Alors que les Nations unies s’apprêtent à nommer leur dixième secrétaire général, la course à la succession d’António Guterres pourrait avoir des répercussions importantes pour le Cameroun, où le conflit armé dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest continue de menacer la stabilité nationale et de compliquer les efforts internationaux en faveur de la paix.
Le prochain secrétaire général prendra ses fonctions le 1ᵉʳ janvier 2027, à la tête d’une organisation confrontée à des tensions géopolitiques, à une réduction de ses financements et à une intensification des conflits. Pour le Cameroun, cette transition à la tête de l’ONU soulève une question cruciale : un nouveau responsable onusien pourrait-il relancer les efforts internationaux visant à résoudre le conflit anglophone, compte tenu de la gestion jugée insuffisante de ce dossier par António Guterres ?
Sept candidats restent en lice, dont quatre femmes, suite au retrait de la candidature de l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet. Si la pratique informelle d’une rotation régionale favorise l’Amérique latine et les Caraïbes, l’ancien président sénégalais Macky Sall demeure un prétendant dont la candidature mérite l’attention, notamment dans la région Afrique de l’Ouest et Afrique centrale.
Le conflit anglophone : un test pour la diplomatie onusienne
Le conflit anglophone au Cameroun trouve ses racines dans des griefs de longue date liés à la marginalisation politique, juridique et éducative de la population anglophone. En 2016, des mouvements de protestation initiés par des avocats et des enseignants ont dégénéré en conflit armé, à la suite d’une répression brutale de la part du gouvernement, déclenchant un soulèvement armé qui perdure encore aujourd’hui.
Depuis 2016, les populations civiles subissent des meurtres, des déplacements forcés, la fermeture d’écoles, des enlèvements et la destruction de leurs moyens de subsistance. Les forces de sécurité gouvernementales comme les groupes armés séparatistes ont été impliquées dans des exactions contre les civils, tandis que les communautés continuent de payer le prix fort d’une crise qui a résisté à tous les appels à la paix.
Les efforts internationaux peinent à aboutir à un règlement politique durable. La Suisse a facilité des contacts entre le gouvernement et des représentants séparatistes à partir de 2019, mais le processus a fini par s’enliser en raison de désaccords et du retrait de Yaoundé. Le Canada a également fait part de sa volonté de jouer un rôle de médiateur, mais Yaoundé a affirmé ne pas être au courant de telles démarches.
L’ONU a appelé à maintes reprises au dialogue et à la réconciliation. En septembre 2017, le secrétaire général de l’époque, António Guterres, a exhorté les autorités camerounaises à prendre en compte les griefs des populations anglophones, soulignant qu’un dialogue authentique et inclusif était indispensable pour parvenir à une solution durable. Il a par ailleurs réaffirmé son soutien à l’unité et à l’intégrité territoriale du Cameroun. Pourtant, ces appels publics n’ont pas permis d’aboutir à un processus de paix global, capable d’amener les deux parties en conflit à engager des négociations durables.
L’enjeu, pour le prochain secrétaire général, ne résidera donc pas tant dans la publication d’une nouvelle déclaration exprimant des préoccupations que dans la capacité de l’ONU à contribuer à créer les conditions d’un dialogue constructif. De tels efforts devront porter sur la forme de gouvernance dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, sur la représentation politique de ces régions, sur la reconnaissance de leurs griefs historiques et sur l’avenir des zones anglophones ; ils devront également inclure les dirigeants et groupes séparatistes actuellement basés en Europe, en Amérique du Nord et en Afrique du Sud.
La candidature de Macky Sall : a-t-il une chance ?
Macky Sall est entré en lice avec le soutien du Burundi, après avoir été officiellement désigné le 2 mars 2026. L’ancien président sénégalais a dirigé son pays pendant douze ans et a exercé les fonctions de président de l’Union africaine en 2022. Sa campagne met l’accent sur la diplomatie préventive, la coopération multilatérale, la réforme institutionnelle et le lien entre paix et développement.
