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Cameroun : nouveau scandale autour des primes des Lions indomptables

La fuite du montant des rémunérations versées aux joueurs, au staff technique et à l’encadrement de la sélection nationale pour la qualification à la Coupe du Monde 2022 n’en finit pas de provoquer la polémique.

Le football camerounais a toujours su se réinventer. La preuve : pendant des années, il faisait essentiellement parler de lui pour des affaires de primes non versées ou détournées, et de préférence avant – et même pendant, sens du spectacle oblige – une grande compétition, comme la Coupe du Monde ou la CAN.

Les journalistes chargés de suivre l’actualité des Lions indomptables se souviennent encore des innombrables crises de nerfs et prises de tête entre les joueurs, leur fédération et le gouvernement chargé de payer les primes, des menaces de grèves, des palabres qui s’éternisent jusqu’au bout de la nuit, et des porteurs de valises envoyés par Yaoundé afin d’apaiser les conflits.

Un total de 807 000 euros

Cette fois-ci, alors que tout avait été négocié dans les règles de l’art entre toutes les parties concernées, et que le montant des primes devait être gardé secret, celui-ci a –opportunément ? – fuité sur les réseaux sociaux. On y apprend ainsi que Rigobert Song, le sélectionneur, a empoché 31 175 euros, et ses quatre adjoints (Sébastien Migné, Augustine Simo, Souleymanou Hamidou, Raphaël Fèvre) 19 000 euros chacun. Soit autant que la prime accordée à chacun des 27 joueurs retenus pour la double confrontation avec l’Algérie (0-1, 2-1) en mars dernier et au médecin de l’équipe. Bill Tchato, l’ancien international, a pour sa part touché un peu moins : son compte en banque a été crédité de 17 580 €.

Raymond Kalla, « team manager », a de son côté été gratifié de 14 900 €, un peu plus que l’analyste vidéo (12 185 €), le kinésithérapeute (10 150 €), les deux agents de sécurité, l’officier de presse et les deux intendants en charge du matériel (9 480 €). Enfin, tout en bas du document qui n’aurait jamais dû se retrouver sur les réseaux sociaux, une prime de présence, attribuée à deux personnes à ce jour non identifiées, et d’un montant total de 29 100 €. Au final, la qualification des Lions indomptables aura coûté 807 630 € au budget de l’État.

La divulgation de ce document a évidemment produit son petit effet. La Fédération camerounaise de football (Fecafoot) a rapidement publié un communiqué pour déplorer la fuite d’un document dont le seul ministère des Sports devait être le destinataire. Certains Camerounais y voient la main du pouvoir politique, lequel aurait fort peu goûté la spectaculaire sortie de Samuel Eto’o, président de la Fecafoot, le 9 juin dernier après la victoire face au Burundi (1-0) à Dar es Salaam, lors des qualifications pour la CAN 2023.

« Son discours dans le vestiaire était prémédité, puisqu’il portait un micro-cravate. Et il n’y a pas une seule fois fait référence au rôle de l’État auprès des Lions. Je peux vous assurer que cela a déplu à une partie des responsables politiques, souffle un proche de la sélection. Ici, beaucoup de gens pensent que cette fuite a été organisée par le milieu politique. Ceux qui sont à l’origine de ce déballage public ont réussi leur coup : bien rappeler à tout le monde que c’est l’État qui paye, pas la fédération. » Ce scénario n’a rien de farfelu, tant Samuel Eto’o s’est attiré l’inimitié de certains hauts responsables politiques.

Deux bénéficiaires non identifiés

Journaliste à CRTV-Radio, Raphaël Nkoa se fait quant à lui l’écho d’une autre polémique soulevée par la divulgation de ces paiements : « Concernant cette prime de présence, deux bénéficiaires n’ont pas été identifiés. Cela fait parler, les gens cherchent à savoir de qui il s’agit. » Un autre débat porte sur l’utilité des primes perçues par les joueurs camerounais évoluant en Europe, dans le Golfe persique ou aux États-Unis, pour qui ces sommes ne représentent qu’une infime partie de leurs confortables salaires.

Cette question sensible devrait resurgir à l’approche de la Coupe du Monde 2022 au Qatar, puisque la Fifa versera 8,6 millions d’euros à chacune des 32 fédérations concernées. Un montant qui augmentera en fonction du parcours des sélections. Lors de son intervention dans les vestiaires de Dar es Salaam, Eto’o a expliqué aux Lions qu’il ambitionnait de remporter la compétition. Le vainqueur du Mondial devrait empocher 40 millions d’euros, versés par la Fifa. Si le Cameroun parvient à se hisser sur le toit du football mondial, cela promet de joyeuses – et juteuses – négociations.

Jeune Afrique

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