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Produits MAGGI : agents d’infécondité et impuissance sexuelle ?

Produits MAGGI

Selon des publications devenues virales sur les réseaux sociaux, les cubes et arômes Maggi constituent des agents d’infécondité et d’impuissance sexuelle. Si le doute est permis sur ce présumé vecteur spécifique, d’autres facteurs de risque de morbidité sont admis lors du recours abusif aux condiments incriminés dans la confection des repas.

Sachant que les ingrédients qui composent les condiments alimentaires sont en principe approuvés par des autorités réglementaires nationales, les conséquences y afférentes devraient pouvoir être identifiées et faire l’objet des préoccupations de santé publique. Or, de telles conséquences ne sont pas typiques des seuls produits Maggi, mais se situent plutôt dans les effets des modes grégaires de consommation, sans lien notoire avec les troubles de l’infécondité et de l’impuissance sexuelle qui concernent des millions de personnes sur tous les continents du globe.

INFÉCONDITÉ ET IMPUISSANCE SEXUELLE

Les informations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur l’infécondité révèlent qu’environ 48 millions de couples et 186 millions de personnes sont touchés (1). L’infertilité est une affection du système reproducteur masculin ou féminin correspondant au défaut d’aboutir à une grossesse plus de 12 mois de suite, nonobstant des rapports sexuels réguliers sans protection.

L’infertilité primaire consiste en une incapacité à concevoir, alors que l’infertilité secondaire survient après avoir conçu au moins une fois. Dans les deux cas, il y a des causes propres à l’un et/ou l’autre des conjoints, explicables ou inexplicables. Il n’en reste pas moins que des facteurs comme le tabagisme, la consommation démesurée de l’alcool, l’obésité récalcitrante et l’exposition durable aux polluants de l’environnement peuvent induire les faibles taux de fécondité observés.

Quant à l’impuissance sexuelle, il s’agit d’une incapacité à obtenir ou à maintenir une érection suffisante pour avoir un rapport sexuel valable. Les troubles de l’érection surviennent à tout âge, mais sont généralement plus fréquents à partir de 50 ans. Ils concernent environ un homme sur dix au cours de sa vie sexuelle. Le dysfonctionnement érectile est le signe de troubles physiques ou psychologiques.

L’origine physique est souvent associée à des facteurs de risque cardiovasculaire (hypertension artérielle, diabète, taux de cholestérol, substances addictives, surpoids), ainsi qu’à des lésions neurologiques, des problèmes hormonaux ou des séquelles de traitement thérapeutique. Qui plus est, l’athérosclérose peut obstruer les artères des corps caverneux du pénis, avant les artères coronaires. Sur le plan psychologique, l’anxiété, la dépression ou l’absence fortuite de libido sont enclins à majorer des troubles de l’érection d’origine physique.

Parmi les différentes causes d’infécondité et d’impuissance sexuelle rappelées supra, aucune d’elles n’a encore été associée scientifiquement aux ingrédients des condiments mixtes. Déshydratés et transformés, ces ingrédients alimentaires n’ont en eux-mêmes aucun effet nutritionnel significativement favorable à la santé humaine, car leur rôle majeur n’est limité qu’à l’apport de saveurs lors de la cuisson. Et même l’ingrédient salin délétère ne permet que de rallonger la durée de conservation des produits et d’éviter toute réaction microbiologique dans l’emballage.

PRODUITS MAGGI

Il existe cependant des facteurs de risque de morbidité bien connus et communs à tous les condiments constitués de sel, d’huile de palme et d’autres exhausteurs de goût comme le glutamate monosodique. Ils dépendent nûment des doses ingurgitées par les sujets friands dans le cadre de leur alimentation courante.

Les menaces sanitaires de ces condiments mixtes proviennent essentiellement de la teneur en chlorure de sodium et en allergènes comme le blé, le soja, le lait, les œufs, le gluten et la moutarde. Aussi leur excès peut-il devenir nuisible et dommageable.

S’agissant particulièrement des produits Maggi, les premiers condiments industriels destinés à améliorer le goût des aliments sont le fait de leur inventeur suisse Julius Maggi. Celui-ci mit d’abord au point des farines de pois et de haricots au début des années 1880. En 1885, les inédites soupes déshydratées virent le jour.

Puis, en 1886, il introduisit l’arôme Maggi, un liquide concentré pour la préparation des bouillons et sauces, qui connut un succès international dès 1888, avec l’ouverture des agences et filiales en Allemagne, en France, en Italie, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Enfin, l’infatigable innovateur helvétique obtint, en 1907, un brevet sur la transformation de ses produits instantanés en cubes. La fusion de Maggi avec l’autre géant suisse Nestlé n’intervint qu’en 1947, renforçant ainsi les exportations de l’une des premières firmes alimentaires planétaires.

Les cubes et les arômes commercialisés dans le monde entier contiennent diversement du sel iodé, du sucre, du piment, du poivre, de l’huile de palme, du clou de girofle, du manioc, de l’oignon, de l’amidon de maïs, du glutamate monosodique, de la lécithine de soja, des caramels colorants et de la livèche.

Les effets néfastes éventuels pour la santé, qui ne sont pas réductibles aux conséquences des seuls produits Maggi, résultent sans conteste de la composition et de la consommation des condiments, notamment avec l’ingrédient prédominant du sel de table ou de cuisine.

Selon les habitudes alimentaires courantes, la plus grande partie du sel consommé provient d’abord du pain et des biscottes, ensuite des sauces, des soupes, des bouillons et de la charcuterie préfabriqués, et, enfin, des condiments mixtes, des fromages et des pizzas vendus en magasin (2).

UN ASSASSIN DISCRET : LE SEL

En réalité, nous sommes confrontés à un assassin discret : le sel. Qu’il soit extrait de l’immense Mer ou des hauteurs de l’Himalaya, il est dissimulé en embuscade dans les aliments que nous mangeons quotidiennement, en raison du sodium qui y est contenu. Il ne tue pas par lui-même, mais par le biais de son aptitude à stocker l’eau, à augmenter le volume sanguin et à engendrer des problèmes malins de santé. L’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) estime que 1,89 million de décès chaque année découlent d’une consommation exagérée de sodium (3).

Le constat des études épidémiologiques distinguées est également alarmant pour les repas qui contiennent le sel de cuisine : « Toutes les populations ou presque consomment trop de sodium. L’apport moyen des adultes dans le monde est de 4310 milligrammes de sodium par jour, équivalant à 10,78 grammes de sel par jour » (4). C’est finalement plus du double de la recommandation internationale qui est quotidiennement de moins de 2000 milligrammes de sodium pour les adultes, équivalant à une quantité de 5 grammes de sel consommable pendant 24 heures.

En somme, avec ou sans Maggi, les effets des condiments sur la morbidité ne sont pas les troubles de l’infécondité et de l’impuissance sexuelle, mais les affections d’une alimentation riche en sodium. Ces dernières concernent, en l’occurrence, l’hypertension artérielle, qui augmente les risques d’accidents vasculaires cérébraux et d’infarctus, l’ostéoporose, le dysfonctionnement rénal, le cancer gastrique, l’obésité croissante et la maladie de Ménière. C’est notamment sur ce sodium extraordinaire que devraient porter les mesures de santé publique en matière alimentaire.

Alain Boutat
Épidémiologiste,
Économiste et Politiste
Lausanne

(1) OMS. « Infertilité », 15/09/2020.
(2) Anses. « Alimentation et nutrition humaine », 27/10/2022.
(3) IHME. Global Burden of Disease, 2019.
(4) OMS. « Réduction du sodium », 14/09/2023.

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