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Génocide au Cameroun : la France refuse de demander pardon

Le président français conditionne la reconnaissance des crimes à un travail conjoint de fouille d’archives dont les résultats sont envisageables sur des années encore.

«Sur ce qui est de notre passé commun, nous avons ce passé; il a des pages glorieuses, heureuses, de construction commune; il a contribué à fier tant de destins, c’est une chance. Mais ii a aussi eu des moments douloureux, tragiques».

Ainsi, Emanuel Macron a répondu à Georges Alain Boyomo, journaliste au quotidien privé camerounais Mutations. Au sujet de la question sur le contentieux historique entre le Cameroun et la France, notamment les crimes commis dans le cadre de la conquête de l’indépendance du Cameroun sous tutelle française.

Mais même si le président français reconnaît des événements «douloureux» et «tragiques», l’homme n’est pas encore prêt à reconnaître le rôle de son pays dans les massacres de Camerounais pendant la lutte d’indépendance. Les ayants-droits des Ruben Um Nyobe, Ernest Ouandie, Ossende Afana, Félix Moumié,… n’ont eu droit à aucune once de repentance du dernier successeur de Charles De Gaulle. «C’est aux historiens de faire la lumière sur le passé», croit le leader français.

Et pourtant, «des historiens se sont penchés sur ce passé; ils nous disent qu’un conflit a eu lieu. Le mot guerre est employé…», reconnaît le dirigeant du pays qui conduisit les massacres en pays Bamiléké et Bassa, dans l’ancien protectorat allemand.

Ignorant ou feignant d’ignorer (?) les travaux des historiens, journalistes et autres chercheurs tels Thomas Deltombe et Jacob Tatsitsa; ainsi que les témoignages de tortionnaires des indépendantistes de l’Union des populations du Cameroun (Upc) comme Pierre Mesmer, Haut-commissaire de la France au Cameroun de 1956 à 1958.

Commission conjointe

En clair, le dirigeant français qui était très attendu sur cette page sombre de l’histoire du Cameroun dont son pays contribua à écrire des pages entières, renvoie encore les victimes au calendres grecs.

«Il faut continuer à écrire précisément cette histoire et essayer de l’écrire ensemble», propose-t-il. «C’est pourquoi ce que je souhaite, c’est que nous puissions avoir et lancer ensemble un travail conjoint d’historiens camerounais et français qui pourraient ainsi avoir accès à la totalité de nos archives», martèle-t-il.

«Je prends ici l’engagement solennel d’ouvrir nos archives en totalité à ce groupe d’historiens conjoints qui nous permettront d’éclairer ce passé sur des situations individuelles sur des périodes que vous évoquiez et pour qualifier très précisément les choses», assure Emmanuel Macron.

Parlant de «l’implication de la France, le rôle aussi des autorités camerounaises de l’époque avant et après l’indépendance» sur ces événements au cours desquels «choses se sont mêlées sans doute plus que vous ne l’avez dit, mais avec une gravité et une responsabilité qu’il convient d’établir factuellement», souligne-t-il.

Et d’insister: «L’intégralité des archives françaises seront ouvertes». Proposant par ailleurs d’élargir la commission aux artistes «parce que j’ai été frappé de voir combien des artistes camerounais, binationaux de la diaspora avec comme matrice imaginaire cette période. Et donc je pense aussi qu’il faut leur permettre de travailler ensemble».

En assurant en avoir parlé avec son homologue camerounais Paul Biya qui ne s’est pas prononcé sur la question face à la presse, le président français envisage même déjà « un calendrier de travail à cette commission, pour qu’elle rende ses travaux dans un calendrier approprié et rapproché ».

Mais pas de-là à laisser croire à une échéance proche. Du moins, « on aura suffisamment de temps pour avoir accès à tout ce qui est nécessaire et qu’on puisse scander les prochaines années avec de vraies réalisations et un retour sur ces travaux », éloigne-t-il le terme du projet.

Le Cameroun devra simplement attendre encore longtemps pour espérer voir la France reconnaître ses aimes et surtout les réparer.

La Nouvelle Expression

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