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Cameroun : les recommandations du Grand dialogue national

Du 30 septembre au 4 octobre 2019, à Yaoundé, capitale du pays, le président camerounais Paul Biya avait réuni les leaders politiques et traditionnels de toutes les régions du pays et la société civile lors du Grand Dialogue National, afin de présenter un plan de résolution de la crise anglophone par des moyens pacifiques et durables.

Les participants du dialogue avaient demandé une accélération de la décentralisation et l’octroi d’un statut spécial aux régions anglophones, autant de mesures que le chef de l’Etat a mandaté pour être mises en oeuvre sur le terrain. ils avaient également demandé que la fête nationale du 20 mai soit célébrée dans les régions à tour de rôle.

Ci-dessous, les recommandations du Grand Dialogue National :

Les membres des Commissions se sont accordés sur la méthodologie des travaux et les conclusions sont le reflet de leurs préoccupations et anxiétés et surtout de leur espoir d’un avenir meilleur pour tous les Camerounais.

1- Bilinguisme, diversité culturelle et cohésion sociale

  • Améliorer la pratique du bilinguisme dans toutes les couches de la société par la création et la mise en œuvre des programmes dès la maternelle ;
  • Enraciner la diversité culturelle par une mise en œuvre stricte de l’équilibre régional et un accès équitable aux services publics et aux corps des forces de sécurité ;
  • Elaborer et mettre en œuvre un programme de cours sur la fraternité intercommunautaire, la restauration de la confiance entre communautés et l’engagement civique pour renforcer la cohésion sociale nationale ;
  • Adopter une loi qui prévoit clairement l’utilisation équitable des deux langues officielles dans tous les domaines de la vie nationale ;
  • Développer et codifier les principes du dialogue social, de la cohésion et du vivre ensemble.

2- Système éducatif

  • Veiller à ce que les réformes du secteur de l’éducation intègrent la nécessité de maintenir les deux sous-systèmes éducatifs, de les rendre dynamiques et futuristes, en reconnaissant les forces et les spécificités singulières de chaque sous-système, en s’appuyant sur les forces de chacun pour des diplômés camerounais bien formés et excellents partout où ils se trouvent ;
  • Veiller à ce que les syndicats d’enseignants travaillent en collaboration avec le gouvernement ;
  • Réglementer la prolifération des syndicats d’enseignants et promouvoir une meilleure organisation des syndicats pour assurer une synergie du niveau régional au niveau national.

3- Système judiciaire

  • Traduire tous les instruments juridiques dans les deux langues officielles et assurer leur publication simultanée dans les deux langues officielles ;
  • Tenir compte du critère de la maîtrise préalable de l’anglais et de celle du système juridique de la Common Law lors du déploiement du personnel judiciaire dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest ;
  • Créer une école de droit pour la formation des avocats et de tous les praticiens du droit en général au Cameroun ;
  • Eriger la Section de la Common Law de la Cour suprême du Cameroun en une Chambre à part entière comprenant toutes les sections traitant des questions spécifiques de la Common Law ;
  • Améliorer les mécanismes de coopération juridique afin d’engager des procédures judiciaires pour faire comparaître les personnes qui financent le terrorisme à partir de l’étranger.

4- Retour des réfugiés et des déplacés internes

  • Créer des canaux de communication pour un meilleur déploiement de l’armée et une plus grande liberté de mouvement de la population, et prendre des mesures pour la construction de logements décents en faveur des personnes déplacées ;
  • Prendre des mesures visant à accorder une amnistie générale pour favoriser le retour des réfugiés et des personnes déplacées ;
  • Procéder au recensement de toutes les personnes déplacées et évaluer leurs besoins socio-économiques de base (écoles, établissements de santé, logements…) ;
  • Fournir des « kits de réinstallation et de réintégration » aux réfugiés et aux déplacés internes.

5- Reconstruction et développement des zones touchées par la crise

Afin d’élaborer un vaste programme de rétablissement, de reconstruction et de développement des régions du Nord-ouest, Sud-ouest et de l’Extrême-nord, visant à améliorer les conditions de vie des populations et à renforcer la cohésion sociale et l’unité nationale, les recommandations suivantes ont été formulées :

