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Affaire Glencore Pic. : ces 7 milliards FCFA versés à la Snh et à la Sonara

Le négociant suisse en matières premières a révélé c.es chiffres devant les tribunaux britanniques mardi dernier. Il sera fixé sur son sort le 02 novembre prochain.

Chaque jour qui passe apporte son lot de révélations dans l’affaire qui oppose la justice britannique à la firme internationale Glencore Pic qui est au ban des accusés. Mardi, 21 juin 2022, le négociant anglo-suisse en matières premières a fourni un peu plus de détails et de précisions sur les transactions maffieuses qu’elle a opérées pendant près de cinq années d’affilée avec ses interlocuteurs, ou plutôt ses partenaires d’affaires basés au Cameroun, en Guinée Equatoriale, en Côte d’ivoire, au Nigéria ou encore au Soudan du Sud.

Sans compter les frasques similaires commises par ce même trader en République démocratiques du Congo (Rdc) et dans certains pays de l’Amérique latine, à l’instar du Venezuela de feu le président Hugo Chavez.

Pour le cas du Cameroun, par exemple, l’on apprend que la multinationale aux services diversifiés leur a versé jusqu’à 10 532 712 d’euros, soit 6 846 262 800 de francs CFA à l’effet d’« inciter des fonctionnaires de la Société Nationale des Hydrocarbures et de la Société Nationale dé Raffinage à favoriser les opérations de Glencore au Cameroun », d’après les propos de l’ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats du Cameroun, maître Akere Muna, ancien président national de Transparency International Cameroun, homme politique et candidat démissionnaire à l’élection présidentielle du 7 octobre 2018.

Le montant de ces opérations frauduleuses avoisine donc sept milliards de nos francs. De quoi susciter le courroux du juriste camerounais, qui suit de près cette affaire depuis la publication d’un article y afférent dans les colonnes du Financial Times de Londres, le 24 mai 2022.

« Trop c’est trop ! », s’emporte l’avocat au barreau du Cameroun dans un tweet qui fait suite .aux révélations fracassantes de Glencore. « Ce 21 juin, à Londres, Glencore. a plaidé coupable de sept chefs d’accusafion de corruption. Elle admet avoir versé à la Snh et à la Sonara 10 532 712 euros (soit 6 846 262 800). La condamnation aura lieu le 02 novembre prochain. Cameroun quoi d’autre faut-il savoir pour agir ? », poursuit l’homme de loi qui, par ailleurs, a officié il y a quelques années comme vice-président international de l’Organisation non gouvernementale Transparency International.

L’ancien bâtonnier marque, ainsi son indignation après avoir annoncé, pour rassurer l’opinion publique de son pays, qu’il fera d’autres révélations plus détaillées sur cette affaire, y compris les noms des personnalités mises en cause.

La Snh toujours en attente des preuves

En confirmant son plaide coupable devant la justice britannique pour des faits de corruption dans le cadre d’opérations pétrolières dans les cinq pays ci-dessus énumérés, Glencore Pic prend ainsi le contre-pied des autorités camerounaises qui, via un communiqué rendu public par la Société nationale des hydrocarbures (Snh), avait affirmé ne rien savoir au sujet de l’affaire de corruption dans laquelle les noms de deux entreprises publiques de notre pays sont cités.

La Snh indiquait alors qu’elle avait saisi les autorités judiciaires des pays où Glencore fait l’objet de procès afin qu’elles lui fournissent plus de preuves pouvant établir les faits de corruption reprochés à la Snh et à la Société nationale de raffinage (Sonara), dont on attend toujours que soient révélés les noms des responsables impliqués dans ces actes de corruption qui, à coup sûr, ont fait perdre beaucoup d’argent au contribuable camerounais et à l’Etat.

Les faits se sont produits entre 2011 et 2016. L’on apprend par ailleurs que plus de 28 millions de dollars de pot-de-vin auraient été versés par la filiale Glencore Energy au Cameroun, eh Guinée Equatoriale, en Côte d’ivoire, au Nigeria et au Soudan du Sud. Ce qui correspond à 15 400 000 0Q0F CFA. Un énorme manque à gagner pour ces pays.

Depuis ce début d’année, le groupe Glencore Pic a déjà plaidé coupable aux Etats-Unis et au Brésil, où ses pratiques de corruption avaient des ramifications. Il a d’ores et déjà provisionné 1,5 million de dollars, soit l’équivalent de 825 millions de francs CFA pour le paiement de ses pénalités.

Pour le cas du Cameroun et des quatre autres.pays africains cités, Glencore Pic sera fixé sur son sort le 02 novembre prochain. Le tribunal va se prononcer sur la culpabilité du trader suisse et fixer probablement les peines et le montant des préjudices.

Une 2ème lettre d’Akere Muna

Hier, mercredi 22 juin 2022, maître Akere Muna a de nou; veau saisi le président de la Commission nationale anti-corruption (Conac), une structure parmi tant d’autres créées par le gouvernement camerounais pour traquer les pratiques de corruption au Cameroun. C’est la deuxième fois en l’espace d’un mois que l’homme public écrit à l’organisme public au sujet des accusations portées contre deux sociétés nationales dont l’Etat est actionnaire.

La première lettre avait été déposée au lendemain du compte rendu d’audience publié par le journal londonien Financial Times. Dans cette première lettre de dénonciation ayant en objet « l’aveu des pratiques de corruption par la multinationale Glencore Pic et les conséquences sur la Sonara et la Snh », l’avocat suggérait à la Conac une enquête pour faire la lumière sur cette affaire.

« Si cela s’avère être vrai, tout le mondé peut maintenant voir à quel point le fléau de la corruption a détruit notre pays et compromis l’avenir de jeunes Camerounais innocents. En tant que citoyen engagé dans la lutte contre la corruption depuis plus de deux décennies, je ne peux qu’exprimer mon dégoût », dénonce l’activiste politique, par ailleurs militant des droits de l’homme.

Dans la foulée, des hommes politiques avaient pris leur plume pour dénoncer ce fléau de la corruption devenu presqu’endémique au Cameroun. Le président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (Mrc), le Professeur Maurice Kamto, par exemple, avait exigé « un audit général et indépendant, de tout le circuit de production, vente, impodation et stockage des produits pétroliers au Cameroun ».

Une filière qui, en 2018, représentait un peu plus de 3% dg Produit intérieur brut (Pib), et dont dépendent 41 % des exportations nationales. Les prétentions de la classe politique camerounaise sont d’autant plus fondées que Glencore Pic a promis de payer des amendes allant jusqu’à 934 162 500 000 FCFA pour le tort qu’il a fait subir à des Etats.

Mais l’Etat du gouvernement, comme la plupart des autres pays de l’Afrique subsaharienne cités dans cette affaire, n’a jusqu’ici pas manifesté le moindre intérêt quant à d’éventuelles réparations des préjudices que lui ont causés Glencore Pic. et des fonctionnaires véreux de la Snh et de la Sonara, bénéficiaires de la corruption et de pots-de-vin versés par la multinationale anglo- suisse.

Le gouvernement va-t-il céder aux vœux exprimés par les députés Joshua Osiha et Cabrai Libii ou encore par le Professeur Maurice Kamto ? Va-t-il enfin mettre sur pied une enquête parlementaire pour évaluer l’ampleur de la corruption dans le secteur pétrolier au Cameroun et faire payer la note salée aux auteurs de ces actes répréhensibles ? Seul l’avenir nous le dira.

Le Jour

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