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Investissement : les actionnaires de la Smid SA aux abois

Le rapport fournis par le cabinet Okalla Ahanda & Associés et présenté officiellement le 23 juin dernier lors de la deuxième Assemblée générale ordinaire de l’entreprise, fait ressortir plusieurs anomalies de gestion au niveau du bilan des activités de l’entreprise.

Des fonds déficitaires et des détournements de fonds. C’est ce qu’ont constaté les actionnaires de la Société métropolitaine d’investissement de Douala (Smid) S.A présents à la deuxième Assemblée générale ordinaire de l’entreprise tenue le 23 juin 2022 à la maison du parti de Bonanjo-Douala. Au cours de cette rencontre, le Cabinet Okalla Ahanda & associés a révélé qu’à date, les caisses de la Smid sont vides.

Des détournements auraient été faits de façon irrégulière par certains dirigeants. Une véritable douche froide pour les actionnaires présents à cette rencontre. « J’étais particulièrement étonnée. Tout ce qui a été décaissé donne les vertiges. En ce qui me concerne, je n’ai rien reçu », se lamente une actionnaire qui a choisi de garder l’anonymat. Et un autre de renchérir : « il y avait à peine un quart des actionnaires attendus. En sus, la rencontre censée débuter à 9 h a finalement commencer 3 heurs plus tard, car c’est à 12h que l’administrateur provisoire s’est pointé ».

En effet, quelques mois après le lancement de ses activités en février 2018, la Société métropolitaine et d’investissement de Douala (Smid) S.A. a traversé de nombreuses périodes de turbulences. Placée sous administration provisoire trois ans plus tard en février 2021, l’entreprise n’est toujours pas à l’heure actuelle en forme. Le rapport d’audit produit par le Cabinet Okalla Ahanda & Associés montre que les comptes de cette société sont extrêmement défaillants.

Dans ce rapport transmis aux actionnaires de cette entreprise, la Cabinet Okalla Ahanda & Associés émet des réserves sur la conformité des activités de la Smid avec son objet social, sur la conformité de la mise en œuvre des dispositions contenues dans les contrats souscrits avec des prestataires, ainsi que sur le respect des règlements de la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (Cosumaf).

Paiements non-comptabilisés

Ledit Cabinet a en effet effectué l’audit des comptes annuels de la Société métropolitaine relatifs à l’exercice 2019, clos le 31 décembre 2019. « Ces comptes font ressortir un total bilan net 3.644.110.866 Fcfa, soit un déficit net de 579.764.695 Fcfa au titre de l’exercice 2019, des fonds propres d’un montant net de 2.915.305 Fcfa et un solde de trésorerie de 757.854.059Fcfa », lit-on dans ce rapport. 11 fait par ailleurs ressortir plusieurs anomalies de gestion.

Notamment sur « le prêt participatif » accordé à l’entreprise Neo Industry dans le cadre d’une convention de prêt signée avec la Smid le 30 septembre 2019. Le Commissaire aux comptes note dans ce rapport « l’avance démarrage d’un montant de 1.528.297.677 Fcfa, en vue de l’exécution du marché n°0001 /M/SMID SA72019 en un prêt rémunéré au taux d’intérêt de 2,6%. Toutefois, la résolution du conseil d’administration autorisant cette mutation de l’avance démarrage en un prêt financier n’a pas été présentée à la mission. Ce prêt n’est couvert par aucune garantie ni hypothèque au profit de la SMID.

Par ailleurs, cette convention de prêt n’est pas conforme à l’objet social de la SMID ».

Dans le même rapport, il est relevé que l’entreprise EDC est redevable d’un montant de 371.430.000 Fcfa au 31 décembre 2019 à la Smid S.A. Pourtant, cette créance n’est pas inscrite au bilan de la société sous la même période. La SAD est l’autre entreprise mentionnée dans le rapport du commissaire aux comptes. Cette dernière a reçu un virement d’un montant 15.724.210 Fcfa au titre de remboursement des préfinancements des dépenses liées à l’organisation des conseils d’administration du 27 juin 2019 par les anciens administrateurs remplacés par l’administrateur provisoire.

Un virement non-comptabilisé également dans les charges de la Smid au 31 décembre 2019. L’on retient aussi que la somme de 116.035.244 Fcfa a été versée à divers prestataires dans le cadre du lancement des activités de la Smid. De même qu’un paiement non-comptabilisés dans les charges de la Smid, tout comme des factures d’un montant de 10.254.051 Fcfa pour les mêmes dépenses.

