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Cameroun – Opération épervier : Maxime Mbangué refuse de témoigner contre Mebe Ngo’o

L’homme dont les déclarations devant la police avaient servi de base aux poursuites judiciaires engagées contre l’ancien ministre de la Défense et ses autres coaccusés a décidé de ne rien dire au cours de son contre-interrogatoire devant le TCS. Il n’entend ni assumer, ni commenter les choses dites sur ses compagnons d’infortune avant son inculpation et sa mise en détention.

A l’allure où vont les choses, le procureur général pourrait se retrouver sans aucun témoignage à la fin des débats pour soutenir les accusations formulées contre M. Alain Edgar Mebe Ngo’o et ses coaccusés, en jugement depuis quelques mois devant le Tribunal criminel spécial (TCS). M. Maxime Mbangué, conseiller technique (CT) du ministre de la Défense (Mindef) à l’époque des faits, dont le témoignage devant la police judiciaire avait constitué la base de la plupart des poursuites judiciaires engagées contre tous les autres accusés de l’affaire, a catégoriquement refusé de confirmer ses déclarations et même de les commenter devant la barre.

Au début du procès public en cours, son avocat avait plaidé pour que tous Tes procès-verbaux d’audition de son client à l’enquête préliminaire soient sortis du dossier de l’affaire et classés au greffe, estimant que M. Mbangué avait été piégé par la police. C’est dans cette logique que l’ancien CT s’est maintenu depuis le début de son témoignage devant le tribunal

Le 19 avril 2022, l’administrateur civil principal poursuivait son oral devant les juges après avoir été interrogé les semaines écoulées par son propre avocat. C’était donc au tour des autres protagonistes de l’affaire, notamment ses coaccusés, de le contre-interroger dans la phase dite de la cross-examination. Plus que volubile depuis quelques semaines, l’accusé a excellé dans des réponses brèves tout au long de l’exercice, se contentant plus d’une centaine de fois à dire soit qu’il ne répondait pas à la question, soit qu’il ne commentait pas un de ses anciens propos.

Un exercice qui a écœuré ses coaccusés, dont les avocats étaient venus manifestement avec l’idée d’en découdre avec l’accusé- témoin, coupable à leurs yeux d’avoir fait en son temps dans la délation, alors encore simple témoin, et donc d’avoir savonné la planche à leurs divers clients, jusqu’au moment où il s’est retrouvé lui-même pris dans la nasse, peu avant sa présentation devant le juge d’instruction pour son inculpation. ,

Haine viscérale

A deux moments seulement, l’accusé témoin a répondu aux questions de Me Koue Amougou, avocate de M. Mebe Ngo’o et de son épouse, qui considère que M. Mbangué nourrit un «haine viscérale contre [son] ancien patron, sa femme, ses enfants, voire sa famille dans le sens large». D’abord lorsqu’il a été interrogé sur ses 14 immeubles, dont deux seulement acquis selon lui lors de «la période concernée» par le procès.

Ensuite, quand l’avocate lui a opposé certains propos extraits de son «PV d’audition du 7 mars 2019» dans lequel il aurait reconnu avoir créé les établissements de prestation de services dénommés respectivement Bénédiction et Envol auprès des coopératives locales pour recevoir les rétributions de Magforce, un fournisseur controversé du Mindef.

«A l’entame de mon propos liminaire, a rappelé M. Mbangué dans ce qui est sa plus longue déclaration de la journée, j’ai dit que je rejetais mes propos à l’enquête préliminaire. Toutefois, je n’ai jamais créé les établissements Envol et Bénédiction, les documents relatifs à la création de ces établissements ont été requis par le juge d’instruction et nulle part je ne suis ni signataire, ni cosignataire de ces établissements. Bien plus, je n’ai jamais reçu un-seul virement en provenance de ces établissements-là. Tous mes comptes bancaires ont été perquisitionnés par le juge d’instruction et n’ont révélé aucun virement suspect».

