La cérémonie de présentation des vœux du nouvel an 2026 de l’Assemblée nationale, tenue le 9 janvier dernier, aura surtout démontré une réalité politique devenue presque banale au Cameroun : l’institution parlementaire est dirigée par des hommes qui, physiquement et politiquement, ne sont plus en mesure d’assumer pleinement leurs fonctions.
Le fait que cette cérémonie ait été présidée par le Premier Vice-président de l’Assemblée nationale, l’Honorable Hilarion Etong, représentant personnel du Très Honorable Cavaye Yeguie Djibril, n’est pas un simple détail protocolaire. C’est un symbole lourd de sens.
Le président de l’Assemblée nationale, absent à la présentation des vœux au chef de l’État, absent également à sa propre cérémonie organisée au Palais des Verres, montre de manière criante un pouvoir exercé par procuration, vidé de toute vitalité.
Cette situation pose une question fondamentale : peut-on encore parler de service de la République lorsque les titulaires des plus hautes fonctions sont devenus invisibles, silencieux, ou incapables d’assumer physiquement leurs charges ? La réponse, pour une large partie de l’opinion, est désormais évidente.
Le Cameroun donne l’image d’un pays confisqué par une génération politique usée, fatiguée, mais farouchement opposée à toute idée de transmission. La passation du pouvoir, loin d’être perçue comme un acte de responsabilité et de sagesse, est assimilée à une trahison, voire à un crime contre le système en place. Les dirigeants actuels semblent considérer l’État non comme une mission temporaire, mais comme une propriété personnelle à conserver jusqu’à l’épuisement total – le leur et celui du pays.
Le cas du président du Sénat, Marcel Niat Njifenji, est tout aussi révélateur. Disparu de la scène publique depuis plusieurs mois, son absence prolongée interroge sur la réalité de l’exercice du pouvoir législatif au Cameroun. Peut-on sérieusement prétendre diriger une institution aussi stratégique sans présence, sans parole, sans interaction avec la nation ? Là encore, le silence institutionnel est assourdissant.
Pendant ce temps, le pays s’enfonce. La dette publique asphyxie les marges de manœuvre économiques, la mal gouvernance gangrène l’administration, et la jeunesse, pourtant majoritaire, compétente et disponible, est maintenue à la périphérie du pouvoir. Des milliers de jeunes Camerounais formés, dynamiques, capables de travailler, d’innover et de proposer des solutions concrètes, sont condamnés à regarder un pays dirigé par des dirigeants absents, représentés, ou médicalement indisponibles.
Cette situation n’est plus seulement une anomalie politique ; elle devient une violence institutionnelle faite au peuple camerounais. En s’accrochant au pouvoir malgré l’évidence de leurs limites, les dirigeants actuels sacrifient l’intérêt général sur l’autel de la peur de perdre leurs privilèges, leur influence et leur contrôle.
Le drame du Cameroun n’est pas un manque de compétences, mais un refus obstiné du renouvellement. Tant que la transmission générationnelle sera perçue comme une menace, tant que céder la place sera vu comme un aveu de faiblesse, le pays restera prisonnier d’un système où la longévité au pouvoir prime sur l’efficacité, et où l’âge avancé devient une arme pour verrouiller l’État.
À l’heure où la nation étouffe sous le poids de la dette, du chômage et de la défiance citoyenne, la question n’est plus de savoir quand le pouvoir sera transmis, mais combien de dégâts supplémentaires le pays devra encore subir avant que cette évidence ne s’impose. Le Cameroun ne manque pas de forces vives. Il manque de dirigeants capables d’accepter que servir la République, c’est aussi savoir partir.
MMI
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