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Coronavirus au Cameroun : « il faut protéger le corps soignant »

Dr Roger Etoa, Médecin de Santé publique, revient sur la prise en charge du coronavirus au Cameroun et propose qu’un protocole national soit édité et le personnel formé à la gestion du travail en contexte dangereux.

L’exode des voyageurs qui sont partis de l’Europe pour le Cameroun a-t-il un lien avec l’augmentation des cas de personnes infectées par le Coronavirus au Cameroun?

Les malades venant des pays étrangers sont à l’origine de l’importation de l’épidémie du Coronavirus au Cameroun. Les premiers cas de personnes infectées par le Covid-19 ont été importés. D’abord de manière infime, ensuite, en grand nombre. Vous connaissez tous l’histoire du célèbre vol du 17 mars qui avait des passagers infectés à bord.

Si les conditions de confinement n’étaient pas très strictes, d’autres passagers non disciplinés et conséquents ont dû s’infecter et infecter d’autres personnes. Il y a par exemple des histoires de contact nocturne avec des filles de joie. Si c’est vrai, cela montre que la distanciation sociale n’était pas stricte dans ces hôtels.

Le Cameroun s’organise pour lutter contre la maladie, pourtant, il y en a qui estiment que beaucoup reste encore à faire…

Aujourd’hui au Cameroun, il faut déclarer l’état d’urgence sanitaire. Ceci consiste à prendre des mesures fortes de restrictions. Nous pouvons partir d’un simple couvre-feu, d’une régulation des transports, au confinement général. La mesure extrême.

Aujourd’hui, ‘le Cameroun doit lutter contre tous les facteurs de risque pouvant aggraver ou favoriser la contamination. Il s’agit entre autres, de la distanciation sociale, l’hygiène de l’environnement et du milieu, notamment par les traitements phytosanitaires à la fois des rues, des marchés, des quartiers voire des domiciles… Il faut accélérer et intensifier les dépistages de masse et valider et mettre en œuvre des protocoles thérapeutiques qui permettront de baisser la charge virale des patients et la charge virale communautaire.

Le chef de l’Etat a décidé de la création d’un Fond de solidarité nationale d’un milliard pour la lutte contre le Coronavirus, Quelles sont les priorités ?

> Les priorités sont de divers ordres. Sur le plan sanitaire, il faut acquérir un stock importants de tests de dépistage, renforcer les plateaux techniques des hôpitaux, notamment en respirateurs et autres matériels de réanimation et de pneumologie, recruter et former en grand nombre du personnel, acquérir et fournir des médicaments aux hôpitaux qui en ont besoin, renforcer la qualité du système d’information sanitaire et des mécanismes de gouvernance et de pilotage stratégique de la crise.

Sur le plan social, il faudra atténuer l’impact de toutes les mesures de restrictions de la circulation des citoyens qui auront un impact sur le panier de la ménagère. Il faudra également protéger la vie des entreprises qui emploient de nombreux Camerounais.

Que faire des personnes dépistées positives au coronavirus ?

Il faut surveiller leur état pour savoir si à un moment ils vont développer des symptômes de la population. Ensuite, il y a des personnes qui présentent des symptômes mineurs, plutôt moyens, celles-là constituent environ 40 à 50 % de la population. Ceux-là, il faut les hospitaliser, les suivre. Et il faut leur appliquer un traitement, un protocole et les médicaments disponibles. Ensuite, il y a des personnes qui vont avoir besoin d’une aide respiratoire et qui vont être internée en réanimation. C’est à peu près 10 %. Environ 5% seront dans un état critique et risquent malheureusement de décéder.

Les personnes guéries de l’infection à Corona peuvent-elles sortir du circuit médical ?

Les personnes guéries peuvent sortir du circuit médical, mais doivent prendre toutes les précautions sanitaires. On a constaté en Chine que 10% de patients déclarés négatifs aù bout de leur prise en charge étaient à nouveau contaminées. C’est donc un mystère dans la communauté scientifique où on pensait au départ que la guérison de cette maladie conférait une immunité définitive à celle-ci. Il faut donc continuer à rester prudent en attendant le vaccin qui est la solution ultime de cette épidémie.

Et si nous évoquions la réinfection probable, la stigmatisation et l’importance de sensibiliser les gens sur le fait que le coronavirus n’est pas une maladie honteuse ?

La stigmatisation est un problème important. Aujourd’hui, par exemple, il y a un regard négatif sur toute personne qui vient de l’étranger. Il est important de sensibiliser le monde du travail et tous les citoyens que le coronavirus peut être contracté par tous. Certains épidémiologistes pensent d’ailleurs que d’ici quelques années, 50 à 80% des humains auront contracté ce virus. Il faudra pour chacun avoir un mode de vie sain. Booster son immunité pour rester indemne de cette bourrasque épidémiologique.

Des cas d’infection sont enregistrés au sein du personnel soignant. Qu’en est-il ?

Au Cameroun, le personnel des soins n’est pas encore bien protégé contre le Coronavirus. En France, en Italie, en Chine, les équipements sont très sophistiqués. Etanches, solides, imperméables. Mais, jusque-là, il y a des cas d’infections et même de décès. Imaginez ce que ça pourrait donner au Cameroun ? Une grande partie du personnel de soins au Cameroun et en Afrique consulte encore les mains nues, sans gants, sans équipement de protection individuels.

