Le journaliste camerounais Ruben Malick Djoumbissié interpelle le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, sur son intervention dans le dossier Vision 4, estimant que la reprise de diffusion de la chaîne malgré sa suspension par le Conseil national de la communication (CNC) pose la question de l’égalité de traitement entre médias.
Dans une tribune intitulée « Monsieur le Ministre Sadi, c’est quoi le message ? », le journaliste revient sur la décision prise le 29 septembre par le CNC de suspendre Vision 4 pendant un mois pour « défiance » envers l’autorité de régulation. Le régulateur avait également prononcé des sanctions contre plusieurs responsables de la chaîne.
Quelques jours plus tard, le ministre de la Communication a demandé aux distributeurs de rétablir la diffusion de Vision 4. Cette intervention a provoqué un bras de fer institutionnel avec le CNC, dont le président a demandé, le 6 octobre, que la chaîne soit à nouveau retirée des bouquets concernés, avant de se raviser plus tard.
C’est dans ce contexte que Ruben Malick Djoumbissié interpelle directement René Emmanuel Sadi.
« MONSIEUR LE MINISTRE SADI, C’EST QUOI LE MESSAGE ?
Monsieur le Ministre Emmanuel Sadi,
Vous venez de nous administrer une leçon de droit. Et une leçon de deux poids, deux mesures.
Le Conseil National de la Communication, votre gendarme, suspend les activités de Vision 4 pour une durée déterminée. C’est son droit. C’est son texte.
Et vous, Ministre de la Communication, vous pondez une circulaire pour demander à Vision 4 de reprendre ses activités. Au grand dam des textes du CNC que vous êtes censé défendre.
Alors on vous pose la question simplement.
Pensez-vous, Monsieur le Ministre, à toutes les carrières que ce même CNC a broyées ?
Je suis bien placé pour en parler. Je m’appelle Ruben Malick Djoumbissie. Je fais partie des premiers journalistes camerounais suspendus pour six mois d’interdiction d’exercer. Mon émission, Canal Détective, a été définitivement suspendue. Définitive. Pas pour une durée déterminée. À vie. J’ai purgé. J’ai respecté. J’ai recommencé à zéro.
Combien sommes-nous ? Des dizaines. Des directeurs de publication fermés, des animateurs radiés, des journaux scellés. Nous avons tous courbé l’échine devant l’autorité du CNC. Parce que la loi, c’est la loi.
Sauf pour Vision 4 ?
Pourquoi les autres doivent respecter les décisions du CNC et pas Vision 4 ?
Vision 4, dont le promoteur, Jean-Pierre Amougou Belinga, est cité dans l’affaire de l’assassinat atroce de notre confrère Martinez Zogo. C’est devant les tribunaux, ce n’est pas moi qui le dis.
Quel est le message que vous voulez nous envoyer, Monsieur le Ministre ?
Que le CNC est fort avec les faibles et faible avec les forts ?
Que l’autorité de l’Etat s’arrête à la porte de certaines chaînes ?
En désavouant publiquement le CNC, vous n’avez pas sauvé Vision 4. Vous avez enterré la crédibilité de la régulation au Cameroun.
Et vous avez rouvert la blessure de tous ces journalistes que vous avez laissés mourir professionnellement au nom de cette même régulation.
Ruben Malick Djoumbissié,Journaliste.

