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Prison centrale de Yaoundé: les prisonniers craignent la contamination au Covid-19

Des prisonniers pleurent l’absence des mesures de lutte contre la propagation de cette pandémie et font savoir qu’une centaine de personnes seraient déjà contaminées.

La prison centrale de Kondengui a des allures d’une pétaudière en ces temps où le Coronavirus impose son diktat au Cameroun. Parler d’un risque de soulèvement serait un doux euphémisme. Depuis le week-end dernier, le tristement célèbre pénitencier est à la une des alertes sur les réseaux sociaux.

Si au départ, beaucoup ont cru à des fake news visant simplement à faire le buzz, la psychose qui a gagné les rangs des pensionnaires doublées des informations diffusées par des sources internes, ont finalement contraint l’opinion publique à prendre très au sérieux cette situation. Hier, des informations parvenues à notre rédaction faisaient état de ce que les prisonniers suspecteraient la présence du Covid-19 dans le pénitencier.

«Prison de Kondengui en ébullition. Les détenus exigent une réponse s’agissant des 3 morts enregistrés cette nuit», a formulé l’activiste David Eboutou sur sa page Facebook. La même information a été relayée par le directeur de publication du très serieux hebdomadaire Kalara, Christophe Bobiokono : « En ce moment, début de soulèvement à la prison centrale de Kondengui.

Motif : présence suspectée du Covid-19 dans le pénitencier». Suffisant pour accorder du crédit à ces alertes pour lesquelles le gouvernement a été interpellé plusieurs fois depuis que les cas des personnes infectées s’amoncellent au fil des semaines.

Même si les pouvoirs publics, afin de décongestionner la prison en surpopulation et éliminer les risques de contamination ont transféré certains pensionnaires dans les prisons de Yoko, Ndikinimeki et Bafia, les risques de propagation du virus n’en sont pas pour autant écartés.

L’alerte de Human rights watch

« Nous ici c’est la peur au ventre. Il y a déjà des prisonniers contaminés au covid-19 dans la prison centrale de Kondengui. Aucune disposition n’est prise par l’Etat et l’administration pénitentiaire pour épargner les détenus. Pas de masques ; pas désinfectant ; pas de solution hydroalcoolique.

Nous sommes mort, s’il te plaît il faut en parler c’est urgent. L’infirmerie de la prison est pleine à craquer au point où je crains une émeute. J’entends même déjà des cris », confie un prisonnier en larmes. A en croire les confidences certains prisonniers, leurs camarades incarcérés développent des symptômes communément liés au Coronavirus.

« Certains prisonniers présentent des symptômes suivants : écoulement nasale ; toux sèche ; violente fièvre et mal thoracique », décrit-elle. La source précise par ailleurs que l’infirmerie de la prison est bondée d’autres prisonniers avec les mêmes symptômes. Mais, le personnel sanitaire parle plutôt de paludisme.

C’est dans ce sillage que la sous-direction de la santé pénitentiaire a lancé une campagne de dépistage des prisonniers à la prison centrale de Kondengui hier lundi 13 avril 2020, sous forte surveillance policière.

Exprimant leur crainte, les détenus de la prison de Kondengui à Yaoundé disent qu’une transmission potentielle du virus aux gardiens et autres détenus de rétablissement sera désastreuse. Il y a quelques jours, un groupe international de défense des droits humains, Human rights watch, a appelé à de meilleures conditions pour les detenus.

Citant la prison centrale de Yaoundé, il indique que l’établissement « détient actuellement environ 5 000 personnes 5 fois sa capacité – dont la majorité sont en détention provisoire ». « Les autres prisons ne valent pas mieux. La prison de Maroua, dans la région de l’Extrême-Nord, a été construite pour 350 personnes mais en détient actuellement plus de 1 470, dont 70% sont en attente de jugement.

La prison centrale de Buea, dans la région du Sud-Ouest en difficulté, a été construite pour 700 personnes, mais en détient actuellement plus de 2 000 toujours avec la majorité en détention provisoire », a-t-il ajouté. Le gouvernement est resté silencieux depuis, même si certains détenus ont affirmé que l’un des leurs avait contracté le virus.

