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Wilfried Ekanga tire sur les influenceurs : « cette caste de jeunes inconscients méritent amplement qu’on piétine leur vie »

Wilfried Ekanga

Dans une nouvelle tribune sur les réseaux sociaux, Wilfried Ekanga n’y va pas du dos de la cuillère pour dénigrer les influenceurs camerounais qu’il qualifie de résignés face aux véritables enjeux politiques et sociaux. 

« Au Cameroun, on pense que la comédie et le buzz des réseaux sociaux sont le seul moyen de devenir célèbre. Pour ma part, je ne suis ni acteur de cinéma ni chanteur, et pourtant, il est difficile de retrouver un Camerounais qui ne me connait pas. La célébrité c’est bien, mais c’est encore mieux si l’on s’en sert pour augmenter ses chances de perdurer sur la Terre« , écrit Wilfried Ekanga.

Ci-dessous, l’intégralité de sa tribune :

Les Influenceurs du Vide, amoureux de vos souffrances !

Le seul « pays émergent » au monde où l’on meurt encore d’une fracture du bras, ou d’une oreille qui démange.

L’image parle d’elle-même. Le visage du jeune homme sur la photo en dit long. Il vient de comprendre ce qui se passe et dans quel type de pays il est né. Il vient de réaliser qu’il n’a en principe rien de grave, mais qu’il vit dans un État voyou où les hôpitaux sentent le cimetière, et où vous pouvez entrer le matin avec un mal d’orteil et ressortir le soir avec une mort des suites du SIDA. C’est le regard d’un garçon qui sait qu’on a déchiré son calendrier et qu’il ne terminera pas la semaine.

« Utilisez mon code promo 1xBet » ; « Sortez ohhh sortez ! » ; « Je dévoile tout dans mon direct à 16 heures ». Voici la liste non exhaustive de quelques imbécillités qu’on peut lire à longueur de journée de la part des autoproclamés « influenceurs », à qui nous ne cessons de répéter que quand on a une large audience, on l’utilise aussi pour revendiquer de meilleures conditions de vie, et non uniquement pour faire le clown et amuser la galerie.

Jusqu’à quand allez-vous continuer de croire que le manque d’équipements médicaux, les accidents de la route, les viols nocturnes et les trafics d’organes ne frappent que les opposants à Paul Biya ? Qui vous a appris que vous devez accepter les conditions moyenâgeuses dans lesquelles vous vivez en 2023, sans eau, sans routes, sans plateaux techniques, et avec des délestages dans les blocs opératoires ?

Si jeunes et si résignés

Cela fait trois semaines que Cabrel Nanjip est décédé, et ses propres camarades « influenceurs » l’ont déjà oublié. Sa mort leur aura servi à se faire des milliers de nouveaux abonnés en l’espace de 24 heures, puisqu’ils ont multiplié des Direct-Live hypocrites où la sorcellerie fut à l’honneur. Maintenant que l’orange a été pressée jusqu’aux fibres et que le « buzz de la mort » n’est plus rentable, ils sont passés à d’autres sujets, et ils n’y reviendront pas.

Bien entendu, ils n’en ont pas profité pour revendiquer des autoroutes afin de réduire le nombre de décès annuels ; ils vous ont déjà expliqué que c’est à cause des loges et du chiffre 33 que la préhistorique corde de terre Yaoundé-Douala est l’axe le plus meurtrier au monde, parmi tous ceux reliant deux capitales. Ils n’ont pas besoin d’autoroutes, car, paraît-il, « la route ne tue pas.»

C’est l’histoire d’un peuple qui aimait ses assassins.

De la même manière, ils n’ont pas besoin de matériel hospitalier. Car là aussi, ce qui tue, c’est l’âge de 33 ans. Monique Koumatekel aussi avait 33 ans en 2016, ainsi que Me Sylvain Souop en 2022. Même Françoise Foning est décédée à 33 ans sur la route de Bafoussam. Mongo Beti aussi est mort à 33 ans en 2001 faute de dialyse… Oups, pardon, à cause de la sorcellerie.

