Un an après l’élection présidentielle contestée au Cameroun, le pays reste confronté à des interrogations sur la responsabilité politique, la confiance dans le processus électoral, les libertés civiles et les pressions économiques qui pèsent sur les citoyens ordinaires.
Le scrutin du 12 octobre 2025 opposait le président sortant, Paul Biya, âgé de 92 ans, à 11 autres candidats, dont l’ancien ministre Issa Tchiroma Bakary, dont la campagne a rallié des électeurs en quête de changement politique.
Le 27 octobre, le Conseil constitutionnel a déclaré Paul Biya vainqueur avec 53,66 % des suffrages, contre 35,19 % pour Issa Tchiroma. Cette annonce a déclenché des manifestations dans plusieurs villes, suivies d’arrestations et d’une répression sécuritaire meurtrière. Selon Human Rights Watch, qui cite des sources onusiennes, au moins 48 personnes ont été tuées ; des sources proches de l’opposition avancent, quant à elles, un bilan plus élevé.
Un an plus tard, la question de la justice demeure entière
Le 8 octobre 2026, un tribunal militaire de Yaoundé a condamné 66 personnes arrêtées dans le cadre des manifestations postélectorales. Les peines prononcées vont de peines avec sursis à des peines de prison ferme allant de six à quinze mois, selon des informations locales. Leurs avocats ont fait savoir qu’ils comptaient exercer les recours juridiques possibles. D’autres personnes arrêtées durant la crise attendent encore l’issue de leur procédure judiciaire.
Ces affaires maintiennent les répercussions du scrutin au cœur du débat public, soulevant des interrogations sur la durée de la détention provisoire, l’accès à la justice et la gestion de la contestation politique. Le gouvernement a fait l’objet de critiques de la part d’organisations de défense des droits humains concernant le recours à la force et les arrestations massives qui ont suivi les manifestations.
La vie politique électorale demeure dans une phase de transition
Le scrutin de 2025 a confirmé Biya pour un huitième mandat, prolongeant ainsi une présidence entamée en 1982. Toutefois, cette élection a également mis en lumière des divergences quant à la crédibilité du processus électoral et à la prise en compte des revendications de l’opposition au sein des institutions politiques du pays.
Les prochaines élections législatives et municipales ont, par ailleurs, été reportées. En mai 2026, Biya a prolongé les mandats des conseillers municipaux jusqu’au 28 février 2027, sauf si des élections ont lieu plus tôt. Le mandat parlementaire a, quant à lui, été prolongé jusqu’au 20 décembre 2026. En octobre, l’organe électoral « Elections Cameroon » a indiqué que les préparatifs pour les prochaines échéances législatives et municipales étaient en cours.
Les pressions économiques constituent un défi majeur pour la gouvernance
Pour les ménages, l’anniversaire de l’élection est aussi l’occasion d’évaluer si les évolutions politiques se sont traduites par une amélioration de leur quotidien.
En octobre 2026, le Fonds monétaire international a fait état d’une croissance économique de 3,5 % au Cameroun en 2025 ; cependant, les perspectives pour 2026 se sont assombries, sur fond de baisse de la production d’hydrocarbures et de retards dans le développement des capacités de transport d’électricité. L’institution a également mis en garde contre une nouvelle hausse des prix des denrées alimentaires et a appelé à une meilleure gouvernance des dépenses publiques ainsi que des entreprises d’État.
La Banque mondiale a par ailleurs rapporté qu’environ quatre Camerounais sur dix vivent en dessous du seuil de pauvreté national, selon les données disponibles issues des enquêtes auprès des ménages. Les lacunes persistantes en matière d’infrastructures, la faiblesse de la création d’emplois et l’insécurité continuent d’entraver les efforts visant à améliorer les conditions de vie.
Ces indicateurs ne permettent pas d’affirmer que l’élection elle-même est à l’origine des difficultés économiques du pays. Ils offrent toutefois une mesure des défis auxquels le gouvernement est confronté à l’entame d’un nouveau mandat présidentiel.
La question du changement reste posée
Pour les partisans de Tchiroma et les autres électeurs qui aspiraient à une orientation politique différente, cet anniversaire remet au premier plan les enjeux de la participation électorale, de la responsabilité des dirigeants et du droit de contester les décisions officielles.
Pour le gouvernement, les mois à venir constitueront un test de sa capacité à préserver la stabilité, à répondre aux préoccupations économiques et à renforcer la confiance des citoyens envers les institutions de l’État. Un an après le scrutin, Biya demeure au pouvoir, les procédures judiciaires liées aux élections se poursuivent, et les prochaines élections législatives et municipales se profilent.
Que l’année écoulée marque un progrès significatif ou la persistance de défis de longue date, cela dépendra non seulement des déclarations politiques, mais aussi d’améliorations tangibles en matière de justice, de services publics, d’opportunités économiques et de confiance dans le processus électoral.

