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Pénurie de gasoil : l’économie camerounaise vers une panne sèche

Une sévère pénurie du diesel au Cameroun affecte durement la vie quotidienne de la population et frappe de plein fouet l’économie du pays. Enquête !

Une vingtaine de voitures attendant un hypothétique approvisionnement devant une station-service, des centaines de personnes qui patientent pendant des heures dans une gare routière où les bus se comptent sur les doigts de la main: ces scènes sont devenues monnaie courante à Yaoundé, capitale camerounaise.

« Depuis des semaines, on ne trouve plus de gasoil et quand il y en a, c’est le chaos total: on voit alors des centaines de voitures ou de gens avec des bidons s’agglutiner autour des pompes », décrit Ousmane, un transporteur sur la ligne Soa-Yaoundé, interrogé par le reporter du Messager. « La vie est devenue un véritable calvaire », lance cet homme de 33 ans avant d’ajouter en Éton, une des multiples langues de la région du Centre : « La barbe a recouvert la bouche », une expression signifiant que la situation va au-delà de tout ce qu’on peut imaginer.

Le gouvernement a récemment reconnu la pénurie et assure que la situation va revenir à la normale avec une récente importation des carburants permet- tant au Cameroun d’être doté d’un stock « confortable » ; c’est-à-dire qui peut satisfaire la demande locale jusqu’au mois de juin 2022.

« Des instructions ont par ailleurs été données à la Sonara (raffineur public, converti en marketeurs depuis qu’un incendie a consumé ses installations, Ndlr) et à la Scdp de travailler de concert avec Camrail (transporteur ferroviaire, Ndlr) et des marketeurs en vue d’accélérer le transfert desdits produits, sans délais, vers les différents dépôts de l’intérieur qui ont vocation à approvisionner les stations-service du pays», avait précisé le 20 avril, le ministre de l’Eau et de l’Énergie (Minee), Gaston Eloundou Essomba dans son communiqué du 20 avril dernier.

«La situation actuelle va être marquée par des remontées des quantités et de légères perturbations pendant quelques jours encore, avant le retour définitif à la normale », a pourtant confessé un responsable de la Société camerounaise des dépôts pétroliers (Scdp) au quotidien à capitaux publics, Cameroon Tribune.

Les stations sont le plus souvent à sec et pour continuer à tourner, les opérateurs de bus et de poids lourds se tournent vers le marché noir, où le litre se négocie désormais autour de 750 F, contre 575 F à la pompe. A l’intérieur du pays, certaines régions n’ont pas été approvisionnées depuis plusieurs semaines ce qui a entraîné une hausse des prix du trans- port dans ces régions, provoquant ainsi une augmentation vertigineuse des prix des denrées alimentaires.

A bout de souffle

Outre les dizaines de milliers de chauffeurs en tous genres (taxi, bus, poids lourds) directement touchés par la pénurie, celle-ci a quasiment mis à l’arrêt l’activité de très nombreux artisans – coiffeurs, mécaniciens, tôliers, petits commerçants – qui ne trouvent pas de gasoil pour faire tourner leurs générateurs et donc leur outil de travail.

« Dans les quartiers populaires, on peut passer trois ou quatre jours sans électricité et si on en a enfin, c’est pour quelques heures », se lamente Owona, un coiffeur de 28 ans père de deux enfants. « La situation est dramatique car on manque de tout dans ce pays. Il n’y a pratiquement plus de gasoil, pas d’électricité, le transport des personnes et des produits vivriers est paralysé à travers tout le pays », énumère Germain Nnanga, analyste poli- tique et chercheur.

« L’État ne nous fournit pas assez d’électricité, on ne trouve plus assez de gasoil pour faire fonctionner nos groupes électrogènes », explique un fonctionnaire en service dans la ville de Mfou, sous couvert d’anonymat, par craintes pour les représailles de sa hiérarchie.

Plusieurs entreprises et familles camerounaises dépendent des générateurs alimentés au gasoil pour obtenir de l’électricité. Depuis l’invasion russe en Ukraine, expliquent les experts, les bouleversements du marché pétrolier ont porté leur ombre sur les pays africains importateurs de carburant. Les factures énergétiques ont considérable- ment bondi en raison de l’envolée spectaculaire et instable des prix du brut, frôlant les 140 dollars le baril, pas loin du record de 147,50 dollars/b enregistré en 2008.

Sosucam, victime

La pénurie du diesel a forcé de nombreuses entreprises à couper leurs services. À l’instar de la principale indus- trie sucrière du pays. En effet, la société sucrière du Cameroun (Sosucam) fait partie des entreprises qui font les frais des secousses observées dans la distribution du diesel. Depuis le 22 avril 2022, son usine de Mbandjock, dans le département de la Haute Sanaga, région du Centre, est hors service de façon temporaire.

De prime abord, l’arrêt temporaire des activités de production de l’usine de Mbandjock a pour cause la non livraison du gasoil à l’entreprise vers la fin de la semaine dernière: « Depuis le début de la semaine en cours, nous vivons des restrictions dans les livraisons de carburant qui nous ont amené aujourd’hui à un niveau critique. Depuis hier , notre fournisseur de carburant ne parvient plus à honorer les livraisons journalières de carburant nécessaire pour notre exploitation », a écrit Emmanuel Castells, Directeur adjoint dans un premier communiqué daté du 22 avril 2022.

L’arrêt des activités de production de l’usine Sosucam de Mbandjock est une mesure conservatoire, apprend-on, pour éviter un enlisement de la production. Ainsi, le top management de la société sucrière devait reprendre ses activités de productions hier , 26 avril. Rappelons que la situation qui touche la production sucrière de cette entreprise interpelle les consommateurs. Et à raison car Sosucam contrôle 70% du marché du sucre au Cameroun.

Le gouvernement est venu au secours de l’entreprise en lui livrant 95 mille litres de gasoil. Le ministère de l’Eau et de l’Énergie a en effet dès le 24 avril 2022 réagit en prenant des mesures adéquates. Pour l’usine Sosucam de Mbandjock, le défi le plus important pour relancer les machines reste cependant la reconstitution d’un stock conséquent.

Le Messager

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