  • La reprise immédiate des projets qui ont été suspendus au cours des trois dernières années en raison de la crise dans les régions du Nord-ouest et Sud-ouest, tels que les routes Babadjou-Bamenda, Loum-Tombel-Kumba, Mundemba-Akwa, etc. ;
  • La réhabilitation des installations et des infrastructures publiques détruites ou rendues obsolètes du fait de leur inutilisation en raison de la crise, en particulier dans les secteurs de l’éducation, de la santé, des transports, de l’énergie, de l’eau et des communications ;
  • La reconstruction des infrastructures économiques prioritaires pour soutenir ou relancer les systèmes de production par la remise en service des entreprises publiques agro-industrielles dans les régions touchées (CDC, PAMOL, UNVDA, SEMRY, SODECOTON) ;
  • L’indemnisation des particuliers, des congrégations religieuses, des palais des chefs, des communautés et des unités privées de production et de prestation de services au titre des pertes subies, et la mise en place des programmes d’assistance sociale directe aux victimes ;
  • La création volontariste d’emplois durables pour les jeunes et les femmes, en particulier dans les régions touchées par la crise.

6- Désarmement, démobilisation et réintégration des ex-combattants

  • Elaborer et mettre en œuvre une stratégie holistique de communication qui met l’accent sur l’offre de paix que le chef de l’Etat, Son Excellence Paul Biya a voulu offrir aux jeunes combattants ;
  • Etablir des ponts entre ces jeunes, le CNDDR et les Forces de défense et de Sécurité, mettre fin à la production des armes de fabrication artisanale et renforcer la lutte contre la prolifération d’armes légères ;
  • Envisager la prise en charge des jeunes aussi bien aux plans spirituel, psychique que physique à travers des programmes de désintoxication suite à la consommation excessive de stupéfiants et à un endoctrinement intensif par certains membres de la diaspora ;
  • Intégrer l’aspect Réduction de la Violence Communautaire dans le programme DDR.

7- Rôle de la diaspora dans la crise et contribution de celle-ci au développement du Cameroun

  • Réformer le Code de la nationalité pour l’adoption de la double nationalité ou des nationalités multiples ;
  • Adopter le principe de la représentation de la diaspora aux niveaux parlementaire et gouvernemental (un ministère dédié à la diaspora) ;
  • Créer un haut Conseil de la diaspora dans les pays d’accueil avec des dirigeants élus, la qualité de membre étant conditionnée par la possession d’une carte consulaire ;
  • Désigner une équipe chargée de prendre langue avec les membres radicalisés de notre diaspora et ;
  • Créer une agence transnationale d’investissement et de développement pour la diaspora.

8- Décentralisation et développement local

  • Accorder aux régions du Nord-ouest et du Sud-ouest un statut spécial conformément à l’article 62 alinéa 2 de la Constitution qui stipule que la loi peut prendre en considération les spécificités de certaines régions en ce qui concerne leur organisation et leur fonctionnement ;
  • Mettre effectivement en place les régions dans les meilleurs délais ;
  • Verser une allocation spéciale à chaque municipalité du Nord-ouest et du Sud-ouest pour faciliter la reprise effective des activités dans certaines localités ;
  • Supprimer la disposition relative à la nomination des délégués du gouvernement au titre du régime spécial applicable à certaines localités ;
  • Réduire substantiellement les prérogatives de l’autorité de tutelle.
  • Pour renforcer l’autonomie financière des collectivités locales, la Commission a recommandé :
  • d’appliquer effectivement l’article 23 alinéa 2 de la loi portant orientation de la décentralisation qui stipule que la loi de finances fixe , sur proposition du gouvernement, la fraction des recettes de l’Etat affectée à la dotation générale de la Décentralisation. A cet égard, les participants ont proposé qu’un pourcentage de 10 à 15% du budget de l’Etat soit alloué aux collectivités territoriales décentralisées,
  • de supprimer le principe du guichet unique du Trésor qui retarde le transfert effectif des fonds aux autorités locales.

Il convient de relever que certaines recommandations méritent de faire l’objet d’un traitement spécifique. Il s’agit notamment des recommandations visant à :

  • Accorder un statut spécial aux régions du Nord-ouest et Sud-ouest, conformément à l’article 62 alinéa 2 de la Constitution ;
  • Prendre des mesures spécifiques pour assurer un statut égal au français et à l’anglais dans tous les aspects de la vie nationale ;
  • Renforcer l’autonomie des collectivités territoriales décentralisées ;
  • Améliorer les infrastructures des services judiciaires dans tout le pays ;
  • Renforcer le programme d’assistance humanitaire afin de mieux satisfaire les besoins des déplacés internes ;
  • Mettre en place un plan spécial de reconstruction en faveur des zones touchées par la crise ;
  • Diffuser largement l’offre d’amnistie faite par le chef de l’Etat aux combattants qui déposent les armes et s’insèrent dans le processus de réintégration ; et,
  • Désigner une équipe chargée de prendre langue avec les membres radicalisés de notre diaspora.

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