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Covid-19 : malades et personnel soignant font face à la stigmatisation

Alors que les malades et le personnel soignant luttent contre ce virus, ils doivent également faire face à des regards culpabilisants. Une attitude condamnée par le gouvernement.

La vidéo a fait le tour des téléphones appartenant aux millions d’abonnés d’un certain réseau social. Elle présentait des personnels de santé, emmitouflés dans des combinaisons, et débarquant dans un quartier de Yaoundé pour emmener un malade dans une ambulance, sous les regards médusés des voisins. Et déjà, on entendait des commentaires désobligeants de l’entourage, qui s’exclamait rieur : « Corona I Corona I ».

C’était il y a seulement quelques semaines, au tout début de la pandémie de Covid-19 au Cameroun. Alors que la majorité de la population savait très peu de choses sur cette maladie que relayaient tous les médias étrangers et qui faisait des ravages sous d’autres cieux, l’inquiétude n’a cessé de monter.

Non pas uniquement l’angoisse de se retrouver confronté à ce virus, mais plutôt celle d’être le centre des conversations à cause de la maladie. Car nombreux sont ceux qui voient en ce Coronavirus, un sujet d’opprobre.

Dr Laure Mengue, responsable de l’unité prise en charge psychologique des patients du Covid-19, le rappelait encore récemment au cours d’une intervention sur la chaîne de télévision nationale : « Le Coronavirus n’est pas une maladie de la honte ».

Elle emboîtait ainsi le pas au gouvernement, qui à travers les ministères en charge de la Santé publique et de la Communication, n’a cessé de rappeler qu’il est temps de faire front commun contre le Covid-19, et non de jeter les malades en pâture. C’est qu’il faudrait marteler vivement ce message à tous. Car ce ne sont pas que les malades ou encore les anciens malades, qui sont pointés du doigt.

Les médecins et autres personnels soignants qui se donnent corps et âme pour vaincre cet ennemi redoutable, sont eux aussi esquivés, parfois par les membres de leur propre famille qui craignent d’être contaminés par ces travailleurs de la santé.

Les malades souffrant d’autres pathologies fuient médecins et hôpitaux, sous prétexte « qu’ils sont pleins de Coronas », du nom affublé aux victimes de ce virus. La stigmatisation est partout.

En cette période, il est des gestes, pourtant anodins au quotidien, que beaucoup se retiennent de pratiquer en public. Eternuer dans une file d’attente peut susciter la panique générale. Tousser alors… C’est désormais un crime de lèse-majesté. «J’ai ma toux depuis longtemps.

Bien avant la pandémie », a-t-on envie de lancer tout de suite, entre deux quintes, aux détracteurs. La stigmatisation due au Covid-19, les Camerounais de la diaspora l’ont connue en première ligne.

« Ce sont eux qui nous ont apporté le Corona ici II! », entend-on. Certains sont longtemps restés persuadés qu’il s’agit là d’un mal qui n’atteint que les Européens, ou de manière générale les Occidentaux et les personnes vivant à l’étranger.

A la stigmatisation, se rajoute la crainte morbide. Combien, à la simple prononciation du fameux mot commençant par la lettre « C », se sont sentis soudainement fiévreux, ont eu des maux de tête, ont cru forcer leur respiration et ont été tentés d’appeler le 1510 ?

Quand bien même ces symptômes sont réels, il y en a qui se retiennent de contacter ce numéro vert, préférant se référer à la « discrétion professionnelle » du marabout, par peur de ce que diront les autres en cas d’un résultat positif.

Qu’ils se rassurent, les médecins et autres personnels de santé sont tenus par le secret médical. Il est grand temps que les préjugés soient évacués, pour que seul prime le bien-être de tous.

Source : Cameroon Tribune

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