Et il a poursuivi : «Pour ce qui est de l’éventuel réseau de corruption mis en place pour le paiement des marchés de Magforce, je n’ai mis en place aucun réseau de paiement. Les circulaires relatives au contrôle de l’exécution du budget de l’État, des collectivités territoriales décentralisées et autres organismes subventionnés, que vous avez bien voulu admettre ici pour 2010 et 2011, ont prévu des directives qui empêchent l’immixtion des tiers dans les procédures de paiement des créances au ministère des Finances. J’ai évoqué ces directives dans le cadre de mon examination-in-chief pour dire qu’il était impossible d’imaginer un réseau de paiement».

Sur les dates d’acquisition de ses propriétés foncières, il a répondu : «Je voudrais dire, sans être un expert du droit cadastral, que vous pouvez acquérir un immeuble en 2022, dès que vous faites la demande d’immatriculation, vous êtes libres de demander le titre foncier autant d’années après. La date d’immatriculation correspond à la date d’acquisition», a-t-il argumenté.

Et sur l’évocation des vertes de terrain par lui à des montants très importants, un peu plus de 2 milliards de francs au tpjal ce qui a d’ailleurs amené I’aVocate à demander si le témoin était un «fonctionnaire milliardaire», sa réponse a été immédiate : «je ne suis pas un fonctionnaire milliardaire parce que j’ai bien justifié ici devant vous l’origine des fonds m’ayant permis d’acquérir les 2 terrains concernés par la période de poursuite».

Réactionnaire milliardaire

L’avocate a par la suite insinué qu’il avait dissimulé une bonne partie des gains générés par les ventes de terrain évoquées en se faisant payer dans le compte de son épouse, l’objectif étant de démontrer que les déclarations de l’accusé n’étaient pas fondées. Mais M. Mbangué est resté fortement cramponné sur sa position, en faisant la distinction selon lui entre la date d’achat desdits immeubles et la date d’obtention des titres fonciers.

De nombreuses fois, il a fait la précision suivante : «je n’étais pas membre de la chaine de la commande publique au Mindef de 2010 à 2015», la fameuse période des faits à l’origine du procès. Ou encore : «je voudrais préciser qu’au Mindef je n’ai jamais effectué de missions auprès, de Magforce, je n’étais pas membre de la chaîne de la commande publique du Mindef de 2010 à 2015. Pour le reste, je n’ai rien à dire».

Des nombreuses questions posées successivement par le colonel Mboutou, coaccusé et ancien secrétaire adjoint du cabinet militaire du Mindef, et Me Bikaï, avocat de l’accusé Victor Menye, ancien haut cadre de banque, ont reçu le même traitement : «je ne réponds pas à cette question», a invariablement réagi le témoin.

Même quand le colonel Mboutou lui a posé la question suivante : «Pouvez-vous confirmer devant ce tribunal que tout ce que vous avez déclaré me concernant à l’enquête préliminaire était faux ?» Le colonel venait de faire le rappel de longues déclarations faites par M. Mbangué à la police où il disait notamment avoir été mis à la touche par son mentor de l’époque avec l’arrivée du colonel Mboutou auprès de M. Mebe Ngo’o.

Rappelons que M. Alain Edgard Mebe Ngo’o est poursuivi dans cette affaire pour un prétendu détournement des deniers publics d’une valeur globale de 20,4 milliards de francs, blanchiment aggravé de capitaux dont le montant avoisine 20 milliards de francs, corruption et prise d’intérêt dans un acte. Tous ses autres coaccusés sont poursuivis pour complicité présumée d’une partie des détournements de fonds publics en question.

Et Maxime Léonard Mbangué, particulièrement répond de complicité dé détournement des deniers publics d’une valeur de presque 7 milliards de francs, corruption et blanchiment aggravé de capitaux dont le montant avoisine 5 milliards de francs. Le procureur général et les avocats de l’Etat poursuivront le contre-interrogatoire cet accusé lors de l’audience de ce mercredi, 27 avril 2022.»

Kalara

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