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Performances : vers la disparition de Camtel

Camtel

Au sein du gouvernement camerounais, un comité interministériel a travaillé à l’amélioration des performances de la Cameroon Telecommunications (Camtel), l’opérateur public des télécommunications, dans ce secteur d’activité très dynamique depuis de longues années. C’est du moins ce qu’a révélé le ministre des Finances, le   15 novembre 2023, aux membres de la commission des finances et du budget de l’Assemblée nationale, lors de la défense du projet de loi de règlement de l’Etat du Cameroun pour l’année 2022. Selon le propos de Louis Paul Motazé, l’on s’achemine vers la transformation du mastodonte public des télécommunications en une holding, qui va chapeauter trois entreprises distinctes.

« Évoquant le faible niveau de compétitivité de Camtel, au regard du dynamisme observé dans le secteur des télécommunications, le ministre des Finances a reconnu que le rendement de cette société n’est pas à la hauteur des attentes. C’est la raison pour laquelle un comité interministériel a siégé à l’effet d’examiner les contours de la restructuration de cette entreprise. La réflexion est en cours au sein du gouvernement pour relever ses performances. En perspective, il est envisagé que cette entreprise soit transformée en holding composée de trois entités », révèle le rapport des travaux de la Commission des finances et du budget, dont EcoMatin a pu obtenir la mouture.

En d’autres termes, cette entreprise, qui exploite aujourd’hui à la fois un réseau de transport des communications électroniques, des réseaux de communications fixes et des réseaux mobiles devrait être éclatée.

L’opérateur historique des télécommunications au Cameroun deviendrait, dans ce cas, un groupe chapeauté par une maison-mère, qui pourrait garder la dénomination actuelle. Mais, ce groupe sera doté de trois filiales, dont le capital pourrait être ouvert à d’autres actionnaires aux côtés de l’Etat.

Les activités actuelles de Camtel, consécutives à l’attribution de trois licences distinctes à cette entreprise en 2020, dont l’une en régulation sur la téléphonie filaire, permettent d’envisager ce à quoi ces trois entités pourraient être dédiées. Il s’agit notamment du transport des communications électroniques, qui incomberait alors à l’une des filiales, tandis que les deux autres devraient gérer la licence de téléphonie mobile, d’une part, et celle du téléphone fixe, d’autre part.

Ce scénario, s’il est finalement validé par les autorités publiques compétentes, s’écarte complètement de celui envisagé depuis l’année 2009, avec l’éclatement de Camtel en deux entités, avec d’un côté un gestionnaire des services des télécommunications, et de l’autre une entreprise de patrimoine, baptisée à l’époque Société des infrastructures des télécommunications du Cameroun (Sitelcam).

Mais, les dissensions apparues au sein du gouvernement n’avaient pas permis de mettre en œuvre cette réforme, qui s’apparente à ce qui fut implémenté dans le secteur de l’eau potable. Avec la société de patrimoine Camwater, d’un côté, et la Camerounaise des eaux (CDE), de l’autre, avant le rétropédalage effectué en 2018, suite à la disparition de la CDE et la reprise de ses activités par Camwater.

La pression du FMI

Au demeurant, la seule transformation de Camtel en une holding à trois filiales suffira-t-elle pour rendre cette entreprise publique plus compétitive ? Il est permis d’en douter, au regard de la gouvernance actuelle des sociétés d’Etat, devenues des gouffres à sous pour l’Etat (distribution des subventions), peu portées vers la performance et produisant pour la plupart « de piètres résultats », selon le Fonds monétaire international (FMI).

« Concernant les actions projetées pour améliorer significativement le niveau de performance des entreprises et établissements publics, le ministre des Finances a indiqué la nécessité pour le gouvernement de redéfinir le mode de désignation des dirigeants et des membres de conseils d’administration, qui devrait tenir compte de la performance et de la compétitivité recherchées par ces entités publiques. De même, les ministères de tutelle doivent remplir leurs attributions et laisser aux décideurs une certaine autonomie dans la gestion des entités publiques dont ils ont la charge », souligne le rapport de la Commission des finances et du budget de l’Assemblée nationale, résumant le propos du ministre Motazé lors de son passage devant ladite commission, le 15 novembre 2023, pour la défense du projet de loi de règlement 2022.

Ces ambitions gouvernementales pour les établissements et entreprises publics pourraient être transcrites dans les contrats de performance que l’Etat envisage de conclure avec ses sociétés, dans le cadre du programme économique et financier en cours avec le FMI. Selon une liste révélée par l’institution de Bretton Woods, Camtel fait partie, avec la Cicam, Camair Co et le Port autonome de Douala (PAD), de la première vague de ces entreprises publiques que le Cameroun a décidé de mettre sous contrat de performance. Mais, cette mise sous contrat de performance, annoncée pour novembre 2023, tarde encore à se matérialiser.

En attendant, le mammouth des télécommunications au Cameroun, qui loue la fibre optique aux autres opérateurs, continue à ne pas tenir son rang dans le secteur en termes de compétitivité, malgré des résultats positifs enregistrés. Au terme de l’exercice 2021, par exemple, Camtel annonce un résultat net positif de 7,2 milliards FCfa, en légère baisse par rapport aux 7,3 milliards Fcfa de 2020.

Ce recul de 1,4% peut s’expliquer par la baisse de 3,4% du chiffre d’affaires de l’entreprise, passant de 156,5 milliards Fcfa en 2020 à 151,09 milliards de Fcfa en 2021 ; couplée à une augmentation des charges d’impôts. En effet, selon les chiffres de l’entreprise, Camtel a payé des impôts pour 7,4 milliards de Fcfa en 2021, contre 2,9 milliards au cours de l’exercice 2020. Ce qui a contribué à réduire son résultat net bénéficiaire.

Cependant, le résultat d’exploitation, qui permet de juger de la rentabilité des entreprises, a connu une baisse substantielle de 10 milliards Fcfa au cours de l’exercice 2021. Il a atteint seulement 17,6 milliards Fcfa, après 27,1 milliards Fcfa en 2020. L’on se souvient que cette année a été notamment marquée par la pandémie du coronavirus dans le monde, qui avait eu pour conséquence une explosion de l’utilisation des outils des télécommunications comme le téléphone et, surtout, l’internet.

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