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Dévaluation du Fcfa: la menace est bien réelle

La Banque des Etats de I ‘Afrique centrale (Beac) rassure sur le niveau des réserves de change des pays de la zone Cemac alors que les chiffres issues de la conjoncture actuelle n’incitent guère à l’optimisme.

Dans un communiqué parvenue à la rédaction du Jour hier, 12 mai 2020, la Banque des Etats de I ‘Afrique centrale (Beac) « informe le public que contrairement aux informations laissant croire à une possible dévaluation du Franc CFA, l’évolution de la pandémie du Covid 19 dans sa zone d’émission n’a pas influencé négativement le niveau des réserves de change, qui demeure confortable ».

La Banque Centrale précise « qu’au 10 mai 2020, les réserves de change de la BEAC se situent à 5 348’8 milliards FCFA, représentant près de 5 mois d’importations de biens et services, pour un taux de couverture extérieure de la monnaie de 74,16% Comparées à la situation observée un an plus tôt, les-dites réserves de change qui s’élevaient à 4 113 milliards au 10 mai 2019, soit un taux de couverture extérieure de la monnaie de 63,55 %, ont enregistré une augmentation de 30 % ».

L’institution se satisfait même de la consolidation des réserves de change de la Communauté, à la faveur, précise-t-elle « non seulement d’une mise en oeuvre efficace des dispositions de la réglementation des changes, en particulier celles relatives aux rapatriements et aux rétrocessions, mais aussi des actions des Pouvoirs Publics des Etats membres de la Cemac, soutenus en cela par les partenaires au développement, pour maîtriser les effets de cette pandémie sur la situation économique desdits Etats ».

Pour finir, la Banque « tient à rassurer en particulier le public que dans le contexte de crise actuelle, elle ne ménagera aucun effort pour maintenir la stabilité du pouvoir d’achat des ménages et garantir la soutenabilité extérieure de la monnaie commune, le FCFA ».

A l’analyse, le communiqué de la Beac a plus pour vocation de rassurer les milieux économiques et financiers ainsi que les populations, face à l’incertitude actuelle, que de rétablir une réalité macro financière plus que préoccupante.

Perspectives inquiétantes

Déjà, avec la baisse drastique des prix du pétrole intervenue dès 2014, les réserves extérieures de la communauté sont tombées à moins de deux mois d’importation faisant craindre une dévaluation du franc CFA.

« Le niveau des réserves de change de la zone est ressorti à 3,2 d’importations des biens et services à fin décembre 2019, soit un niveau à peine-supérieur au seuil minimal de 3 mois d’importations des biens et services, sachant qu’il est exigé un niveau de 5 mois pour les pays exportateurs de matières premières comme ceux de la Cemac»; constatait même la Beac dans son rapport sur la politique monétaire rendu public le 27 avril 2020.

L’institution anticipait une baisse du cours moyen du baril de pétrole à 20 dollars en 2020 du fait de la crise du Covid 19. Elle prévoyait subséquemment une récession de l’économie de la Cemac (-4,9 avec notamment une chute du PIB pétrolier à -15%) contre un taux de croissance de 2% en 2019; une dégradation des déficits budgétaire et courant respectivement à 6,6 et 8,6, contre 0,2 % et 1,5 % l’année précédente.

« Si les pays de la Cemac ne luttent pas efficacement contre la pandémie du Covid-19 pour en limiter les conséquences économiques et financières, la situation macroéconomique deviendrait insoutenable», prévient l’institut d’émission des pays de la Cemac. Et cela engendrait « un fort recul des réserves autour de 2 mois d’importations des biens et services, voir en deçà », ajoutait-elle.

« Une telle évolution se traduirait par une réelle menace pour la stabilité extérieure de la monnaie, soulignant ainsi le fait qu’en l’absence d’ajustement budgétaire et de mobilisation conséquents des financements extérieurs, la Beac serait de nouveau soumise aux mêmes risques sur la parité de sa monnaie qu’en fin 2016», mettait-elle en garde.

Cette inquiétude est partagée par Fitch Ratings. L’agence de notation estime que la baisse des prix du pétrole exerce une forte pression sur la parité entre le franc CFA et l’Euro.

«Si la solvabilité extérieure des pays de la Cemac continue de se détériorer en raison d’un environnement extérieur toujours plus faible ou d’un manque de financement extérieur, nous pensons que la France est peu susceptible de fournir des euros au taux de parité fixe indéfiniment… Une-dévaluation de la monnaie locale augmenterait les recettes fiscales pétrolières en termes de CFA », explique l’agence.

On le voit, le communiqué du 12 mai 2020 de la Beac, qui se satisfait des mesures prises pour contenir les effets de la pandémie sur le système monétaire, relève de la précipitation eu égard aux perspectives construites par la même Beac et par d’autres institutions financières mondiales.

Source: Le Jour

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