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Le Cameroun sous la menace d’une crise alimentaire

Selon Bernard Njonga, expert du monde rural, si rien n’est fait pour activer la production agricole locale, le Corona virus conduira le pays vers une crise alimentaire plus virulente que le virus lui-même.

Personne ne peut à ce jour prédire du choc économique que pourrait induire l’actuelle crise sanitaire provoquée par le virus du Covid 19. Les figures les plus optimistes anticipent déjà une croissance nulle pour 2020 dans un pays comme le Cameroun encore tributaire d’une économie fortement extravertie. D’autres questions de survie interpellent.

Le Cameroun pourra-t-il supporter le choc d’une crise alimentaire? La réponse que fait Bernard Njonga, expert agricole et Président du CRAC (Croire au Cameroun) est des plus préoccupante : « Au Cameroun, les stocks de réserve n’existent nulle part. Si oui, ceux constitués par les importateurs pour les fins spéculatives, aux dépens non seulement des productions locales et de la sécurité alimentaires, mais aussi du pouvoir d’achat des populations. Il faut le dire pour le regretter, cette situation régulièrement décriée par la société civile est malheureusement soutenue par les pouvoirs publics qui vont jusqu’à accorder des facilités fiscales et administratives aux importateurs. Des coopératives en faillite à l’instar de l’UCCAO à Bafoussam qui après avoir mis la clef sous le paillasson, ont rais leurs magasins à la disposition des importateurs de denrées. »

Pour éviter la pénurie alimentaire, les états font généralement appel aux stocks de vivres qui ont été constitués soit au niveau des coopératives, des collectivités, des distributeurs, des exportateurs ou encore au niveau des industries agroalimentaires. Ces stocks sont constitués des produits du terroir et non des produits importés.

Ces stocks sont connus en termes de lieu de stockage, de qualité et quantité et sont rapidement mobilisables pour alimenter les marchés en rupture de stocks où qu’ils se trouvent et ceci sans aucune spéculation. Ce sont ces réserves qui manquent cruellement et qui pourraient faire le lit des spéculations massives issues des importations.

« Dans la frénésie de l’heure, les importateurs et le Mincommerce sont en première ligne et jouent les acteurs de la scène. Ils sont visibles tant pour contrôler les prix que pour contrôler les stocks. Rien ou presque ne se dit concernant les productions locales. Et pourtant on sait que cette approche basée sur les importations est plus que risquée car ce n’est qu’en contrôlant la production locale qu’on peut contrôler les prix, les quantités ou encore les répartitions », explique Bernard Njonga.

Comme une lueur d’espoir, on constate que les populations prennent de plus en plus conscience des risques que représente le COVID-19. Après cette prise de conscience, ont-elles des solutions qui ne leur soient pas suicidaires?

« 90% de la foule qu’on trouve sur le marché de Mokolo ou dé New Bell par exemple, vivent au jour le jour en cherchant à tirer leur pain quotidien des dynamiques morales ou immorales de ces marchés », rajoute l’expert.

Source: Le Jour

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