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« J’ai été l’un des généraux dans la rue » : les confidences de Issa Tchiroma sur les années de braise au Cameroun

Invité à faire un témoignage samedi dernier à l’occasion du lancement officiel de la fondation Achidi Achu, l’ancien ministre des Transports a donné les raisons qui l’ont poussé à soutenir le pouvoir en 1992.

Le revirement politique d’Issa Tchiroma Bakary ces dernières années a laissé beaucoup pantois. D’opposant virulent au régime de Yaoundé à farouche défenseur du même régime, certains n’ont pas trouvé de mots pour, expliquer ce choix. Pourtant, l’homme politique avait ses raisons.

Invité à faire un témoignage sur la relation qu’il a eu avec l’ancien Premier ministre, Achidi Achu; samedi dernier à Yaoundé, à l’occasion du lancement officiel de « The Achidi Achu Foundation », le membre du gouvernement a plongé l’assistance dans les années de braise et le rôle qu’il avait joué à cette période délicate de l’histoire du Cameroun.

« J’ai connu d’abord le député Achidi Achu. Nous nous sommes retrouvés à l’Assemblée nationale en 1992 », lance d’entrée le ministre très élégant dans sa gandoura de couleur bleu-ciel.

Déterminé à renseigner l’assistance sur une partie peu connue de l’histoire du pays et de son passé d’activiste, il a continué son récit : « J’ai été l’un ‘des activistes que vous avez tous connu. J’ai été l’un des généraux dans la rue. Je continue à revendiquer tout ce que nous avons fait de bien comme de mal. Nous étions persuadés que tout ce que nous faisions était bien. Mais, aux yeux des autres, ça peut être perçu comme mal ; nous l’acceptons ».

Et d’ajouter : « A cette époque-là, nous avons voulu être l’un des acteurs de ceux qui voulaient écrire une nouvelle page de l’histoire de notre nation. Nous étions membres de la coordination des partis politiques de l’opposition. J’ai eu le privilège d’avoir été l’un des pères fondateurs de l’Undp et membre de la coordination. Nous étions convaincus que rien ne pouvait nous bousculer sans savoir que dans l’ombre, il y avait un génie qui nous préparait des coups ».

A l’issue des élections législatives du 1er mars 1992, le Rdpc s’en tire avec 88 sièges, l’Undp obtient 68 sièges, l’Upc décroche 18 sièges et le-Mdr obtient 6 sièges. L’opposition décroche au total 92 députés et le parti au pouvoir 88.

« Achidi Achu me donnait des conseils à l’Assemblée nationale. Il m’aimait beaucoup. Il me demandait de cesser de brûler et de casser et de rejoindre les institutions. Je lui disais que c’est une question de temps. Que nous avons tout pour prendre le pouvoir… C’est donc sur ces entrefaites qu’intervient l’élection présidentielle », renseigne Issa Tchiroma Bakary.

Au terme de ces élections, le Président Biya a eu 39%, le Chairman Fru Ndi a eu 36%, l’Undp de Bello a eu 19%… L’opposition avait la possibilité de remporter si on s’entendait dans une plateforme, a-t-il indiqué.

« Alors que nous nous apprêtions à imposer au président Biya la cohabitation, le président de la République a réussi à désolidariser le Mdr de notre mouvement. Ce qui fait que, 6 députés ont pesé plus haut que les autres partis dès lors qu’il a accepté la coalition avec le parti au pouvoir. Le président du Sdf s’était autoproclamé président de la République à l’issue de l’élection présidentielle. La situation se dégradait à une allure inquiétante ». Le président s’est trouvé obligé de décréter l’Etat d’urgence.

« A ce moment, le président avait la légalité. Mais, il lui manquait la légitimité c’est- à-dire avoir 50% de vote plus une voix. Au sein de l’Undp, nous avons décidé d’entrer en négociation avec le président de la République pour voir dans quelle mesure nous pouvions lui apporter le supplément d’âme pour avoir également la légitimité en plus de la légalité », précise le président du Fnsc.

Cette histoire, a suscité l’attention de tous et surtout des moins jeunes. Les yeux étaient rivés sur le ministre. Il précise d’ailleurs que c’est le Premier ministre Simon Achidi Achu qui le fait baisser la garde. Après un échange-avec lui, il apprend que le pouvoir a offert quelques places à l’Undp pour entrer dans le nouveau gouvernement en vue.

« Il me dit quelque chose qui m’a emballé. Il me dit  »on vous a offert des places et la proposition a été faite au chef de l’Etat. lVtais, il se trouve que votre nom n’y figure pas. Le président de la République veut savoir si vous ne voulez pas ou qu’on vous a mis de côté » ? Quand il m’a donné les noms et que le mien ne figurait pas, j’ai établi la vraisemblance… », lance le ministre devant une assistance amusée.

« J’ai dit au Premier ministre que j’accepte le principe et qu’il faut continuer les négociations. Voilà comment j’ai connu Achidi Achu. Il faisait preuve de simplicité, d’humilité. A un moment difficile, il s’est montré à la hauteur. Je lui ai dit merci. Le même jour j’étais élevé à la dignité de ministre des Transports », glisse le ministre.

De nombreux jeunes présents à cette cérémonie de lancement officiel de la fondation Achidi Achu ont compris le jeu politique qui a mis l’opposition en difficulté pendant ces années de braises. Ils attendent avec impatience de lire les mémoires de l’actuel ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle ainsi que celles des acteurs politiques de cette période charnière.

Le Jour

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