Camerounactuel

“70% des détenus ne sont pas jugés”

Me Hyppolite Meli, avocat au Barreau du Cameroun fait un décryptage de la mesure prise hier par Paul Biya.

Sur la forme, les juristes ont beaucoup à dire de l’absence du Visa du Conseil Supérieur de la Magistrature qui n’a pas siégé. Ce décret rentre en principe dans la catégorie des actes discrétionnaires du Prince qui n’appellent pas en réalité des commentaires.

Le président de la République est le seul à décliner les motifs qui guident son action. Il peut ainsi ne rien dire. Le contexte de ce décret suscite quelques points d’interrogations chez le citoyen ordinaire. Le président de la République est -il au courant de la pandémie créée par le Covid 19.

Sur son territoire ? Est-il au courant des appels publics de la Communauté internationale au sujet des dispositions spéciales à prendre pour les personnes incarcérées ? Le contenu du décret ne nous permet pas de l’affirmer de manière péremptoire, bien que ce texte intervienne en pleine guerre sanitaire. Est-il au courant des chiffres réels de sa population carcérale ?

Il aurait fait mieux s’il se souciait du sort de cette population doublement vulnérable. Il l’aurait fait s’il pouvait imaginer que son décret n’affecte que 1/30 de la population carcérale dans la mesure où 70% de cette population est composée des cas de détentions préventives.

Il est vrai qu’il ne peut entraver la justice actuellement en cours pour les cas des personnes non encore définitivement jugées qui se trouvent entre les mains des structures de privation de liberté de l’Etat. On se serait attendu plutôt à un acte exceptionnel d’humanité présidentielle envers les 70% de cette population carcérale.

Je ne pense pas qu’une personne douée de bon sens puisse critiquer un acte présidentiel qui allège les souffrances. Beaucoup des prisonniers poursuivis dans le cadre des détournements des deniers publics et les prisonniers de la crise anglophone se retrouvent malheureusement dans les 70% des prisonniers concernés.

Source: Le Jour

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