Camerounactuel

Décryptage : la mini-conférence des présidents Macron et Biya était une comédie pénible du point de vue de la communication institutionnelle

C’est à se demander, s’ils ont acchopé sur certains points en privé avant de retrouver le public. Si leur relation est vraiment au beau fixe.

Et si le sentiment anti-français connu, l’histoire coloniale, la diversification des partenaires économiques du Cameroun et les échanges réguliers entre le président français et les camerounais de la diaspora n’ont pas crispé cette relation.

I- un flop stylistique

Si la faible réception et de manière répétée des questions des journalistes français par le Président Biya a visiblement agacé les interpellateurs et nombre de destinataires habitués à des interviews et communications fluides; l’expression du faciès,les mimiques et la cadence respiratoire ( comme s’il suffoquait et s’étranglait d’aigreur) du Président Macron trahissaient par moment une gêne; voire une colère dissimulée quant-il était sollicité par les journalistes camerounais.
( Notamment sur la question du journaliste de la CRTV, d’un deux poids deux mesures de la France dans l’aide militaire accordée à l’Ukraine et à certains pays Africains.)

Aussi, son procès subtile et laconique de la mal gouvernance et de la corruption dans l’attribution des parts de marché aux concurrents de la France au Cameroun,en RCA et au Mali suivant la direction de son regard; traduit, à défaut de violer les codes et civilités diplomatiques, l’arrogance coutumière de la position d’autorité d’un donneur de leçons démocratiques effarouché par le déploiement stratégique de la Russie sur ce qu’il ne considère plus avec raison comme précarré à la lumière de la régression économique du pourcentage historique 40 à 10 évoqué par sa compatriote journaliste de RFI.

II- La langue de bois et la technique de l’esquive des questions comme preuves patentes d’une théâtralisation politique.

Le Président Macron, à la question du DP du Quotidien Mutations,et dans une démagogie conservatrice refuse d’employer le mot guerre dans le drame qui s’est passé au Cameroun avant les indépendances entre l’armée de son pays et les nationalistes upécistes.

Habitué à ce type de sollicitations dans d’autres parties du continents, il trouve dans la ruse du langage, une dérobade par la proposition de création d’une commission mixte d’historiens et de musiciens comme solution antalgique de substitution à une reconnaissance du génocide qui aurait réveillé les tensions ou sommé la mère patrie de payer les dommages de la guerre du Napalm en pays bassa et bamileke (Cf Kamerun ! Une guerre cachée aux origines de la françafrique, Livre de Thomas Deltombe et Manuel Domergue).

C’est donc une intelligence stratégique et communicationnelle qui consiste à nier un problème. À renvoyer son examen à une date ultérieure et à créer une commission. Suivant l’adage bien connu, « quand on ne veut pas résoudre un problème en France on crée une commission ».

Il s’est senti aussi embarrassé, comme si Georges Alain Boyomo lui tirait les vers du nez, sur le reproche de son indélicatesse présumée et de sa violation des clauses confidentielles de deux chefs d’État dans ses causeries avec les binationaux opposés au Régime biya.

Quant-à lui, le rusé Président Paul Biya, tel un Renard de surface entre deux puissances de feu ( la Russie et la France) et conscient de la vague panafricaniste qui l’aurait taxé de traitre et de colonisé, emploie aussi intelligemment cette stratégie d’échappatoire dans son discours.

Il ne dit pas expressément s’il condamne ou non l’intervention de la Russie en Ukraine( connaissant la position majoritaire des africains sur ce conflit), et encore moins ouvertement s’il est favorable à ce que la France reconquiert les parts de marchés qu’elle détenait historiquement au Cameroun.

En institutionnaliste et non aligné traditionnel et craignant de fâcher Moscou ou d’être pris à défaut d’ingérence,le « Nnom Nguï » ne donne pas une position tranchée sur ce conflit.

L’homme lion amène plutôt l’auditoire ( stratégie de diversion) dans une énonciation des routines diplomatiques des pays africains avec le Kremlin.

Jouant d’ailleurs habillement avec la mémoire d’un vieillard que certains croient définitivement figée, il perd les journalistes français dans des conjectures sur l’historicité des accords entre le Cameroun et d’autres partenaires comme, l’Allemagne, l’Espagne, la Chine et le Brésil ( qui ne sont pourtant pas en débat) pour éviter la fixation sur la puissante Russie qu’Émmanuel Macron et ses journalistes veulent dénigrer et mettre en délibération séance tenante).

Il bote ironiquement et techniquement en touche la question de sa retraite politique par la satyre du 7 -4 ou 7 moins 3, par la procrastination et l’hypothèse fuyante de sa demeure à Etoudi en 2025 ou de son départ au village. (un remake en réalité de la réponse de la confèrence de 2016 avec François Hollande… L’élection présidentielle de 2018 est lointaine mais certaine.)

Popol préfère plutôt répondre positivement à la question périphérique et moins brûlante de l’inflation pour trois raisons à mon avis.

Uno, pour confesser sa connaissance des pleurs des camerounais actuellement sur la vie chère en montrant que le gouvernement est néanmoins attentif à ce problème bien qu’il soit global ou lié à la crise en Ukraine.

Secundo, pour banaliser le débat latent tant attendu de cette visite officielle et en cours, sur la succession dynastique par un problème ordinaire.( Technique de l’agenda setting en communication qui consiste à supplanter un choux gras de la presse ou des chaumières par un autre problème)

Tertio, pour capter opportunément les nouvelles offres de partenariat que la France par l’entremise de son président Emmanuel Macron lui tend devant témoins sur l’agro-alimentaire.

Simeon Roland Ekodo Mveng

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