Parfois on se dit que cette caste de jeunes inconscients méritent amplement qu’on piétine autant leur vie, puisqu’ils sont les premiers à n’y accorder aucune valeur et à accepter leur sort. Ils connaissent les causes de leurs malheurs, mais pratiquent le sport étrange du hors-sujet volontaire.

Au Cameroun, on pense que la comédie et le buzz des réseaux sociaux sont le seul moyen de devenir célèbre. Pour ma part, je ne suis ni acteur de cinéma ni chanteur, et pourtant, il est difficile de retrouver un Camerounais qui ne me connait pas. La célébrité c’est bien, mais c’est encore mieux si l’on s’en sert pour augmenter ses chances de perdurer sur la Terre.

Il vaut mieux avoir 100 vues sur Facebook ou Tiktok et savoir qu’on a peu de chances de mourir par manque de soins, que d’avoir 1 milliard d’abonnés et de perdre la vie à cause d’une panne de courant dans une salle d’opération.

La célébrité à tout prix, celle qui consiste à penser qu’on peut rire de midi à minuit, qu’on peut pinailler sur des vies privées H24, et qu’on peut se servir de n’importe quelle tragédie comme tremplin pour se faire des vues, celle qui consiste à se dire que la dénonciation c’est le travail des autres, voilà ce qui creuse votre propre tombe.

Posez-vous à chaque fois la question suivante : « Comment se fait-il qu’en 2023 dans mon pays, on ait encore besoin d’être évacué à Yaoundé après un accident à Kribi ? ». Et surtout : « Comment se fait-il qu’avec mes 9 000 personnes connectées en direct, je n’ai jamais profité pour réclamer de meilleures infrastructures de santé et une meilleure protection des citoyens ? ».

Souvenez-vous d’André Mama Fouda, ministre de la santé pendant 12 ans (entre 2007 et 2019), qui s’était fait évacuer vers l’Europe pour soigner… un ridicule panaris à la main ! Vous qui n’avez pas de moyens pour traiter votre mal d’orteil ou vos piqûres de moustique à Paris ou à Londres, n’avez qu’à mourir sur place !

Qu’est-ce que ça vous renseigne sur votre pays quand le MinSanté en personne délaisse les fameux « hôpitaux de référence » pour l’Etranger ? D’ailleurs, devinez où se soigne Paul Biya en ce moment même où j’écris ces lignes !

En bref :

Les jours se suivent et se ressemblent donc au pays des Crevettes. Les « stars du web » en papier mâché perdent le fil de la raison et s’enferment dans la virtualité de leurs millions de « followers », oubliant que chaque fois qu’ils sortent de chez eux, la mort marche à leurs côtés, attendant la moindre agression, la moindre collision de véhicule ou de moto, le moindre grumier qui s’effondre sur la chaussée, le moindre malaise, ou le moindre éventreur qui passe par là pour sévir.

Cela dit, il est important de préciser que l’indignation et la revendication ne sont pas des obligations. Il est vrai que j’ai toujours estimé qu’un pays pauvre et misérable n’a pas besoin de stars, mais de modèles, c’est-à-dire de gens qui se servent de leur résonnance médiatique pour porter la parole de leurs congénères au plus haut et au plus loin.

Mais d’un autre côté, vous avez aussi la liberté de me répondre que « vous ne faites pas vous la politique » et que « vous voulez voir vos enfants grandir ». Comme vous pouvez le constater, Sam Lenwr est décédé parce qu’il faisait la politique. Ou plutôt, Cabrel Nanjip « qui ne faisait pas lui la politique » est encore bien vivant et verra ses enfants grandir ».

Le budget de la santé au Cameroun pour l’année 2023 est de 228,7 milliards de FCFA. En Côte d’Ivoire, le budget de la santé pour l’année 2023 s’élève à 691 milliards de CFA, c’est-à-dire qu’il est plus de trois (03) fois supérieur au nôtre ! Que diriez-vous d’organiser vos prochains clashs Facebook avec la « belle-famille » sur ce sujet-là aussi ?

Ah… On me signale à l’antenne que les vues ne seront pas nombreuses.

Ekanga Ekanga Claude Wilfried

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