame des mesures concrètes pour améliorer les conditions de travail et le statut des personnels de l’éducation.

Yaoundé, 5 octobre 2026 (Panorama Papers) – Le Collectif des organisations des enseignants du Cameroun (Corec) appelle ses membres à faire de la Journée mondiale des enseignants un moment d’évaluation des engagements gouvernementaux et de revendications. Face à la presse nationale et internationale lundi à Yaoundé, le regroupement syndical s’est insurgé contre la transformation de cette journée en une simple occasion de réjouissances.

Le Corec dénonce une « tentative de hold-up » d’un événement qui devrait, selon lui, permettre de mesurer les progrès accomplis dans la protection de la profession. Son secrétaire général à la coordination, Edward Ngefack Azem, invite les enseignants à boycotter les cérémonies organisées autour des autorités et à remettre leurs préoccupations professionnelles au centre des célébrations.

Cette édition intervient soixante ans après l’adoption de la Recommandation OIT/Unesco de 1966 concernant la condition du personnel enseignant. Pour le collectif, cet anniversaire contraste avec les difficultés persistantes de l’école camerounaise.

« L’école camerounaise traverse, ces dernières années, l’une des pires crises de son histoire », affirme Edward Ngefack Azem. Il évoque les insuffisances des infrastructures, les difficultés d’adaptation aux évolutions pédagogiques et, surtout, la dégradation des conditions de vie et de travail des enseignants.

Le responsable syndical dénonce un déclassement social qui, selon lui, alimente les départs à l’étranger. Il avance une estimation de 10 500 enseignants partis vers l’Occident, notamment au Canada, au cours des cinq à six dernières années, et évoque plus de 42 500 départs supplémentaires possibles d’ici à 2029. Ces chiffres et projections sont ceux du Corec ; leur méthode de calcul n’est pas précisée dans les éléments communiqués.

Le collectif réclame des actions urgentes pour enrayer cette situation. « L’école camerounaise ne peut pas donner le meilleur de son potentiel quand l’acteur clé est lui-même démotivé, déconsidéré et socialement largué », soutient son secrétaire général à la coordination.

Le Corec rappelle également les engagements pris lors de la rencontre entre le gouvernement et les syndicats, le 26 mars 2025 à Yaoundé.

Selon le regroupement, ils concernaient notamment la signature et l’application du statut spécial des enseignants, la prise en compte des personnels d’éducation physique et sportive, l’organisation d’un forum national de l’éducation et la poursuite des discussions sur une convention collective pour les enseignants du privé.

Dix-huit mois plus tard, le collectif estime que ces engagements restent sans traduction concrète. Il rappelle aussi les promesses présidentielles de revalorisation de la profession et les objectifs internationaux de financement de l’éducation inscrits dans le cadre d’action Éducation 2030.

Au-delà des questions salariales, les syndicats dénoncent les risques auxquels les enseignants sont exposés. Ils citent des décès, des violences et des arrestations, notamment le cas de Tousse Jackson, qu’ils présentent comme détenu à la prison centrale de Yaoundé à la suite des manifestations postélectorales de 2025.

Pour le Corec, la célébration du 5 octobre doit ainsi déboucher sur des réponses aux revendications professionnelles. Le collectif attend du gouvernement des actes permettant de restaurer la considération accordée aux enseignants et d’améliorer durablement leurs conditions d’exercice.

Serge Aimé BIKOI

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