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Le crédit n’a de scolaire que son nom !

L’année scolaire 2022-2023 a commencé ce matin au Cameroun. Des compatriotes l’ont financée au moyen des crédits scolaires. Ils se sont installés dans la conversation nationale de manière ostentatoire, constate le Petit dictionnaire sonore du français au Cameroun. Crédits scolaires entre opportunités et enjeux, la chronique du vivre-ensemble linguistique de Télesphore Mba Bizo essaie de justifier l’invasion dudit produit bancaire dans les usagers langagiers des rentrées de classe.

L’école semble ne plus se financer au comptant. La scolarité se paie désormais à crédit. Les établissements financiers l’ont compris. Ils octroient des crédits scolaires aux parents. Mais tous ne sont pourtant pas parents d’élèves. Le certificat de scolarité ne fait même pas partie des documents à fournir pour accéder à cet argent. Les tracasseries procédurières se dissipent d’elles-mêmes.

Les Camerounais se redécouvrent solvables et crédibles. Le renouvellement du crédit en question n’est conditionné d’aucun suivi scolaire. Même le parent d’un enfant déscolarisé peut aussi en profiter. La contrainte de l’avaliste est levée. Même le conjoint n’a pas besoin d’être mis au courant. Le crédit scolaire sourit aussi aux retraités. Il finance donc l’école de manière facultative. Les parents et les banquiers, pour une fois, sont d’intelligence.

Il s’agit en réalité d’un crédit ordinaire. C’est une opportunité de mobilisation de fonds. L’argent sert d’autres urgences. Il peut s’agir d’un mariage, d’un voyage ou de la construction d’une maison. C’est un produit bancaire charmant. Ce crédit rapide exige à peine la production de trois à quatre documents. Le compte bénéficiaire est approvisionné dans des délais éclairs. La dette se rembourse en moins de 12 mois.

Elle est contractable même si d’autres traites sont en cours. Ce crédit quasi cadeau prend le dessus sur les autres produits d’endettement bancaires. Les comités de crédits au sein des établissements bancaires se félicitent de recycler des sommes d’argent considérables à une échéance annuelle. Les usagers se plaisent à s’endetter dans un calendrier qui n’enjambe pas un 13è mois. Payer ses dettes est un acte d’enrichissement.

C’est tout le contraire du crédit construction. Il peut s’étaler sur 20 ans. Le crédit ameublement est plus sobre dans la consommation du temps. 24, 36 ou 48 mensualités, soit deux, trois ou quatre ans d’austérité. Le volet inédit du crédit scolaire est cette adaptation à la société camerounaise. Le prétexte de l’école parle à la majorité. Il permet aux parents de s’afficher. L’école est un ascenseur social.

Elle fabrique des destins qui sont pourtant incertains au départ. Financer l’école permet aussi de se donner une bonne conscience. C’est un acte de parenté responsable. La ruée vers le crédit scolaire participe aussi de la ruse. Presque chacun joue les victimes d’une vie toujours plus chère. Solliciter le crédit scolaire donne à beaucoup de démontrer qu’ils subissent la période de soudure.

Par conséquent, sonder leur générosité devient détestable. La désignation du produit a évolué. Il s’agit désormais du crédit scolaire et universitaire. Mais l’opinion tarde à adopter l’ajout dit universitaire. Le public se montre plutôt conservateur. Le crédit sauveur, « school fee loan » à Buéa et à Bamenda, n’a donc de scolaire que la période des rentrées de classe.

Télesphore Mba Bizo
Texte diffusé le 5 septembre, jour de rentrée, au Poste national.

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