Dans ce même document produit par le commissaire aux comptes, la partie « autres charges » dévoilent une zone d’ombre sur un montant de 1.531.829 Fcfa décaissé au titre des indemnités de session du conseil d’administration extraordinaire du 30 août 2019. Concernant les dettes fiscales, le rapport indique qu’à la date de rédaction du rapport, « les impôts et taxes sur salaires de l’exercice 2019, ainsi que le minimum de perception d’un montant total de 8.705.222 Fcfa, n’a toujours pas été déclaré et réglé à l’administration fiscale».

La Smid S.A est ainsi après consultation de ce document exposé, à un risque fiscal élevé (taxation d’office) du fait d’un sérieux doute sur la déclaration statistique et fiscale souscrite par la Société métropolitaine d’investissement de Douala au titre de l’exercice 2019 clos au 31 décembre 2020.

La bataille des tribunaux 

Au regard du fonctionnement de cette entreprise qui a bénéficié des souscriptions de nombreux Camerounais et entreprises locales au cours de son appel public à l’épargne, Maurice François Njoh, l’administrateur provisoire de la Smid, a récemment effectué, une sortie par note d’information en vue de « résumer très sommairement les faits qui ont émaillé le fonctionnement de la société depuis sa mise sous administration provisoire».

Dans cette note, l’Administrateur provisoire relevait que le 15 février 2021, lors de sa désignation en qualité d’Administrateur provisoire, il a « été notifié d’une requête aux fins de défenses à exécution introduite à la Cour d’appel du Littoral par les anciens dirigeants de la Smid S.A, en vue d’empêcher la mise en œuvre de l’ordonnance. Malgré l’introduction de cette requête, j’ai démarré la mission et posé des actes importants».

Parlant de ces actes, il s’agit à l’en croire, de la collecte des informations, la recherche documentaire, l’élaboration des états financiers des exercices 2019 et 2020, une plainte au pénal avec constitution de partie civile en date du 2 juillet 2021 contre les anciens dirigeants de la SMÎD.

« Pendant toute la durée de la procédure devant la Cour d’appel, la mission a été en très grande partie paralysée à cause de l’absence des moyens financiers nécessaires à son exécution. En effet, l’accès aux comptes et plus particulièrement à ceux d’Ecobank, m’a systématiquement été refusé y compris la mise à disposition des relevés bancaires», faisait observer l’Administrateur provisoire.

Détournements

Pendant la période de six mois qu’a duré l’administration provisoire, le Commissaire aux comptes a procédé, le 19 mars 2021, au lancement d’une procédure d’alerte, ainsi qu’à la révélation au Procureur de la République près le Tribunal de Grande instance (TGI) du Wouri, de faits délictueux à l’encontre des anciens dirigeants de la Société métropolitaine d’investissement de Douala. Concernant les comptes des exercices dos écoulés avant sa prise de fonction, Maurice François Njoh affirme avoir finalement reçu, le 15 septembre 2021, une réponse d’Ecobank Cameroun, la banque où est domicilié le compte de la Smid S.A.

L’établissement bancaire fournira finalement les historiques des comptes bancaires pour la période allant du 1er janvier 2019 au 31 août 2021. Ainsi, l’administrateur provisoire a pu constater que le montant global des soldes des comptes au 31 août 2021 s’élève à 26.152.277 Fcfa.

L’examen des historiques a permis a l’administration provisoire de noter qu’au cours de la période allant du 12 février 2021 au 31 août 2021, Ecobank Cameroun a procédé à des décaissements d’une somme globale de 115.910.722 Fcfa au profit des anciens dirigeants de la Smid S.A. des opérations que l’équipe de Maurice François Njoh considère comme « un agissement constitutif de plusieurs infractions en Droit pénal ».

« Je dois surtout porter à votre connaissance que la situation apparente de la Smid S.A à ce jour montre, qu’après deux ans de fonctionnement, l’intégralité des quatre milliards de Fcfa levés lors de sa constitution, a été dépensé sans réalisation des ouvrages dont les contrats ont été signés avec des maîtres d’œuvre», s’indigne l’Administrateur provisoire.

En rappel, la Smid mise sous administration provisoire depuis le 12 février 2021 par Ordonnance N° 68/HH du Tribunal de première instance (TPI) de Bonanjo, avait cinq projets pilotes retenus à son lancement. Il s’agissait notamment de : la réhabilitation et l’extension du marché New-Deido pour un montant de 5,152 milliards de Fcfa dont un montant de 1,781 milliards de Fcfa financé par l’entreprise elle-même ; la construction du parc de loisirs de la Besseke à hauteur de 2,238 milliards de Fcfa ; un centre de conférence international, pour un coût de 15 milliards Fcfa ; le projet de construction d’un centre des expositions, d’un coût prévisionnel de 8,5 milliards Fcfa, le projet de construction du marché de Bonamoussadi pour un coût prévisionnel de 10,1 millions de Fcfa avec une participation de fonds de la Smid évaluée à 4,8 millions de Fcfa.

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