C’est un problème. Il faut renforcer lés mesures de protection du personnel soignant. Parce que ce sont les premières personnes à risque de contracter cette maladie. Dans un contexte de rareté des ressources humaines en santé, on ne peut pas se permettre de perdre le peu que nous avons. L’Etat et leurs divers employeurs doivent leur fournir des équipements de protection individuelle adéquats. Mais il fauteégalement bien les former, les motiver et les récompenser pour leur dévouement.

Aujourd’hui au Cameroun, les zones les plus affectées sont-elles clairement définies. Si oui, quelle est la conduite à tenir pour les personnels soignants de retour des zones d’exposition à risque ?

Je ne sais pas s’il y a un protocole national qui donne . des instructions au personnel ’ soignant pour se protéger du/ Covit-19. Néanmoins, chaque hôpital essaie d’appliquer un’ protocole comme il peut/ C’est un peu compliqué car le Coronavirus est une maladjte émergente qui est encore ÿn phase d’études chez les scientifiques. Personne ne sait exactement tous les détails sur la maladie. Donc c’est assez complexe de savoir ce qu’il faut faire et’ ce qu’il ne faut pas faire. Mais je propose qu’un protocole* national soit édité et le personnel formé .à la gestion du travail en contexte dangereux.

Dans la prévention du Coronavirus au Cameroun, on n’insiste pas sur les règles de protection dans les lieux de travail ?

Dans les lieux de travail, il faut organiser la prévention en plusieurs axes:

La prévention primaire qui vise à combattre les facteurs de risque de la maladie. Pour cela, il faut mettre en œuvre des mesures de distanciation sociale en réduisant le nombre de personnes dans les bureaux, dans les ascenseurs, cantines et lieux de réunion, en promouvant le travail alterné, ou le télétravail.

Il faut promouvoir l’hygiène du milieu en organisant le traitement phytosanitaire des locaux, nettoyer plusieurs fois des points critiques de contamination tels de des poignées de portes, des tables de réunion, les toilettes, etc. Et enfin, il faut mettre en œuvre des stratégies de communication pour le changement de comportement par la sensibilisation par petits groupes ou sur les réseaux sociaux ou les médias classiques.

La prévention secondaire, elle, consiste à organiser le dépistage massif pour détecter rapidement les cas et les isoler et activant les médico-administratifs d’éviction sur le lieu de travail des cas suspects ou probables.

Enfin, pour la prévention tertiaire, il faut traiter les cas dépistés par toutes les stratégies thérapeutiques possibles et organiser leur réinsertion dans le lieu de travail tout en luttant contre la stigmatisation et la discrimination.

Ne faut-il pas renforcer le système de santé au travail?

J’en venais. Oui. Il faut bien équiper les centres médicaux d’entreprise (en tests de dépistage, matériel de laboratoire, bureau de consultation et salles de lits d’observation voire d’hospitalisation, renforcer quantitativement et qualitativement les ressources humaines en santé de ces centres médicaux d’entreprise, allouer un financement conséquent à la rubrique santé de l’entreprise, améliorer le système d’information sanitaire et la collaboration et les échanges d’informations entre le centre médical de l’entreprise et les autorités sanitaires locales, régionales et nationales, densifier le stock de médicaments de ces centres, et mettre en place des outils de gouvernance et de pilotage stratégique de la crise au sein de ces entreprises.

Par exemple, chaque entreprise doit avoir un comité de pilotage de la crise du coronavirus piloté si possible par le Directeur Général de cette entreprise ou toute autre personne ayant une grande influence dans cette organisation. Malgré l’épidémie du Coronavirus, dans certains marchés, nous apercevons encore le spectacle désolant des denrées alimentaires exposés à même le sol.

La vente des denrées alimentaires doit se faire dans les conditions strictes d’hygiène. Si tel n’est pas le cas, il faut les interdire.

Le kabangondo, les perruques, les faux ongles ?

Ce sont évidemment des vecteurs et des catalyseurs de l’épidémie surtout les endroits où on pose les ongles dans les marchés et autres lieux insalubres. Pour la Kabangondo et autres perruques, il faut les nettoyer tout le temps avec des produits antiseptiques comme le savon ou les détergents ordinaires.

Un espoir pour le Cameroun?

L’espoir pour le Cameroun va résider dans l’anticipation de tous les acteurs (gouvernement et autres autorités sanitaires et administratives), la discipline’, le civisme des citoyens. On parle aujourd’hui de l’exemple chinois. Mais ils n’ont pas forcement vaincu le Coronavirus avec un traitement médical miracle. Ils ont mis en place des mesures fortes.

Le confinement, le traitement et l’hygiène du milieu. Ils se sont également appuyés sur la technologie avec l’intelligence artificielle qui, permet de cartographier, de suivre des patients à risque, de donner des instructions. C’est un outil d’aide à la décision, à la fois pour les dirigeants, mais aussi pour chaque citoyen qui avait des applications pratiques sur son téléphone pour pouvoir éviter la maladie.

Source: Le Jour

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