Le secteur de l’éducation au Cameroun, déjà profondément fragilisé par le conflit armé dans les régions anglophones, a été une nouvelle fois endeuillé par la mort tragique d’Amos Vernyuy, un animateur pédagogique de premier plan à la Délégation départementale de l’Éducation de base pour le département du Bui. Amos Vernyuy, originaire de cette région, a été tué par des combattants séparatistes dans la nuit du samedi 28 septembre 2024.
L’annonce de son assassinat brutal a été faite par le Délégué régional de l’Éducation de base du Nord-Ouest dans un message largement diffusé sur les réseaux sociaux. Cet acte a choqué la communauté éducative locale, où Vernyuy était considéré comme une figure respectée et influente.
« Sa mort laisse un vide profond en nous à Kumbo et dans tout le département du Bui », a déclaré l’un de ses collaborateurs sous couvert d’anonymat.
Cet assassinat s’ajoute à une longue liste de violences perpétrées contre les enseignants depuis le début du conflit armé en 2017 dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun. Plus de 500 enseignants ont été directement affectés par ces violences, beaucoup ayant perdu la vie dans l’exercice de leurs fonctions.
Ces actes de violence ont créé un environnement de travail extrêmement difficile pour les éducateurs, qui sont devenus des cibles dans un conflit qui s’intensifie.
L’impact sur les enseignants
Pour beaucoup, l’insécurité dans les régions anglophones a conduit à des décisions radicales. Rose, enseignante dans la région de Ngoketunjia, a abandonné son métier à cause des attaques répétées contre les éducateurs.
« J’ai peur. J’ai appris un métier et je travaille maintenant loin des régions anglophones pour rester en vie et prendre soin de ma famille », a-t-elle confié. Un autre enseignant dans la division de Momo exprime sa douleur : « C’est déchirant de voir que ceux que nous avons éduqués à l’école nous attaquent aujourd’hui. »
Avant 2016, les enseignants avaient exprimé plusieurs doléances auprès du gouvernement, demandant des réformes pour améliorer la gouvernance et les conditions de vie des Camerounais anglophones qui se sentaient marginalisés.
Ces revendications se sont intensifiées, et lorsque les syndicats d’enseignants se sont alliés à l’Association des avocats anglophones, une demande collective pour des réformes est née. Cependant, depuis lors, la situation s’est détériorée, et les attaques ont progressivement pris pour cible la population civile, y compris les enseignants.
Un secteur éducatif dévasté
La crise actuelle a durement frappé le secteur de l’éducation, avec des milliers d’élèves toujours privés d’école. Dans la seule région du Nord-Ouest, sur plus de 500 établissements scolaires, seuls 300 fonctionnent encore. Les attaques répétées contre les enseignants ont conduit à un abandon massif de leur poste, aggravant ainsi une situation déjà critique.
Les autorités camerounaises ont fermement condamné ces atrocités, y compris le meurtre d’Amos Vernyuy, et continuent de plaider pour un retour au calme. Cependant, la population réclame non seulement la justice pour les victimes, mais aussi une résolution rapide et durable du conflit, afin que la paix puisse être rétablie et que le secteur de l’éducation puisse se reconstruire.
Le meurtre de Vernyuy souligne une fois de plus la nécessité urgente de mettre fin aux hostilités qui continuent de dévaster les communautés et de compromettre l’avenir de toute une génération.







