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Facebook épinglé dans une affaire de traite des personnes au Kenya

L’affaire du modérateur de Facebook, Daniel Motaung, l’opposant à son ancien employeur Sama, sous-traitant de Meta Platforms au Kenya, a pris une tournure grave. Le géant des réseaux sociaux, propriétaire de Facebook, est notamment accusé de traite humaine, de travail forcé et de répression syndicale.

Ce lundi 9 mai, Daniel Motaung, un ex-employé sud-africain de l’entreprise kenyane Samasource, a déposé une nouvelle plainte à Nairobi, cette fois contre Meta Platforms, la société mère de Facebook. Meta sous-traitait ses services de modération des contenus du réseau social Facebook à Sama depuis des années. Et Daniel Motaung, qui était modérateur, justement, avait dénoncé les conditions de travail au sein de Sama.

Selon les médias kényans, de nouvelles preuves impliquant le QG européen de Meta, à Dublin en Irlande, auraient été trouvées. Meta et Sama auraient décidé ensemble des conditions de travail des modérateurs de Facebook. Et ces dernières étaient, si l’on en croit Daniel Motaung et les autres employés du groupe qu’il représente — leurs identités et leur nombre ont été gardés secrets par le parquet — pour le moins infernales.

De quoi relancer l’affaire en civil, en plus du procès pénal qui débute, suite à un article de presse intitulé « Dans les ateliers de misère africains de Facebook ». Un article dans lequel le média Time USA s’est saisi de l’histoire de Daniel Motaung et de ses collègues. Pour résumer, Motaung avait été licencié après avoir tenté de créer un syndicat pour des centaines de ses collègues. Il s’était senti poussé à agir après qu’un trouble de stress post-traumatique (TSPT) avait été diagnostiqué chez lui, en raison du contenu auquel il est exposé dans le cadre de son travail et l’absence de suivi psychiatrique, entre autres mauvaises conditions, dans les locaux de Sama.

Le cauchemar des modérateurs Facebook africains

Daniel Motaung a résumé ses terribles conditions de travail : « Pour environ 2,2 dollars de l’heure, j’ai dû visionner des centaines d’heures de contenus choquants, notamment des décapitations et des abus sexuels sur des enfants. J’avais régulièrement des flashbacks et des cauchemars. L’obligation de regarder des vidéos de personnes innocentes kidnappées et assassinées m’a laissé avec une grande anxiété dans les espaces publics et des difficultés à trouver un autre emploi ». Même diagnostic chez ses collègues.

« Si à Dublin, les gens (employés de Meta, ndlr) ne peuvent pas regarder ce genre de contenu pendant deux heures, cela devrait être la règle partout », affirme l’avocate de Motaung, Mercy Mutemi. Elle explique d’ailleurs aux médias que la loi kényane prévoit que les conditions de travail de sous-traitance ne doivent en aucun cas être plus pénibles que celles au sein de l’entreprise cliente. L’avocate rappelle d’ailleurs que la liberté d’association syndicale est garantie par la Constitution.

Selon le journal The Continent, « cette histoire pourrait devenir le combat le plus épique de Facebook en Afrique ». En effet, Facebook n’en est pas à son premier round devant les tribunaux africains. Dans plusieurs pays, le réseau social a été impliqué dans plusieurs affaires de concurrence déloyale, fraude fiscale, entrave à la liberté de travail… L’affaire de Daniel Motaung et de ses collègues, elle, relève de la traite des personnes. Car outre les troubles psychologiques dont les modérateurs kenyans souffrent à cause du contenu traité, les heures de travail inhumaines, la répression syndicale et la paie qui ne s’élève même pas au SMIC kényan dans certains cas (400 dollars), seront des arguments forts de la partie plaignante.

Le Journal de l’Afrique

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