Le Cameroun en spectateur

Dans la même veine, Michelle Bachelet, haute commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, demande la libération de toute personne détenue y compris les prisonniers politiques afin de limiter les risques de propagation du coronavirus à travers le monde. Le Niger, l’Ethiopie et l’Afrique du Sud ont appliqué la recommandation.

Selon la carte sanitaire des pénitenciers camerounais, un médecin y couvre une population de 1 383 détenus. L’apparition du coronavirus fait donc de ces etablissements des espaces de propagation propices, d’autant que certains gestes barrières prévus dans le plan de lutte du gouvernement ne peuvent y être pris en compte. C’est le cas de l’usage du gel hydroalcoolique, interdit en milieu carcéral car contenant de l’alcool.

La prison ne dispose d’aucun kit de test. Afin d’éviter que la pandémie de Covid-19 ne fasse des « ravages » dans les prisons surpeuplées, Michelle Bachelet a exhorté la semaine dernière « les gouvernements et les autorités compétentes à travailler rapidement pour réduire le nombre de personnes en détention ».

La Haut-Commissaire aux droits de l’homme de l’Onu a suggéré de libérer par exemple « les détenus les plus âgés et ceux malades, ainsi que les délinquants présentant un risque faible ». C’est dans ce cadre que le président nigérien Issoufou Mahamadou a annoncé vendredi (27.03.2020) la remise gracieuse des peines pour 1.540 détenus. Pour bénéficier de cette mesure de clémence, trois critères ont été retenus : les personnes âgées, les cas de maladies chroniques et tous les prisonniers qui ont moins de neuf mois à purger.

Contrairement au Niger, les autorités camerounaises n’ont pas encore mis en œuvre la recommandation de l’Onu de désengorger les prisons pour prévenir la contamination des détenus. Ce que regrette maître Alice Nkom, avocate.

« J’ai pris la peine de dire que les lieux de confinement institutionnels et obligatoires, comme les prisons, peuvent être des foyers très dangereux de contamination et qu’il fallait surtout essayer de les désengorger en libérant les gens qui sont là-bas au titre d’une détention provisoire, qui ne sont pas encore jugés et qui bénéficient encore de la présomption d’innocence. Il y en a beaucoup. Mais je pense que chez nous, ce sont des recommandations qui vont rester lettre-morte ».

Potentiels mouroirs

Alertés sur cette situation préoccupante, les membres de la commission des droits de l’homme et des libertés de l’ordre des avocats se sont réunis le 26 mars pour tenter d’y apporter des solutions.

« Nos prisons sont de potentiels mouroirs. Nous devons tout faire pour que le pire n’arrive pas », s’est alarmé le président de la commission, Me Christian Daniel Bissou. « Le gouvernement doit prendre des mesures urgentes, comme la libération de certains prévenus, des personnes à risque (femmes enceintes, personnes âgées) qui se trouvent en fin de peine. Il faut un désengorgeaient total des prisons », a-t-il plaidé.

« Nous allons introduire des demandes de mise en liberté pour les détenus, motivées par une nécessité absolue de préserver l’ordre public sanitaire », a-t-il ajouté. Les recommandations des avocats du barreau camerounais ont été transmises jeudi, 26 mars au ministre de la Justice, Laurent Esso.

« Nous nous devons de les appliquer, sinon nous pourrons le regretter », a averti Daniel Bissou. A coup sûr, le bénéfice politique et social de la mise en œuvre de cette recommandation onusienne de bon sens serait élevé.

Le pays appréciera la libération des personnalités politiques et de hauts cadres condamnés depuis de longues années ( 5 à 15 ans déjà) à de lourdes peines parfois sans justification évidente des charges, et la mise en œuvre en la circonstance des résolutions du Grand dialogue national (Gdn) en libérant tous les prisonniers de la crise anglophone.

Les prisonniers en fin de peine, déjà corvéables, et les prévenus jetés en prison pour de larcins (vols de portables ou des aliments et autres peccadilles) peuvent aussi bénéficier de l’élargissement pour dégonfler les prisons parmi les plus surpeuplées au monde comme Kondengui et New-Bell.

Dans ces prisons où la panique serait totale et le chaos inévitable dès le diagnostic d’un seul cas d’infection au Coronavirus, il vaudrait mieux anticiper en procédant dès maintenant au désengorgement.

Source: Le Messager

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