Ces atouts pourraient séduire les gouvernements en quête d’un secrétaire général doté d’une expérience de la politique africaine et des négociations entre dirigeants nationaux.
Toutefois, Macky Sall se heurte à des obstacles considérables. La pratique régionale informelle privilégie l’Amérique latine et les Caraïbes, tandis que les appels croissants en faveur de la nomination d’une femme au poste de secrétaire général de l’ONU renforcent la position des candidates. En fin de compte, tout candidat doit obtenir un soutien suffisant au sein du Conseil de sécurité, sans faire face à l’opposition de l’un de ses cinq membres permanents.
Le 7 octobre, l’agence Reuters a rapporté que la candidate costaricienne Rebeca Grynspan s’était imposée comme la favorite lors d’un vote informel au Conseil de sécurité, recueillant neuf voix pour et six contre. L’issue de la course reste incertaine, mais rien n’indique, selon ces informations, que Macky Sall soit en tête.
La candidature de Macky Sall est donc crédible, mais elle s’inscrit dans un processus qui s’annonce ardu. Ses chances dépendent de l’évolution des préférences au sein du Conseil de sécurité, de l’émergence d’un candidat consensuel et de la volonté, de la part d’États influents, de s’affranchir de la pratique informelle liée à la répartition régionale.
Pour le Cameroun, toutefois, la disposition du futur secrétaire général à accorder une attention diplomatique au conflit anglophone pourrait importer davantage que son origine géographique.
Que peut attendre le Cameroun du prochain chef de l’ONU ?
Le Cameroun ne devrait pas supposer que la nomination d’un nouveau secrétaire général transformera automatiquement la réponse internationale au conflit qui sévit dans ses régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. L’influence de cette fonction est limitée par les divisions au sein du Conseil de sécurité, les intérêts des États membres et la volonté des parties au conflit de coopérer.
Le futur dirigeant devra également faire face à des enjeux concurrents, notamment des conflits de plus grande ampleur — comme ceux à Gaza ou en Ukraine —, les urgences climatiques, la réduction des financements et la nécessité de réformes institutionnelles.
Le Cameroun doit donc plaider de manière convaincante en faveur d’un engagement international soutenu. Le gouvernement de Paul Biya pourrait collaborer avec le nouveau secrétaire général pour explorer un processus politique inclusif, tandis que les groupes séparatistes armés devraient, quant à eux, démontrer leur volonté de protéger les civils et de participer à des négociations susceptibles d’aboutir à un règlement durable.
Un nouveau secrétaire général : une nouvelle opportunité pour la paix ?
La course à la succession d’António Guterres offre au Cameroun l’occasion de repenser la manière dont la communauté internationale peut soutenir une résolution pacifique du conflit anglophone.
Macky Sall pourrait apporter son expérience diplomatique africaine, en mettant l’accent sur l’action préventive et sur une conception de la paix axée sur le développement. Toutefois, sa candidature se heurte à des obstacles politiques ; rien ne permet, à ce stade, d’affirmer qu’il accorderait une priorité particulière au Cameroun ou qu’il adopterait une approche fondamentalement différente de celle de ses prédécesseurs. En d’autres termes, il est fort probable qu’il adopte une posture identique à celle d’António Guterres concernant le conflit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
La question cruciale est de savoir si le prochain chef de l’ONU — qu’il s’agisse de Macky Sall ou d’un autre candidat — saura dépasser les simples expressions de préoccupation pour créer les conditions de négociations durables et inclusives.
Pour les populations qui vivent au cœur du conflit dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, le succès ne se mesurera pas à la nationalité ou au genre de la personne occupant la plus haute fonction de l’ONU. Il se mesurera à la capacité de la diplomatie internationale à contribuer à la réduction des violences, à répondre aux griefs de longue date et à tracer une voie crédible vers la paix.
Le prochain secrétaire général ne pourra pas résoudre seul le conflit camerounais. Cependant, cette fonction pourrait déterminer si la diplomatie internationale reste cantonnée à la périphérie ou si elle devient un instrument plus efficace pour favoriser un règlement négocié.

