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Guibai Gatama, exclu de la Fécafoot. : “je vais saisir le TAS, ainsi que la CAF et la FIFA”

À la Fédération camerounaise de football (FÉCAFOOT), il se passe toujours quelque chose, depuis l’arrivée au pouvoir de Samuel Eto’o, en décembre dernier. Guibaï Gatama, qui s’opposait régulièrement à l’ancien buteur et capitaine des Lions indomptables, vient de l’apprendre à ses dépens : il a été purement et simplement exclu du Comité exécutif de l’instance. Calme, mais déterminé, il n’a pas l’intention d’en rester là, comme il l’a longuement expliqué à nos confrère de So Foot.

Pourquoi avez-vous été exclu du Comité exécutif de la FÉCAFOOT ?

J’avais reçu une convocation, comme tous les autres membres, pour participer à Douala à une réunion du Comité exécutif, la veille de l’Assemblée générale. J’avais expliqué que je ne pouvais pas m’y rendre, car à mes yeux, Samuel Eto’o, qui a été condamné par la justice espagnole au mois de juin dernier, n’est plus légitime au poste de président de la FÉCAFOOT, en vertu des statuts de l’instance.

Et malgré tout, il a décidé de m’exclure du Comex, sans bien évidemment respecter les droits les plus élémentaires de la défense. Normalement, on doit faire un dossier motivant une exclusion et celui qui est exclu doit pouvoir avancer ses arguments devant la commission compétente. Mais ça ne se passe pas comme ça avec Eto’o. Comme je me suis régulièrement opposé à lui et qu’il a horreur de ça, il a décidé de m’exclure. Je ne suis pas étonné. J’aurais même été étonné du contraire…

Qu’allez-vous faire ?

Je vais déposer un recours devant la commission compétente de la fédération, mais je ne me fais pas trop d’illusions, car une nouvelle Commission des recours vient d’être créée dans des conditions discutables. Je vais également saisir le Tribunal arbitral du sport (TAS), ainsi que la CAF et la FIFA. Si on veut m’exclure, qu’on le fasse dans les règles. On ne peut pas prendre de telles décisions comme ça, sans rien respecter. Ce n’est pas ma vision des choses.

Avez-vous reçu des témoignages de soutien de la part d’autres membres du Comex ?

Oui, mais ils préfèrent se taire. Ils le font de manière très discrète. C’est comme ça que fonctionne Samuel : on est avec lui, ou contre lui. Il m’a exclu afin de m’enlever la possibilité de le poursuivre pour ses agissements. Pour moi, il n’est plus légitime à présider la FÉCAFOOT, après sa condamnation en Espagne, même s’il s’est mis d’accord avec la justice espagnole.

C’est aussi parce que j’estime qu’il n’est plus, de fait, le président de la Fédération et que j’ai refusé d’encaisser le chèque correspondant à mes indemnités en tant que membre du Comex. Je ne peux pas accepter de l’argent de la part d’une instance présidée par quelqu’un qui ne devrait plus être en fonction. Ce serait contraire à mes valeurs et à la position que je défends.

Que reprochez-vous à Samuel Eto’o ?

Tout simplement de ne pas respecter les règles. Par exemple, il procède à des nominations, à des changements de poste ou décide de se séparer de certaines personnes sans respecter les procédures. Il fait ce qu’il veut, et pas grand-monde ne s’oppose à lui. Il s’est entouré de personnes totalement dévouées. C’est pour cela que je le gênais. Il a aussi décidé de changer d’équipementier, sans tenir compte des règles.

Normalement, il aurait dû convoquer le Comex, plusieurs jours à l’avance, avec un ordre du jour. Moi, comme d’autres, n’avons pas été convoqués. Et Eto’o a donc décidé de résilier unilatéralement le contrat qui liait jusqu’en 2023 la fédération avec Le Coq sportif, qui a décidé de faire un procès, comme il fallait s’y attendre.

Le président a choisi l’équipementier américain One All Sports, uniquement connu dans le milieu du sport automobile…
On ne sait rien de cet équipementier ! Vous connaissiez, vous, One All Sports ?

Pas du tout…

Vous n’êtes pas le seul. Le problème, c’est qu’on ne connaît pas les termes de ce contrat, combien One All Sports va verser. Bref, c’est l’opacité totale. Samuel a piloté ce dossier avec deux ou trois personnes. Pour l’anecdote, l’équipe locale a affronté le 4 septembre dernier la Guinée équatoriale lors des qualifications pour le CHAN 2023 (2-0, 0-1 à l’aller), avec les maillots du Coq sportif…

Tout cela pour vous expliquer que Samuel Eto’o croit qu’il peut faire ce qu’il veut. Or, ça ne marche pas comme ça : une fédération, comme son nom l’indique, c’est une somme d’apports. Mais il ne voit pas les choses ainsi. D’ailleurs, il vient de faire en sorte que son mandat dure sept ans et non quatre, comme c’est le cas partout. Cela veut dire, à mon sens, qu’il a tellement peur de ne pas être réélu en décembre 2025 qu’il a manœuvré pour allonger la durée de son mandat. Il ne doit pas être très tranquille au fond de lui.

Au moins, il se passe des choses sous sa présidence…

C’est le moins que l’on puisse dire. Il devait ramener la sérénité ? Je n’ai pas l’impression que ce soit le cas. Je comprends mieux pourquoi il est entouré d’une armée d’avocats. Regardez un peu le nombre de procès : Le Coq sportif, des membres de l’Assemblée générale de 2009 qui contestent celle qui a été élu en décembre dernier, les actions que je vais mener après mon exclusion, etc. Comme climat serein et apaisé, on a connu mieux. Et je ne parle pas des relations tendues qu’il entretient avec la Ligue professionnelle.

Il a tout de même obtenu certains succès : la qualification pour la Coupe du monde 2022, un mois après avoir nommé Rigobert Song, la bonne organisation des championnats professionnels, il s’est également démené pour que la CAN ait bien lieu aux dates prévues en janvier et février derniers…

Pour la qualification pour la Coupe du monde face à l’Algérie (0-1, 2-1), il a eu en effet une bonne inspiration et un peu de chance. Changer de sélectionneur un mois avant la double confrontation avec l’Algérie, en remplaçant Antonio Conceição, qui avait plutôt fait du bon travail, par Rigobert Song, c’était risqué. Ça a marché, et tant mieux.

Mais au Cameroun, beaucoup de gens ont compris que Samuel Eto’o veut avoir la main sur les sélections nationales, et surtout l’équipe A, notamment pour le choix des joueurs. Et que c’est Sébastien Migné, l’adjoint, qui fait presque tout le travail tactique. Quant aux championnats professionnels, c’est vrai qu’ils se déroulent de manière régulière.

En revanche, il y a encore trop peu de monde dans les stades, à quelques exceptions près. Et contrairement à ce qu’il avait promis, il n’y a pas vraiment de nouveaux gros sponsors. Ce sont surtout les anciens qui sont restés, en mettant un peu plus d’argent (MTN Cameroun est redevenu, en février dernier, sponsor de la L1 et de la L2, NDLR).

Mais comment voulez-vous attirer des partenaires avec un climat aussi tendu ? La FÉCAFOOT est l’objet de procédures judiciaires, et les sponsors ont besoin de sérénité.

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