Le conseiller juridique camerounais de la Cour pénale internationale, le chef Charles Taku, a regretté l’implication des chefs traditionnels des régions anglophones en difficulté dans l’approbation de la candidature de Paul Biya, 91 ans, pour un nouveau mandat.
Charles Taku soutient que leur implication dans l’approbation de Biya porte atteinte au caractère sacré de la chefferie dans les régions anglophones.
Il a également soutenu que cela va à l’encontre de l’objectif d’un « statut spécial » que le gouvernement a accordé aux deux régions en 2019, reconnaissant le caractère sacré de leurs institutions traditionnelles.
Sa réaction est intervenue après que quelque 200 chefs traditionnels du Cameroun se soient réunis à Yaoundé le 27 janvier 2025, après quoi 12 chefs, dont trois des régions anglophones, ont signé une déclaration approuvant la candidature de Paul Biya aux élections présidentielles de cette année.
La décision a suscité des réactions sur la neutralité politique des chefs traditionnels au Cameroun.
Le chef Taku considère cette approbation d’un point de vue juridique. Pour lui, la réunion des chefs traditionnels, présidée par le ministre de l’Administration territoriale, « a exposé le caractère facétieux du Statut spécial » et de la Chambre des chefs, qu’il a décrit comme une « mascarade en insignes royaux ».
Le Statut spécial et la Chambre des chefs dont il a parlé sont uniques aux régions anglophones touchées par le conflit, anciennement le Cameroun méridional.
Ces régions, qui sont prises dans un conflit armé séparatiste depuis 2017, ont reçu un « statut spécial » après un dialogue national de 2019 qui s’est tenu pour résoudre le conflit en cours.
« Le Statut spécial a été présenté comme un « organe délibératif » comprenant des « assemblées régionales » composées de « représentants divisionnaires » et de la Chambre des chefs dans l’enclave captive du génocide pour symboliser et souligner son identité distinctive d’esclave », a rappelé le chef Charles Taku.
La Chambre des chefs, a-t-il ajouté, tire son existence, sa légitimité et son statut spécial de la loi de décembre 2019 instituant le code général des collectivités régionales et locales.
Compte tenu du statut spécial des régions anglophones, le chef Taku soutient que les chefs anglophones auraient dû rester « spéciaux » en s’abstenant de soutenir Paul Biya. Mais leur implication dans son soutien, a-t-il soutenu, a mis en échec le statut spécial dont ils jouissent.
Le soutien des chefs anglophones à Biya est « incompatible avec les valeurs culturelles et institutionnelles du Cameroun méridional et son identité juridique internationale ».
Il a ajouté : « Cela va à l’encontre de son soi-disant statut spécial et de ses objectifs organisationnels énoncés dans sa loi d’habilitation ».
« Capture de la chefferie par l’État »
Le chef Taku a observé que le soutien des chefs traditionnels à Paul Biya impliquait une « capture de l’État de l’institution de la chefferie et sa transformation en un outil de propagande pour la perpétuation du régime impérial dans le NOSO ».
Il a déploré que les chefs traditionnels anglophones, qui imposaient auparavant le respect de leur neutralité politique et de leur engagement en faveur de la justice, aient compromis ces valeurs.
« Les véritables chefs du Cameroun méridional qui se sont engagés à être différents de leurs pairs corrompus et qui ont fait le choix d’être de véritables gardiens de nos cultures et de nos traditions ; libérateurs des consciences de notre humanité, de nos liens ancestraux de liberté, de justice pour les morts, pour les vivants, pour les enfants à naître ; de la paix et du caractère sacré de la vie, de la moralité des valeurs spirituelles, de notre survie individuelle et collective dans un environnement mondial en guerre avec son âme, se lèveront-ils maintenant et seront-ils comptés ? » a-t-il déclaré.
- CAN 2025 : le Sénégal à 90 minutes d’un deuxième titre continental - 16 janvier 2026
- Drame de Gidado : le SDF parle de crime contre l’humanité - 15 janvier 2026
- CAN Féminine 2026 : le Cameroun dans le groupe de la mort - 15 janvier 2026







