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Covid-19: les « bonnes », ces victimes collatérales

Plusieurs personnels de maison ont été congédiés depuis la survenue de la pandémie. Leurs conditions de vie déjà précaires se sont davantage détériorées.

Salaire dérisoire, volume horaire et quantités de travail importants, conditions de travail inhumaines, absence de congé de travail ou encore violence morale et physique, sont quelques clichés qui caractérisent les travailleurs domestiques au rang desquels les « bonnes » et les « boys ». Un constat qui n’est pas propre au Cameroun. Une responsable d’agence de placement rencontrée au cours de notre enquête partage le dur quotidien des personnels de maison.

« Nous avons des centaines de dossiers. Les femmes dont l’âge se situe entre 30 et 40 sont celles qui sollicitent le plus le travail. Elles sont pour en majorité des célibataires avec plusieurs enfants en charge. Lors des entretiens, je me retiens pour ne pas éclater en sanglots lorsque ces femmes me racontent leur quotidien ».

Elle ajoute : « malheureusement, elles sont encore victimes de maltraitance dans leur lieu de service, en plus du salaire insignifiant qui leur est octroyé. Nous nous assurons qu’elles perçoivent un salaire supérieur au Smig (salaire minimum interprofessionnel garanti s’élève à 36 270 Fcfa au Cameroun ndlr)

Et quand le covid-19 s’y mêle !

Martine a perdu son emploi depuis la fermeture des écoles, l’une des mesures de riposte prises par le gouvernement camerounais. La mère de deux enfants employée chez une enseignante comme femme de ménage a été renvoyée provisoirement. « On souffre. C’est la galère ! », expose-t-elle.

Martine paie le loyer de sa chambre à 12 000 Fcfa au quartier Nkoa-bang. Elle doit s’occuper toute seule de ses deux enfants et subvenir à ses propres besoins avec son salaire mensuel de 30 000 Fcfa. Salaire qu’elle n’a perçu depuis un mois. « J’ai trop de difficultés parce que je n’ai plus de source de revenu. Je me bats avec mes économies », se désole-t-elle.

La survenue de la pandémie au coronavirus a coûté à Alexandre son boulot. Le père de famille s’occupait des tâches ménagères dans une résidence au quartier Omnisport. La maitresse des lieux lui a donné un congé indéfini. « Elle m’a fait comprendre que c’est pour limiter le contact avec l’extérieur et éviter la contamination au covid-19 », raconte-t-il. Le « boy » passe depuis lors ses journées à la maison. Il en profite pour « donner un coup de main » à son épouse.

La principale source de revenu perdue, la famille a du mal à joindre les deux bouts. « Ma patronne m’a remis un peu d’argent. J’ai acheté les denrées de première nécessité notamment du riz, de l’huile, du tapioca, de la farine. Des réserves qui s’épuisent peu à peu », déplore Alexandre.

Nathalie a licencié sa ménagère sous la pression de son mari. « Mon époux a estimé qu’elle représentait un danger pour nous. Nous sommes en confinement et elle est la seule qui faisait des va-et-vient toute la journée. En plus, elle rentrait chez elle chaque soir pour reprendre le service le lendemain. Nous ne savions pas.qui elle rencontrait. J’ai dû la remercier temporairement, non sans lui avoir versé son salaire du mois », confie-t-elle. La mère de famille se charge depuis lors des tâches ménagères. Elle bénéficie de l’assistance de ses enfants et de son mari. Elle rassure que la jeune fille sera rappelée aussitôt que le confinement sera levé.

Les salaires réduits

Les femmes de ménage dans les motels subissent aussi les foudres du covid-19. Dans un motel au quartier Nlongkak, les employés sont en arrêt partiel. « Les filles de ménage font désormais une rotation. Elles travaillent deux semaines sur quatre par mois. Le patron n’a pas voulu les licencier », explique Roger le gestionnaire.

« Il n y’a plus d’entrées depuis le confinement. Nous avons seulement trois clients qui sont bloqués ici parce qu’ils ne veulent pas rentrés dans leurs domiciles. Bien évidemment, les salaires ont été réduits à la moitié », justifie-t-il.

Dans un centre de placement des personnels de maison située au quartier Elig essono, une responsable sous cape partage les difficultés auxquelles est confrontée l’agence. « Lorsque le dixième cas a été confirmé au Cameroun (17 mars 2020; ndlr), nous avons enregistré plusieurs clients qui ont mis leurs employés en arrêt de travail. Certains ont opté pour le travail à temps partiel. D’autres leur proposent le travail à la tâche. Ils les appellent pour un besoin particulier.

Après cette vague, nous avons constaté que les clients se sont accommodés à la situation. Ils ont renforcé le dispositif devant leurs domiciles et ont rendu accessibles les toilettes pour que les dames se changent complètement et prennent une douche avant de commencer le travail effectif», explique-t-elle.

« La plupart est toujours en poste», rassure la dame. Elle indique que certains clients ont exigé des tests de dépistage de leurs ménagères. « Le besoin a été émis à notre niveau mais ça n’a pas été effectif précise-t-elle.

Comme autre raison, elle relève : « certains clients nous ont expliqué qu’ils préféraient occuper les enfants aux tâches ménagères pendant le confinement. Et qu’il était important que les ménagères soient chez elles pour s’occuper de leurs familles ».

Elle ajoute que les salaires pour plupart n’ont été touchés. Pour certains employés il faudra attendre la fin de ce mois pour en avoir la certitude. « D’aucuns ne se sont pas signalés. Comment vont -ils. réagir au moment de la paie ? C’est ce qui nous permettra d’évaluer», avoue-t-elle.

Source: Le Jour

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