« Les acteurs locaux dénoncent un fossé entre promesses internationales et décaissements sur le terrain ».
Reconnu comme priorité lors de chaque COP, le bassin du Congo capte moins de 3 % des financements climat mondiaux dédiés aux forêts. Deuxième massif forestier tropical au monde, il peine à transformer les engagements internationaux en moyens concrets pour les communautés et ONG locales. Les acteurs de la conservation dénoncent ainsi un accès limité aux financements et des procédures jugées trop lourdes.
Un rôle climatique majeur, mais des financements marginaux
Couvrant 270 millions d’hectares sur 6 pays d’Afrique centrale avec plus de 60 millions de personnes et d’après le rapport du GIEC 2023, le bassin du Congo stocke environ 70 milliards de tonnes de carbone et joue un rôle clé dans la régulation des pluies en Afrique jusqu’au Sahel.
Pourtant, la Coalition pour les Forêts du Bassin du Congo (CBFP) indique dans son rapport 2024 que la région ne reçoit que moins de 3 % des financements climat mondiaux dédiés aux forêts, alors qu’elle abrite 18 % des forêts tropicales de la planète. Le mécanisme des 100 milliards de dollars par an promis par les pays développés depuis 2009, et le Fonds vert pour le climat (FVC), sont régulièrement cités. Mais les décaissements directs restent marginaux.
Des procédures jugées incessibles pour les acteurs locaux. Sur le terrain, le constat est partagé. Boris Ngomoné, coordonnateur de l’ONG camerounaise Forêts et Développement (FD) travaillant depuis plus de 18 ans dans le Sud-Cameroun, déclare : « Nous avons soumis 18 dossiers depuis 2016, deux ont été financés pour un total inférieur à 150 000 dollars. Les critères sont très techniques et nécessitent des expertises, des audits que peu d’ONG locales et nationales peuvent assumer. La COMIFAC reconnait ce problème. Dans son plan de mobilisation 2021-2025, l’organisation note que moins de 15 % des financements climat transitent directement par des institutions des pays du bassin. Le reste passe par des agences onusiennes, des ONG internationales ou les banques multilatérales.
Des pressions qui s’accentuent
Les besoins pourtant documentés sur le terrain sont urgents, surveillance anti-braconnage, appui aux communautés locales, agroforesterie, restauration des paysages dégradés, l’agriculture durable et autres. Selon le Fonds mondial pour la nature (WWF), plus de 500 000 ha de forêts sont perdus chaque année dans le bassin du Congo.
Dans le même temps, des espèces comme les éléphants, les gorilles ou encore le Lamantin Trichechus senegalensis sont classées en danger d’extinction par l’UICN suite à la dégradation de leur habitat naturel. Au Cameroun, les crues du fleuve Nyong en 2024 ont détruit 22 hectares de cultures dans le Nyong-et-Kele, illustrant ainsi la double pression climat et activités humaines.
Vers un mécanisme dédié pour une gestion plus directe
Face à ce constat, plusieurs voix et organisations plaident pour la création d’un Fonds Bassin du Congo FBC, avec un mécanisme de financement simplifié par un accès direct pour les pays et les communautés. « Nous avons besoin de passer d’une logique de projets pilotes à des financements à grande échelle, pilotés par les pays de la région », déclare un responsable de la COMIFAC sous anonymat.
Contacté, le secrétariat du Fonds vert pour le climat indique que quatre projets d’un montant total de 180 millions USD sont actuellement en préparation pour la région, dont un volet spécifique sur l’adaptation des communautés locales forestières. Malheureusement, reconnu comme prioritaire dans les discours internationaux, le bassin du Congo peine encore à transformer les engagements climatiques en financements opérationnels sur le terrain.

