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Dot de trop : entre symbole et gourmandise

Dans certaines régions du Cameroun, il faut verser une dot pour récupérer un enfant illégitime, la dépouille d’une femme épousée ou non, ou encore une mère célibataire.

Faire un enfant hors mariage et devoir donner à manger, à boire, voire verser de l’argent en guise de dot pour pouvoir le récupérer auprès de ses grands-parents maternels ; cela s’appelle la dot de l’enfant. Aujourd’hui plus que jamais, cette pratique prend de l’ampleur.

Pour être en possession d’un enfant fait hors mariage et pire encore n’avoir pas établi un acte de naissance dans les délais de la loi, le père naturel doit le gratifier auprès de sa famille maternelle qui en a pris soin durant son absence. De ce fait, il doit offrir des présents (porcs, sacs de riz, oignons, kolas, vins, cartons de poissons et même une enveloppe d’argent). « J’ai doté mon fils pour pouvoir le récupérer à ses grands-parents maternels, bien que sa mère soit morte », déclare Jules Nguiamba, fonctionnaire.

Et selon les interprétations de certaines familles, venir offrir des présents à la famille maternelle de son enfant pour le récupérer, c’est comme doter la mère de l’enfant que tu n’as pas pu épouser. Ainsi, « ils conditionnent le retrait de ces enfants par le versement d’une dot », révèle Moïse Etémé, un père plaignant.

Outre cette forme de dot, dans plusieurs familles du Cameroun, les cadavres sont également dotés par leurs belles-familles. En effet, les époux éplorés sont obligés de verser une seconde dot pour avoir droit à la dépouille de leurs épouses. Une contrainte qui débouche le plus souvent d’une désunion entre l’homme et la femme, et que cette dernière soit retournée dans sa famille et décédée là-bas.

« Pour inhumer mon épouse dans mon village, ma belle-famille m ‘a exigé une autre dot que je devais lui verser pour rentrer en possession du corps. Car, selon les parents de la défunte, leur fille est morte chez-eux, après que nous nous soyons séparés plusieurs années », s’indigne Emmanuel Yene, un veuf victime d’abus de sa belle-famille.

Et de poursuivre : « Au-delà de l’exigence faite à la famille de la défunte d’assurer toutes les charges liées aux obsèques : habillement de la défunte, cercueil, frais de morgue et de corbillard, prise en charge de la chorale, location de leur bus de transport en aller-retour ; la belle-famille a ajouté cette fameuse dot ».

Si ce dernier a été contraint de doter à nouveau sa femme pour avoir accès à sa dépouille, Jules Fada indique fièrement qu’avoir le corps de la mère de ses enfants a été pour lui une faveur.

« J’ai vécu avec elle durant dix- sept ans et nous avons eu six enfants. Malheureusement, je n’ai pas pu l’épouser encore moins l’a doté de son vivant. Et elle est décédée chez-moi. Censée être inhumée dans son village natal, j’ai imploré ma belle-famille de me donner le corps, afin que nos enfants puissent souvent voir la tombe de leur mère. A cet effet, elle m’a exigé une dot que je devrais leur verser suite à ma doléance. Et pour cela, j’ai déboursé une somme de 1 million 400 mille Fcfa ».

Le phénomène s’étend désormais au point où, même les mères célibataires sont dotées par leurs beaux-fils. Car, venir offrir des présents à la famille maternelle de sa future femme pour la récupérer, c’est doter la mère de la fille que son père n’a pas pu épouser. Si pour certains, donner la dot de l’enfant, de la mère célibataire ou encore d’un cadavre, est logique ; pour d’autres, cela devient un fonds de commerce des familles.

L’Anecdote 

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